VIDEO. «Air cocaïne»: Christophe Naudin «espère que ce procès ne sera pas l’Outreau du trafic de drogue»

PROCES Le criminologue et expert en sûreté Christophe Naudin, ami des deux pilotes jugés à Aix-en-Provence, a témoigné ce mardi. Il a raconté son séjour en prison et a fustigé la justice et les autorités dominicaines. Pour lui, l’affaire est un « coup monté »

Jean Saint-Marc

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Christophe Naudin avec Bruno Odos et Pascal Fauret, devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence, le 19 mars 2019.
Christophe Naudin avec Bruno Odos et Pascal Fauret, devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence, le 19 mars 2019. — G. Julien / AFP
  • Le chercheur Christophe Naudin a fait 26 mois de prison en République Dominicaine après avoir participé à la rocambolesque évasion des pilotes impliqués dans l’affaire « Air Cocaïne. »
  • Ami des deux hommes, il a témoigné en leur faveur, ce mardi, devant la cour d’assises spéciale qui juge cette titanesque affaire, à Aix-en-Provence.
  • Il affirme que l’affaire entière est un « coup monté » des autorités dominicaines et espère un acquittement des pilotes accusés.

« Bon. Ben c’était pas mal, ça. » Le ténor Eric Dupond-Moretti tonne en sortant de la salle d’audience, après avoir réclamé – et obtenu – une suspension d’audience. Son ancien client Christophe Naudin s’approche et le remercie chaudement : « Vous m’avez bien aidé, maître ! » Les questions du célèbre avocat, qui défend les deux pilotes Bruno Odos et Pascal Fauret, étaient naturellement bienveillantes.

« Vous êtes celui par qui les autorités dominicaines ont été ridiculisées », glisse le pénaliste, entre deux petites provocations en direction de l’avocat général. Le souriant et affable Marc Gouton questionne « l’impartialité » de ce témoin, qui reconnaît sans peine ses « liens amicaux » avec les deux pilotes, interpellés avec près de 700 kilos de cocaïne.

Les langoustes et la sécurité « cosmétique »

Christophe Naudin a participé à leur évasion mais « ne les connaissait pas avant », assure-t-il. « Soyons clairs, vous êtes témoin, pas expert », conclut l’avocat général, qui a répété plusieurs fois son unique question : les pilotes, qui assurent qu’ils ne connaissaient pas la nature de leur chargement, pouvaient-ils avoir confiance dans les contrôles des autorités dominicaines ?

« Le fait que les Dominicains affirment que le contrôle est fait ne signifie pas que c’est réellement le cas », a fini par répondre Christophe Naudin. Une sentence qui n’a pas vraiment étonné la salle du palais Monclar d’Aix-en-Provence : l’expert aéronautique et criminologue venait de réaliser, pendant une bonne demi-heure, un sanglant réquisitoire contre la République Dominicaine. Tout y est passé, des « langoustes » moins nombreuses que prévu dans les buffets des hôtels à la « sécurité uniquement cosmétique » à l’aéroport de Punta Cana, que Christophe Naudin avait audité quelques années plus tôt.

Le portrait qu’il dresse de la justice dominicaine est aussi tranchant : « La justice dominicaine n’est qu’un mauvais théâtre, même pas de boulevard », assure-t-il. Il estime que les deux pilotes et leurs possibles complices Nicolas Pisapia et Alain Castany ont subi un « procès biaisé. » Lui-même a été condamné à Saint-Domingue. Il a passé 26 mois dans les geôles dominicaines, « moyenâgeuses ». « Un type mourrait toutes les semaines ou les quinze jours. J’ai été hospitalisé à mon retour en France. Le plus dur, c’est quand ils organisaient des pénuries d’eau », a relaté Christophe Naudin, un peu stressé dans son costume noir.

Christophe Naudin était plus détendu à l'issue de son audition au procès Air Cocaïne.
Christophe Naudin était plus détendu à l'issue de son audition au procès Air Cocaïne. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Il s’est détendu à la fin de son audition, osant même quelques traits d’humour : « Je dois être le seul criminologue à avoir fait de la prison… Ça m’a permis de faire des travaux pratiques ! » Parfois bravache, il assure « n’avoir jamais rien dit lors des interrogatoires » sur les conditions de l’évasion. « Et je n’en suis pas mécontent », conclut l’homme de 56 ans, qui a repris ses activités au sein du Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines, un laboratoire de l’université Paris II-Panthéon Assas.

« Une farce, un coup monté ! »

Souriant devant les micros, il espère que le procès se soldera par un acquittement des pilotes : « C’est une affaire fictive, une farce, un coup monté par la République dominicaine. J’espère que ce procès ne sera pas le procès Outreau de la drogue ! »