Rennes: Un cyber-harceleur présumé de la journaliste Nadia Daam devant la justice

JUSTICE Elle avait été prise pour cible sur les réseaux sociaux après une chronique radio

Jérôme Gicquel

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La cité judiciaire de Rennes, qui abrite le tribunal de grande instance.
La cité judiciaire de Rennes, qui abrite le tribunal de grande instance. — C. Allain / 20 Minutes
  • Un étudiant sera jugé ce mercredi à Rennes pour avoir menacé de mort Nadia Daam sur les réseaux sociaux.
  • Après une chronique radio, la journaliste a été victime d’une campagne de cyber-harcèlement.
  • Six de ses cyber-harceleurs ont déjà été jugés et condamnés à de la prison avec sursis.

Les propos sont d’une rare violence. Dans un message publié le 1er novembre 2017 sur le forum Blabla 18-25 du site jeuxvideo.com, un étudiant en philosophie de 27 ans avait menacé de mort et de viol la journaliste Nadia Daam et d’en « faire de même » avec son enfant. Il sera jugé ce mercredi après-midi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour « menace de crime contre les personnes matérialisée par écrit, image ou autre objet ». Retrouvé après dix mois d’enquête, l'étudiant rennais encourt pour ces faits une peine de trois ans de prison et 75.000 euros d’amende.

Ce procès est le dernier d’une longue série pour la journaliste d’Europe 1, victime d’un lynchage numérique sur les réseaux sociaux à l’automne 2017 après une chronique dans laquelle elle qualifiait le forum en question de « poubelle à déchets non recyclables d’Internet ». Six de ses cyber-harceleurs ont déjà été jugés à Paris et en province, condamnés à des peines de prison avec sursis et à des amendes en réparation du préjudice moral. « C’est la fin d’une longue séquence qui a été longue et éprouvante pour ma cliente. Et ce n’est pas anodin que l’on termine par ce message qui reste l’un des pires qu’elle ait reçus », souligne son avocat Maître Eric Morain.

Pour son avocat, Nadia Daam a « participé à la libération de la parole »

Ayant également défendu l’ancienne actrice porno Nikita Belluci, elle-même victime d’un déferlement de haine et d’insultes sur les réseaux sociaux, l’avocat parisien connaît bien la ligne de défense des cyber-harceleurs. « Pour eux, ce ne sont que des mots. Mais pour celui qui les reçoit, c’est d’une telle violence. La personne se dit que ces menaces vont vraiment arriver », indique-t-il.

Dans le cas de Nadia Daam, le virtuel s’est même étendu au réel. Son domicile a ainsi été cambriolé et sa porte d’entrée fracassée le jour de la première audience. « Elle a dû déménager et sa fille a dû changer d’école. Elle avait peur de marcher dans la rue et de croiser ses agresseurs. Cela a bouleversé totalement sa vie familiale, sociale et professionnelle », assure Me Eric Morain, saluant le courage de sa cliente. « Elle a été pionnière et a participé à la libération de la parole », indique l’avocat, espérant « une prise de conscience » des cyber-harceleurs.

Contacté par 20 Minutes, Maître Frédéric Birrien, avocat du prévenu, ne conteste pas la violence des propos « nauséabonds » de son client. Mais à la lecture du dossier, il estime toutefois qu’ils ne sont pas « constitutifs du délit de menace de mort stricto sensu ». L’audience doit se tenir à partir de 16h en présence de Nadia Daam.