VIDEO. Toulouse: Des victimes du Levothyrox claquent la porte d'expertises médicales ordonnées par un juge

SANTE L’analyse du médicament étant refusée, l’avocat des patients estime que la cause des troubles n’est pas recherchée et que le lien de causalité, demandé par la justice, ne peut être établi

Beatrice Colin

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Des comprimés de Levothyrox (illustration)
Des comprimés de Levothyrox (illustration) — ALLILI MOURAD/SIPA
  • En novembre 2018, le tribunal de grande instance de Toulouse a ordonné l’expertise médicale de plaignants qui demandaient à Merck des indemnisations au titre du préjudice d’anxiété après la prise du nouveau Levothyrox.
  • La justice toulousaine a demandé aux experts médicaux de déterminer s’il existe un lien de causalité entre la prise de la nouvelle formule et l’apparition de certains troubles.
  • Après les premières expertises, les patients ont décidé de claquer la porte, faute d’obtenir une analyse de la composition du médicament.

En novembre dernier, le tribunal de grande instance de Toulouse ordonnait l'expertise médicale de plusieurs patients, victimes d’effets indésirables après avoir pris en 2017 la  nouvelle formule du Lévothyrox.

Avant de pouvoir établir si ces malades ont vraiment subi un préjudice moral et d’anxiété, la justice toulousaine voulait ainsi s’assurer qu’il « existe un lien de causalité direct et certain entre la prise de Levothyrox nouvelle formule par les demandeurs et l’apparition ou l’aggravation de leurs troubles ».

Un médecin généraliste, un endocrinologue, un ingénieur chimiste et un pharmacien ont ainsi un an pour examiner les patients à l’origine du recours contre le laboratoire Merck et dire si leurs pertes de cheveux, dépression ou encore douleurs musculaires sont dues à la prise du médicament.

Mais ils pourraient bien se retrouver au chômage technique. Après les deux premières sessions d’expertise, les malades ont décidé de claquer la porte.

Analyses du médicament

« On ne va pas chercher les véritables causes des malaises subis par les malades, on ne fait que les examiner eux, personnellement et physiquement, sans chercher ce que demandait le tribunal, les liens de causalité entre le médicament et les malaises ressentis. Dans la mesure ou on ne va pas rechercher la vérité, on n’a rien à faire dans des expertises de ce type », déplore l’avocat des plaignants.

Pour Maître Jacques Lévy, « c’est exactement comme si on refusait d’expertiser une boîte noire après un crash d’avion puisqu’on ne va pas chercher dans le médicament ce qui les rend malades ».

De l’autre côté de la barre, Merck a toujours fait valoir « qu’aucun préjudice n’est établi à ce stade ». Et de mettre en avant les analyses réalisées par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé où la nouvelle formule est décrite comme étant « de bonne qualité ».

« On se contente des analyses faites par l’ANSM, analyses qui elles-mêmes sont critiquables puisque c’est l’ANSM elle-même qui avait demandé la modification du médicament. Autrement dit on va demander à celui qui est peut-être à la cause des malaises ressentis de nous donner la preuve que le médicament est sain », poursuit l’avocat pour qui l’ANSM est ainsi « juge et partie ».

Ce dernier aimerait qu’une autre étude, celle menée par un chercheur toulousain du CNRS montrant la présence d’un élément impur dans la nouvelle formule du Levothyrox, soit prise en compte. « On nous dit que comme elle n’est pas publiée, ce n’est pas valable. Mais que l’on vérifie cette théorie, vérifions ce que dit ce scientifique », plaide Jacques Levy.

Pour les patientes, ce n’est pas l’analyse globale du médicament qu’il faut faire, mais bien une partie des lots, ceux qui selon elles les ont rendus malades et dont elles ont conservé des plaquettes.

« Il faut comprendre que nous avons été victimes, et l’on veut savoir pourquoi. Si nous lâchons aujourd’hui, demain ce sera le cas avec un autre médicament », assure Sylvie Chéreau, la présidente de la présidente du collectif des Victimes du nouveau Lévothyrox.