VIDEO. Pédophilie dans l’Eglise: Le cardinal Barbarin condamné à six mois de prison avec sursis

NON-DENONCIATION Mgr Philippe Barbarin a été condamné ce jeudi matin à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'abus sexuels devant le tribunal correctionnel de Lyon

J.Lau. et E.F. avec AFP

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Le cardinal Philippe Barbarin, ici lors de l'ouverture de son procès, le 7 janvier à Lyon.
Le cardinal Philippe Barbarin, ici lors de l'ouverture de son procès, le 7 janvier à Lyon. — SIPA
  • L’archevêque de Lyon, absent au palais de justice ce jeudi matin, a été reconnu « coupable de non-dénonciation de mauvais traitements » envers un mineur entre 2014 et 2015.
  • Il a été condamné à six mois de prison avec sursis.
  • Les cinq autres membres de l’Eglise, poursuivis à ses côtés pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements pédophiles reprochés au père Preynat, ont été relaxés.

Dans la salle d’audience, un silence de cathédrale a accueilli le délibéré du tribunal correctionnel de Lyon malgré la surprise du jugement. Le cardinal Barbarin, 68 ans, a été condamné ce jeudi matin à six mois de prison avec sursis à Lyon pour « non-dénonciation » d’agression sexuelle sur mineur et à verser 1 euro symbolique à huit des neuf victimes.

Les cinq autres membres de l’Eglise, poursuivis à ses côtés pour ne pas avoir dénoncé à la justice les actes pédophiles reprochés par d’anciens scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon au père Bernard Preynat, ont été relaxés.

A l’issue du procès début janvier, le ministère public n’avait pourtant requis aucune condamnation, estimant que l’infraction de mise en péril n’était pas caractérisée et que les faits de non-dénonciation étaient prescrits. Un avis conforme à celui du parquet de Lyon qui, à l’été 2016, avait classé sans suite l’enquête préliminaire pour non-dénonciation d’agression sexuelle visant le primat des gaules dans cette même affaire.

 

Le cardinal absent ce jeudi matin

Mais le tribunal correctionnel de Lyon en a décidé autrement, jugeant l’archevêque de Lyon, absent au palais de justice ce jeudi matin, « coupable de non-dénonciation de mauvais traitements » envers un mineur entre 2014 et 2015. C’est à cette période qu’Alexandre Hezez, l’une des victimes du père Bernard Preynat, était venu trouver des membres du diocèse, dont Philippe Barbarin les informant des agressions sexuelles subies dans les années 1980. « Des rumeurs » qui étaient parvenues aux oreilles du cardinal bien avant.

« Je n’ai jamais, au grand jamais, cherché à cacher ces faits horribles. Et encore moins à les couvrir. Qu’on parle d’une erreur d’appréciation, de jugement, discutons-en, mais couvrir de telles choses, non », se défendait en janvier, lors du procès, Mgr Barbarin, avouant avoir conscience que le père Preynat « a brisé l’innocence sacrée des enfants ».

Une version qui n’a pas convaincu le tribunal. Dans un jugement, dont 20 Minutes a obtenu copie, ce dernier a souligné qu' « alors même que ses fonctions lui donnaient accès à toutes les informations et qu’il avait la capacité de les analyser et les communiquer utilement, Philippe Barbarin a fait le choix en conscience, pour préserver l’institution à laquelle il appartient, de ne pas les transmettre à la justice ».

« En voulant éviter le scandale, causé par les faits d’abus sexuels multiples commis par un prêtre, mais sans doute aussi par la mise à jour de décisions bien peu adéquates prises par les évêques qui le précédaient, Philippe Barbarin a préféré prendre le risque d’empêcher la découverte de très nombreuses victimes d’abus sexuels par la justice, et d’interdire l’expression de leur douleur », peut-on lire encore dans le jugement.

« Cette victoire envoie un signal très fort à beaucoup de victimes »

Cette condamnation est « une grande victoire pour la protection de l’enfance », a estimé ce jeudi l’un des plaignants, Francois Devaux. « Cette victoire envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et elle leur permet de comprendre qu’elles sont entendues, écoutées et reconnues », a ajouté le cofondateur de l’association de victimes La Parole libérée, estimant qu’il s’agissait de « l’aboutissement d’un long parcours pour qu’émerge une prise de conscience ».

« Au-delà de cette condamnation de principe, la responsabilité et la culpabilité du cardinal ont été consacrées par ce jugement. C’est un symbole extraordinaire, une décision historique », a pour sa part déclaré, avec une émotion visible, Yves Sauvayre, l’avocat de l’une des parties civiles.

A l’issue de l’audience, les avocats du cardinal ont immédiatement annoncé leur volonté de faire appel. « La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utiles », a indiqué Jean-Félix Luciani, l’avocat de monseigneur Barbarin en relevant qu’il « était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression avec des documentaires, un film… Ça pose de vraies questions sur le respect de la justice », a conclu l’avocat.

Philippe Barbarin est le troisième évêque condamné en France pour des faits similaires, après deux autres cas en 2001 et en 2018.