Crash de Charm el-Cheikh: L’État a été condamné pour «mauvais fonctionnement de la justice»

INFO «20 MINUTES» L’État a été condamné à verser 10.000 euros aux familles des 135 victimes françaises de ce crash aérien pour la lenteur de l’enquête

Vincent Vantighem

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Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte.
Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte. — Frederic Stevens / Sipa
  • Le 3 janvier 2004, 135 Français sont morts dans un crash à Charm el-Cheikh, en Egypte.
  • Faute de coopération des Égyptiens, le juge a fini par rendre un non-lieu dans cette affaire.
  • Mais les proches des victimes continuent de se battre pour obtenir la vérité.

Au palais de justice de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le dossier occupe une armoire complète. En 15 ans, il a largement eu le temps de prendre la poussière. Selon nos informations, l’État a été condamné, le 14 janvier, à verser 10.000 euros de dommages et intérêts à l’association de défense des familles de victimes du crash aérien de Charm el-Cheikh (Egypte), pour « mauvais fonctionnement du service public de la justice ».

« La décision a été rendue il y a deux mois mais nous voulions être sûrs que l’État ne faisait pas appel avant d’en parler, confie Claude Fouchard, le président de l’association qui a lui-même perdu onze membres de sa famille dans la catastrophe. Aujourd’hui nous pouvons dire que cette décision vient sanctionner la lenteur avec laquelle la justice française a traité tout cela. »

Dans ce jugement de 7 pages que 20 Minutes a pu consulter, les juges estiment en effet, avec de nombreux exemples à l’appui, que le délai d’instruction depuis 2012 a été « excessif » et qu’il « a causé un préjudice aux familles des victimes qui étaient dans l’attente de l’issue » de cette procédure.

« Nous ne pouvons pas tolérer que ces morts soient ‘’de la faute à pas de chance’’ »

En janvier 2004, le Boeing 737 de la compagnie à bas coût Flash Airlines s’était abîmé dans la mer Rouge peu après son décollage de Charm el-Cheikh lors du vol 604 à destination de Roissy. La catastrophe avait fait 148 morts dont 135 Français. Alors que quatre juges différents se sont succédé, la justice française n’est jamais parvenue à déterminer exactement les raisons du crash, notamment en raison du manque de coopération des autorités égyptiennes.

Dénonçant « l’inertie de la justice », les familles des victimes françaises avaient décidé d’assigner l’État devant la justice civile en juillet 2017. « Nous ne pouvons pas tolérer que ces morts soient ‘’de la faute à pas de chance’’. Aujourd’hui, plus que les 10.000 euros de dommages et intérêts, c’est surtout le fait d'avoir été entendus que nous retenons. C'est un symbole », se félicite Claude Fouchard.

Le patron de la compagnie n’a jamais témoigné

D’autant que le combat n’est pas terminé. Faute de coopération des Égyptiens, le dernier juge en charge du dossier a fini par rendre, le 11 juillet 2017, une ordonnance de non-lieu, estimant que l’enquête ne permettait « pas de retenir d’autre hypothèse que celle des fautes imputables à l’équipe de pilotage ».

Morts dans le crash, ils ne pourront plus éclairer la justice. Mohammed Nour, si. Ancien directeur de Flash Airlines, cet homme a toujours refusé de se rendre à la convocation des juges français pour être confronté aux résultats des investigations. Et donc de répondre notamment aux questions sur la cadence qu’il pouvait imposer à ses pilotes, jeunes et inexpérimentés. Lors de sa seule audition par la justice égyptienne sur ce dossier, il avait simplement reconnu qu’il était « impliqué au quotidien » dans la gestion de sa compagnie.

Les familles des victimes ont donc contesté l’ordonnance de non-lieu afin que le dossier ne soit pas refermé à tout jamais. « Il n’est pas trop tard pour que la France force les Egyptiens à coopérer et, par conséquent, Mohammed Nour à témoigner, lâche encore Claude Fouchard. Pour cela, il suffit que la justice annule le non-lieu. » Une audience se tiendra, à ce propos, devant la cour d’appel de Paris le 5 juin prochain.