Expéditions punitives contre des Roms en Seine-Saint-Denis: Quatre jeunes hommes devant la justice

PROCES Quatre individus étaient présentés au juge ce mercredi pour des faits de violence et de rébellion perpétrés lundi soir à Clichy-sous-Bois contre des Roms. Ils les soupçonnaient de vouloir kidnapper des enfants. L’audience a été reportée au 17 avril prochain et les prévenus ont été placés sous contrôle judiciaire.

Marie de Fournas

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L'entrée du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis).(Illustration)
L'entrée du palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis).(Illustration) — Clément Follain / 20 Minutes
  • Depuis plusieurs jours, des rumeurs circulants sur les réseaux sociaux indiquent que des Roms à bord d’une camionnette tentent de kidnapper des enfants en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine.
  • Plusieurs expéditions punitives ont eu lieu en Seine-Saint-Denis dans des camps et logements de gens appartenant à cette communauté.
  • Trois agresseurs interpellés lundi ont été condamnés à XX mois de prison par le tribunal de Bobigny.

Au départ une rumeur. Quatre hommes âgés de 18 à 22 ans, étaient présentés mercredi au juge du tribunal de grande instance de Bobigny pour des faits de violence et de rébellion. Lundi soir, ils ont été arrêtés par la police alors qu’ils s’étaient introduits avec une vingtaine d'autres personnes, armées de bâtons, dans un pavillon de Clichy-sous-Bois squatté par des Roms.

Origine de cette expédition punitive, perpétrée dans différentes villes de Seine-Saint-Denis ce même soir :  une rumeur tournant sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Selon plusieurs témoignages, des Roms conduisant une camionnette chercheraient à kidnapper des enfants ainsi que des jeunes femmes sur le département.

Rom roué de coups au sol et chien lâché

Le plus âgé est accusé d’avoir « roué de coups un Rom au sol ». Puis au moment où les forces de police sont intervenues, d’avoir « résisté avec violence » à l’agent de police. Tout comme un second qui aurait essayé de le délivrer et qui se trouve lui aussi derrière la barre ce mercredi. Deux policiers ont d’ailleurs été blessés au cours de l’intervention et un véhicule de police a été dégradé par un projectile.

Un troisième jeune homme, bien connu des services de police lorsqu’il était mineur pour des faits de vol, est accusé d’avoir « lancé un chien en direction » des gens de la communauté Roms, sans que l’animal ne blesse personne. Le dernier, le plus jeune, n’est pas connu des services de police.

« Hystérie » et « chasse à l’homme »

C’est le jeune homme qui a lâché le chien qui a demandé le renvoi du procès afin de mieux préparer sa défense. Le procureur de la République qui évoque une « hystérie », une « chasse à l’homme », liée à « une rumeur », demande à ce que les prévenus soient placés en détention provisoire en attendant, le contrôle judiciaire, ne lui paraissant « pas suffisant ».

« Les jeunes dans ce box ont compris qu’il ne s’agissait que d’une rumeur et que les Roms du 93 ne sont pas des voleurs d’enfants », rétorque un des avocats de la défense.

L’audience a finalement été renvoyée au 17 avril prochain. La juge a évoqué des «rumeurs complètement farfelues» dignes de «contes pour enfants». Elle a également évoqué des actes honteux. Les quatre prévenus ont été placés sous contrôle judiciaire.