Rennes: Cinq mois avec sursis pour le cyber-harceleur de Nadia Daam

PROCES Un étudiant était jugé ce mercredi pour les menaces proférées sur un forum à l’encontre de la journaliste et de sa fille

Manuel Pavard

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Nadia Daam et son avocat Me Eric Morain dans les couloirs du palais de justice, avant l'ouverture du procès de l'un de ses cyber-harceleurs.
Nadia Daam et son avocat Me Eric Morain dans les couloirs du palais de justice, avant l'ouverture du procès de l'un de ses cyber-harceleurs. — M. Pavard / 20 Minutes
  • L'un des cyber-harceleurs de Nadia Daam comparaissait ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Rennes.
  • Cet étudiant en philosophie avait menacé de viol la journaliste et sa fille de 11 ans dans un message insoutenable posté sur le site jeuxvideo.com.
  • Le prévenu a été condamné à cinq mois de prison avec sursis et 2.500 euros de dommages et intérêts.

Ignobles, orduriers, insultants, insoutenables... La lecture des mots incriminés, dès l’ouverture de l’audience, donne la nausée. Sur les bancs de la salle, les mines sont graves et peinent à cacher l'émoi et l'effroi. Durant plusieurs minutes, le président égrène le long message visant Nadia Daam, posté le 1er novembre 2017 par le prévenu sur le forum Blabla 18-25 du site jeuxvideo.com. Des propos d’une rare violence dans lesquels ce dernier menace la journaliste, entre autres abominations, de « violer son cadavre » tout en promettant de violer également sa fille de 11 ans.

L’étudiant en philosophie de 27 ans comparaissait ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour « menace de crime contre les personnes matérialisée par écrit, image ou autre objet ».

Une ligne de défense lunaire et un aplomb déconcertant

Pour Nadia Daam, c’était le dernier d’une série de procès intentés à ses différents cyber-harceleurs. La journaliste avait été victime d’une véritable campagne de harcèlement et lynchage numérique après une chronique sur Europe 1, le 1er novembre 2017, dans laquelle elle s’en était prise au forum précité, qualifiant notamment ses membres de « poubelle à déchets non recyclables d’Internet ». Elle avait réagi au sabotage massif mené par des forumeurs à l'encontre de la ligne téléphonique « anti-relou », créée par deux militants féministes pour décourager les auteurs de harcèlement sexuel.

À la barre, le prévenu, retrouvé à l’issue de dix mois d’enquête, a adopté une ligne de défense lunaire et est apparu totalement insensible et déconnecté. Avec un aplomb déconcertant, il a d'abord déclaré vouloir « démontrer qu’il y avait des gens intelligents sur jeuxvideo.com ». Surtout, il n’a à aucun moment exprimé de remords sincères, affirmant avoir simplement riposté aux termes « diffamants » employés selon lui par Nadia Daam dans sa chronique. Osant placer sur le même plan son message et celui de la journaliste, il a expliqué qu’il s’était inscrit dans « une logique de surenchère ».

« Le message le pire », selon Nadia Daam

L’étudiant s’est ensuite comparé à Rabelais et a indiqué qu’il s’était « créé un personnage de déchet non recyclable en mettant en scène de manière outrancière et fantasmatique » des « perversions sexuelles ». Des justifications qui ont choqué Nadia Daam. « Je suis vraiment sidérée par cette ligne de défense », s’est émue la journaliste, qui a depuis quitté Europe 1 pour ne collaborer qu'à Arte. Celle-ci a rappelé qu’il s’agissait du « message le pire » parmi le torrent de menaces et insultes reçues sur les réseaux sociaux.

D’une voix cassée, elle a ensuite raconté le calvaire qu’elle avait vécu en raison du cyber-harcèlement : la réaction de sa fille à la lecture du texte en question, « les gens qui ont publié l’adresse du collège de [sa] fille », la peur permanente, les coups frappés à sa porte, les nuits sans sommeil, l’obligation de déménager… « J’ai halluciné d’entendre des choses comme "rabelaisien" de la part [du prévenu]. Si j’avais entendu ça à l’époque, ça m’aurait anéanti », a-t-elle ajouté, les larmes aux yeux, avant de préciser que « ce n’était pas de la fiction ».

« Les mots précèdent toujours la violence physique »

Son avocat, Maître Eric Morain, a chargé l’étudiant en philosophie dont il a pointé « le sentiment de toute-puissance » et moqué l’emploi de concepts philosophiques « ineptes ». « Ça m’inquiète qu’on ait ce type de fantasme », a-t-il déclaré, avant d'ironiser : « Je ne sais pas si c’est rabelaisien de vouloir sodomiser une fille de 11 ans, ce que je sais, c'est que c'est un crime. » Des termes très crus qui « font vomir » et qui ont rythmé les débats. Me Morain a d'ailleurs rappelé que « les mots sont une violence et précèdent toujours la violence physique ».

Mais si l’avocat de la défense, Maître Frédéric Birrien n’a pas nié « le dégoût » que lui inspirait également le message de son client, il a aussi estimé que « la morale n’avait pas sa place ici » et qu’il fallait « faire du droit ». Il a ainsi plaidé la relaxe en assurant qu’il s’agissait de « menaces indirectes » et d’une « pensée », « non de menaces de mort directes ».

Condamné pour menace de crime envers la fille de Nadia Daam

Dans son réquisitoire, le procureur a fait le procès des réseaux sociaux, qui permettent des « outrances d’une vulgarité abominable », et a répété à plusieurs reprises les « propos abjects » du prévenu, soulignant que « l’intelligence » dont se prévalait ce dernier avait été utilisée « pour salir un être humain ». Pour les menaces de crime, il a réclamé six mois de prison avec sursis, un stage de prévention à la lutte contre le sexisme et l’interdiction d’exercer pendant dix ans une activité impliquant un contact avec les mineurs. L’étudiant prépare en effet l’agrégation de philosophie, une précision qui a suscité des murmures ébahis dans la salle.

Le cyber-harceleur a finalement été condamné à cinq mois de prison avec sursis pour le délit de menace de crime envers la fille de Nadia Daam et au versement de 2.500 euros de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral. Mais le tribunal n'a pas suivi les réquisitions du parquet sur tous les points. Le prévenu a ainsi été relaxé pour les menaces de mort contre la journaliste.