Héritage de Johnny Hallyday: «Johnny est une part de la France, Johnny est un destin français»

PROCES Le rocker avait-il sa « résidence habituelle » aux Etats-Unis ou en France ? C’est la réponse à cette question qui permettra au tribunal français de dire s’il est compétent pour trancher le litige autour de son héritage

Thibaut Chevillard

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Les avocats de Laura Smet, Pierre Olivier Sur, Hervé Términe et Emmanuel Ravannas, ce vendredi, au tribunal de Nanterre
Les avocats de Laura Smet, Pierre Olivier Sur, Hervé Términe et Emmanuel Ravannas, ce vendredi, au tribunal de Nanterre — MARTIN BUREAU / AFP
  • Le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) doit répondre à une épineuse question : la justice française est-elle légitime pour trancher le litige autour de l’héritage de Johnny Hallyday ?
  • Dans son testament, le rocker désigne comme seules héritières sa dernière épouse, Laëtitia, ainsi que leurs deux filles, Jade et Joy. Depuis un an, les enfants aînés du chanteur, David et Laura, contestent la validité de ce document, rédigé en vertu du droit américain. 
  • Ce vendredi, les avocats des deux parties se sont retrouvés dans la salle d’audience pour exposer leurs arguments.

Installés au fond de la salle d’audience, quelques fans du Taulier sont venus observer la famille de l’artiste s’écharper par avocats interposés. Une armée de ténors parisiens qui, durant près de quatre heures, ont tenté d’apporter des éléments de réponse à ces étonnantes questions : Johnny Hallyday était-il plus Américain que Français ? Et passait-il plus de temps aux Etats-Unis que sur le Vieux continent ? Si ces questions ont leur importance, c’est bien parce que se règle en partie, ce vendredi, au tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine), l’épineuse succession de la star que se disputent ses aînés et sa veuve.

Après le décès de leur père, en décembre 2017, Laura Smet et David Hallyday - qui étaient absents ce jour à l’audience - ont découvert «grâce à RTL », selon l’un de leurs avocats maître Emmanuel Ravannas, que Johnny Hallyday avait désigné comme seules héritières de son patrimoine sa dernière épouse, Laëtitia, ainsi que les deux petites filles originaires du Vietnam que le couple avait adoptées en 2004 et 2008, Jade et Joy. Depuis un an, Laura, la fille de Nathalie Baye, et David, le fils de Sylvie Vartan, contestent ce testament rédigé en vertu de la loi californienne. Un document qui tout simplement les déshérite, ce qui est interdit en droit français.

Volonté « d’obtenir la nationalité américaine »

Dès lors, faut-il appliquer le droit américain ? Ou le droit français ? Mais surtout, la justice française est-elle vraiment compétente pour trancher ce litige ? C’est à cette dernière question que devra répondre la présidente de la cour, Madame Brun-Allemand, le 28 mai prochain. Pour cela, elle se basera sur les arguments avancés à la barre par les avocats des deux parties ce vendredi. Selon le conseil de celle avec qui le rocker a partagé vingt-deux ans de sa vie, maître Arnaud Albou, c’est évidemment le droit américain qui doit être appliqué. Car le chanteur habitait depuis 2007 à Los Angeles où il avait, selon lui, sa résidence habituelle depuis de nombreuses années. Il y a passé « 195 jours » en 2016, contre « 168 en France ».

Johnny Hallyday, que beaucoup considèrent comme un trésor national français, bénéficiait là-bas d’une « green card » depuis 2014. « Or, on la perd si on ne réside pas au moins six mois par an aux Etats-Unis », explique-t-il, soulignant qu’il l’avait toujours lorsqu’il est décédé. L’idole des jeunes était passionné par ce pays rempli de grands espaces intimes, « une fascination qui remonte à sa jeunesse et qui a construit son image ». La star possédait au pays de l’Oncle Sam un compte bancaire, un permis de conduire, une mutuelle, avait des amis et était suivie pour ses problèmes de santé à l’hôpital de Cedars-Sinai, à Los Angeles. Il avait même exprimé, avant de mourir, sa volonté « d’obtenir la nationalité américaine », affirme maître Arnaud Albou.

« Mentalité américaine »

Passant le plus clair de son temps en Californie, l’artiste qui aimait la « mentalité américaine » voulait vendre sa maison de Marne-la-Coquette, dans les Yvelines, où il est décédé. « La France ne constituait absolument pas le centre de ses intérêts sociaux et familiaux lors des dix dernières années de sa vie », avance le conseil de Laëtitia. « Johnny Hallyday ne venait en France que pour les besoins de sa carrière ou pour les vacances », poursuit-il. Maître Albou assure que le musicien n’avait absolument pas choisi de mourir dans sa demeure des Yvelines - il n’est venu en France que pour se faire soigner, dit-il. Il n'avait même « qu’une hâte » : rentrer chez lui, à Los Angeles.

Des arguments que réfutent les avocats de David et Laura. Le droit français doit être appliqué car Johnny était Français. C’est aussi simple que ça. La preuve, il était inscrit, avec son épouse, sur les listes électorales de Marne-la-Coquette. Bien qu’il eût sans conteste quelque chose de Tennesse, il maintenait des « liens étroits » avec l’Hexagone. « Johnny est une part de la France, Johnny est un destin français », souligne maître Ravannas. Le « centre économique de ses intérêts » se situe en France, le chanteur n’ayant jamais réussi à percer à l’étranger. Il avait même fait l’objet, rappelle-t-il, d’un redressement fiscal en 2012.

Johnny était « fier » d’être français

Pour sa part, maître Isabelle Fleuret se demande pourquoi Johnny Hallyday aurait attendu d’être âgé de 76 ans pour demander la nationalité américaine. Certes, il « avait besoin de temps en temps de s’échapper » aux Etats-Unis, afin de se « ressourcer ». Mais elle remarque aussi qu’il avait « choisi » d’être enterré en France, à Saint-Barth, que les publications postées sur son compte Instagram montraient qu’il était « fier » d’être Français, qu’il organisait des « réunions de famille » dans la maison de Marne-la-Coquette, qu’il avait des « projets » de concert à travers le pays. « La France, c’est l’essentiel de son patrimoine », affirme-t-elle.

La décision sera rendue le 28 mai prochain.