Maltraitance dans un Ehpad d'Arcueil: L'aide soignant condamné à 5 ans de prison ferme

PROCÈS Filmé à son insu par une caméra installée dans la chambre d'une patiente de 98 ans, l'aide-soignant violent a été condamné à cinq ans de prison ferme

Vincent Vantighem

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Illustration d'un Ehpad
Illustration d'un Ehpad — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Un aide-soignant de 57 ans travaillant à Arcueil a été jugé pour «violences».
  • Il avait été filmé à son insu en train de maltraiter une patiente de 98 ans.
  • Le tribunal l'a condamné à la peine maximale prévue par la loi.

D’abord, un grand moulinet de la main. De l’arrière vers l’avant. Puis un geste de bas en haut en serrant très fort le poing. Le président de la 12e chambre du tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne) a fini par joindre le geste à la parole pour interroger Albert. C.  Mais l’aide-soignant de 57 ans n’a jamais été en mesure de justifier pourquoi il a donné deux gifles et tiré les cheveux d’une patiente de 98 ans, du 5 au 7 février dernier, dans l'Ehpad La Maison du grand cèdre d'Arcueil où elle résidait. « Je ne peux pas l’expliquer », a-t-il simplement lâché sans aucune empathie.

En fin d’après-midi, ce vendredi, il a finalement été condamné à cinq ans de prison ferme pour « violences sur personne vulnérable ayant entraîné plus de 8 jours d’incapacité totale de travail ». Beaucoup plus si l’on en croit l’avocate des enfants de la patiente. Victime d’une fracture du fémur au cours de cet épisode de violences, la nonagénaire serait aujourd’hui dans l’incapacité de pouvoir remarcher un jour. « C’est la grand-mère de tout le monde. C’était une femme exceptionnelle. Je parle à l’imparfait à dessein parce que cette femme est désormais allongée et condamnée à regarder le plafond. Ce n’est pas une vie », a détaillé Caroline Moreau-Didier.

« Au regard des faits, de leur répétition, de leur ampleur et de la vulnérabilité de la victime », le tribunal a donc condamné cet homme à la peine maximale prévue par la loi, allant au-delà des réquisitions du parquet qui, un peu plus tôt, avait réclamé une peine de cinq ans de prison dont un an avec sursis. Placé en détention provisoire lors de la découverte des faits, il a donc été maintenu derrière les barreaux.

« Un jour, elle nous a dit qu’un homme l’avait frappée… »

Dignes et drapées dans leur chagrin, les deux filles de la patiente sont venues à la barre expliquer pourquoi elles avaient décidé d’installer une caméra dans la chambre de leur mère, dans cet Ehpad d’Arcueil, afin de découvrir la vérité. « Un jour, elle nous a dit qu’un homme l’avait frappée durant la nuit », raconte ainsi la première. « Mais dans le personnel, il n’y avait que des femmes », complète la seconde. De fait, Albert. C., le seul homme aide-soignant, ne travaillait que la nuit et ne croisait donc jamais les familles des patients.

La vieille dame étant sujette à des trous de mémoire et des troubles cognitifs de plus en plus grands, les deux filles ne l’ont donc pas crue immédiatement. Mais quelques mois plus tard, à force de retrouver leur « maman » avec des hématomes au visage, elles ont décidé de prendre les choses en main. « Mon mari a cherché sur Internet. On a pris une caméra avec une bande de 30 heures renouvelable, explique l’une d’elle. On envisageait d’en prendre une seconde pour compléter le cycle entre nos venues. »

Quand l’Ehpad les a appelées, début février, pour signaler « une fracture spontanée » du fémur de leur mère, les deux femmes ont donc visionné les images. C’est une « monstruosité » qu’elles ont découverte, pour reprendre les termes du président. Alors qu’elle avait vraisemblablement chuté de son lit en pleine nuit, la vieille dame a été la cible de coups de pied et de gifles de l’aide soignant qui l’a également copieusement insultée. Pour preuve, lors de l’audience ce vendredi, le président a ordonné un huis clos total avant de diffuser le film.

Interdiction définitive d’exercer le métier d’aide-soignant

D’après l’un des avocats présents, Albert. C. a, lui, baissé les yeux quand la vidéo a été projetée. Irréprochable depuis trente ans, selon les pièces versées au dossier, cet homme, veste bleue sur chemise blanche, a tenté d’expliquer qu’il avait « pété un plomb » car ce soir-là, il devait veiller, seul, sur 8 patients grippés, dont un en fin de vie. Son avocate a également mis en avant le fait qu’il était angoissé à l’idée de ne pas pouvoir rembourser ses crédits et qu’il cumulait deux emplois pour pouvoir, notamment, payer les études de sa fille âgée de 19 ans. L’argument n’a pas convaincu lors de ce procès devenu un peu celui de tous les établissements accueillant des personnes âgées. « Cette histoire nous touche tous car nous avons tous un parent dans une maison de retraite, a résumé Anastasia Mandraveli, l’avocate du prévenu. Moi aussi, ma maman est décédée dans un Ehpad… »

Serrés les uns contre les autres dans les premiers rangs du tribunal, les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de la victime ont échoué, en revanche, à obtenir un supplément d’information afin de vérifier s’il n’y a pas d’autres victimes d’Albert. C. au sein de l’Ehpad. Le président a indiqué qu’il avait assez d’éléments pour rendre sa décision. Au surplus, il a condamné Albert. C. à une interdiction définitive d’exercer le métier d’aide-soignant et de se rendre à Arcueil où réside toujours sa victime. Groggy, son avocate envisageait, ce vendredi soir, de faire appel du jugement. « C’est beaucoup comme peine… » En fait, cela ne pouvait pas être plus. « Justice a été rendue, a simplement réagi l’une des filles de la nonagénaire. Raconter ce qu’il y a sur les vidéos, c’est quelque chose. Mais personne n’a pu les voir à part nous. Et je peux vous dire que c’était très très violent. »