Lille: Libération d’un prévenu par erreur, suspects en cavale... Mais le procès d'un trafic de drogues XXL s'ouvre quand même

JUSTICE Vingt prévenus, des arrestations manquées et une libération par erreur, l’affaire de trafic de drogues, qui s’ouvre lundi au tribunal de Lille, est hors norme

Gilles Durand

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Illustration d'une saisie de drogue
Illustration d'une saisie de drogue — M.LIBERT/20 MINUTES
  • Le procès-fleuve de vingt suspects de trafic de stupéfiants s’ouvre, lundi, au tribunal correctionnel de Lille.
  • L’audience va se tenir sans les trois principaux accusés, toujours en cavale et sous le coup d’un mandat d’arrêt européen.
  • En début d’année, une erreur de procédure a permis à un des prévenus, placés en détention provisoire, d’être libéré.

Les trois principaux suspects sont en cavale. Lundi va s’ouvrir, au tribunal correctionnel de Lille, le procès de vingt prévenus, soupçonnés, à des degrés divers, de trafic de stupéfiants en bande organisée. L’audience doit se tenir toute la semaine malgré les trois absents sur lesquels l’enquête se poursuit.

Pour la petite histoire, cette affaire plutôt hors norme a également été émaillée, en début d’année, par la libération d’un des suspects dans des conditions rocambolesques.

Montres et voitures de luxe

C’est en janvier 2016 que la police judiciaire commence à s’intéresser à un réseau qui sévit essentiellement à Lille Sud, mais trouve des ramifications sur tout le territoire national. Les enquêteurs découvrent des trains de vie et des investissements immobiliers inadaptés à la situation sociale des suspects.

Montres et voitures de luxe, investissements immobiliers dans le rif marocain, voyages à Dubaï, au Maroc, en Thaïlande ou encore en Malaisie ne font qu’attiser les soupçons. Visiblement, le réseau est bien organisé car les chefs présumés utilisent régulièrement des messageries cryptées, selon une source proche de l’enquête.

La Tige, Baleine, Disco…

La « carla » – la cocaïne, l’héroïne ou le cannabis – provient souvent de Belgique ou des Pays-Bas où les suspects ont des pied-à-terre. Entre eux, comme dans un polar, ils se nomment Negeu, la Tige, Baleine, Disco, Micky ou encore « petit de PDA » (la Porte d’Arras). Ils sont frères, cousins, beaux-frères ou amis.

En décembre 2016, après presque un an de surveillance, une centaine de policiers procèdent à une vingtaine d’interpellations, mais loupent les trois personnes accusées d’être à la tête du réseau. Un mandat d’arrêt européen est toujours délivré contre eux.

« Le proc' a voulu faire du zèle »

Nouveau coup dur, en ce début d’année, lorsqu’un des prévenus, placé en détention provisoire, a dû être libéré à cause d’une erreur de procédure inhabituelle. Alors que la date du procès approche, ce dernier demande sa libération.

Son courrier, adressé au tribunal correctionnel de Lille, sera envoyé à la chambre d’instruction de Douai par le procureur de Lille. Pourquoi ? Contacté, le parquet n’a pas souhaité s’exprimer. « Le proc' a voulu faire du zèle », raconte, amusé, un avocat.

Toujours est-il que Douai estime que le courrier, adressé au tribunal de Lille, aurait dû y rester. Retour donc à Lille. Sauf qu’entre-temps, le délai pour rendre une décision est expiré. C’est donc la chambre des appels correctionnels, également installé à Douai, qui finit par constater l’expiration du délai. Le prévenu est libéré, sans même un contrôle judiciaire. Reste à savoir s’il se présentera à l’audience de lundi. A priori, oui.