Meurtre de la joggeuse de Bouloc: Le témoin capital malmené à la barre

PROCES Ce mardi, le témoin capital dont le témoignage a mené à Laurent Dejean, accusé du meurtre de Patricia Bouchon, a été longuement entendu

Hélène Ménal
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La Cour d'assises de la Haute-Garonne où se tient le procès de Laurent Dejean jusqu'au 29 mars 2019
La Cour d'assises de la Haute-Garonne où se tient le procès de Laurent Dejean jusqu'au 29 mars 2019 — A.GELEBART/20MINUTES
  • Laurent Dejean est accusé d’avoir tué Patricia Bouchon, la joggeuse de Bouloc, le 14 février 2011.
  • Ce mardi, la cour a entendu l’automobiliste qui a permis d’établir le portrait-robot qui a permis de remonter jusqu’à lui.
  • Le verdict est attendu pour le 29 mars.

Le fameux portrait-robot, c’est lui qui a permis de l’établir. La piste du meurtrier en Clio, c’est encore lui. Nicolas G. était attendu mardi matin à la barre avec l’étiquette inconfortable de témoin capital dans l’enquête sur le meurtre de Patricia Bouchon, assassinée le 14 février 2011 alors qu’elle faisait son jogging matinal à Bouloc, près de Toulouse.

A l’époque, le jeune livreur passait par là pour se rendre à son travail. Il a croisé d’abord la route de la victime qui courait. Puis « à 4h33 » – il a regardé l’heure sur son autoradio – il a failli entrer en collision avec « une Clio 1re génération » comme la sienne, arrêtée à cheval sur les voies, « phares éteints ». Nicolas G. a fait une embardée, il s’est arrêté. Mais le conducteur imprudent a démarré « façon rallye ».

C’était le lundi à l’aube et le futur témoin à charge n’a pas accordé trop d’importance à l’incident. Puis la nouvelle de la disparition de Patricia Bouchon est tombée. Le samedi suivant il s’est présenté à la gendarmerie et a livré son récit. Il n’en est ressorti que tard le soir, après avoir établi le portrait-robot.

Un portrait-robot décisif

Ce dernier ne sera diffusé que deux ans et demi plus tard par les enquêteurs. Sa ressemblance avec l’accusé a été relevée par 37 de ses connaissances ou proches, dont sa sœur. Quant à la Clio, une trentaine de témoins a attesté que Laurent Dejan en utilisait une, blanche et toujours introuvable, au moment du meurtre. Bref, le témoignage de Nicolas est pour beaucoup dans sa présence dans le box.

Alors évidemment, la défense et l’avocat général, qui – fait rare – ne soutient pas l’accusation, ont longuement cuisiné le jeune homme dont la mémoire, il l’admet, « n’est plus aussi précise » huit ans après. Il ne se souvient plus par exemple s’il a travaillé avec le portraitiste avec un ordinateur ou des papiers pour support.

Distances, plafonnier et tapissage

Les avocats de Laurent Dejean ont aussi relevé des déclarations « évolutives » au fil de l’instruction, « toujours au détriment de [l’accusé] », insiste Guy Debuisson, qui laisse entendre que les gendarmes ont guidé le témoin. Sur la couleur de la Clio par exemple. « Grise » d’abord, puis « claire » trois ans plus tard au moment de l’interpellation de l’accusé. Nicolas G. finit par expliquer que pour lui le gris anthracite est un gris clair.

David Sénat, l’avocat général, a insisté pour sa part sur les distances séparant les deux voitures dans le presque accident, variant de « 7 à 1,50 m », puis sur le « plafonnier allumé » de la Clio de l’inconnu, un détail que le témoin ne livrera que bien plus tard lors d’une reconstitution sur les lieux. Enfin, Guy et Pierre Debuisson ont mis l'accent sur un « tapissage » réalisé en 2014. Placé devant 12 photos de suspects, le témoin n’a pas reconnu Laurent Dejean et a désigné deux autres personnes.

Le procès se poursuit jusqu’au 29 mars. Mardi prochain, le président interrogera Laurent Dejean, qui reste le regard fixe et sans réaction dans son box. Notamment sur la disparition de la fameuse Clio.