Grasse: Elle laisse une vingtaine de chats mourir de faim, dix mois de prison ferme requis contre la présidente d'une association

CRUAUTE ENVERS LES ANIMAUX Des cadavres avaient été découverts en état de décomposition et 60 autres félins ont été retrouvés en mauvaise santé

Fabien Binacchi

— 

La présidente de l'association Paradise cat's, le 5 mars 2019, à Grasse
La présidente de l'association Paradise cat's, le 5 mars 2019, à Grasse — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • La présidente d’une association azuréenne de protection des chats est poursuivie pour cruauté envers les animaux.
  • Une vingtaine de cadavres en état de décomposition ont été découverts dans une villa, 60 autres félins ont été récupérés en mauvaise santé dans son appartement.
  • Seize mois de prison dont dix ferme ont été requis à son encontre, la décision sera rendue le 4 avril.

« Tu vas crever à petit feu, comme eux. » Dans la salle des pas perdus du palais de justice de Grasse, Joëlle Moulard est violemment invectivée. La tension est maximale. Des défenseurs des animaux ne digèrent pas l’affaire jugée ce mardi après-midi dans la cité des parfums. La présidente de l’association Paradise cat’s est poursuivie pour avoir laissé mourir de faim et de soif des chats qu’elle avait mis sous sa protection. Des « actes de cruauté » pour lesquels le parquet a requis seize mois de prison, dont dix ferme.

Des associations étaient réunies devant le palais de justice de Grasse
Des associations étaient réunies devant le palais de justice de Grasse - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« Elle a laissé l’effroyable se produire en toute connaissance de cause, a déclaré la procureure. Ces animaux étaient enfermés dans des cages trop petites, sans eau ni nourriture ». La magistrate a tenu compte du « discernement altéré » de la prévenue pour établir son réquisitoire. Un expert ayant révélé chez cette dernière « un processus psychotique chronique » et un « état dépressif chronique ancien ».

Une interdiction définitive de détenir un animal, l’impossibilité d’exercer toute profession en lien avec des animaux pendant cinq ans et une obligation de soins ont également été demandés. La décision, mise en délibéré, sera rendue le 4 avril.

Des chats amaigris, porteurs de maladies et de parasites

Le 15 novembre dernier, suite au signalement de bénévoles d’Au service des animaux (ASA) 06, les gendarmes investissent une villa de Biot, dont cette femme de 49 ans venait d’être expulsée pour non-paiement des loyers. Ce qu’il découvre alors relève de « l’horreur », selon plusieurs associations. Une vingtaine de cadavres de chats sont retrouvés dans leurs excréments. Une soixantaine d’autres félins dénutris sont également récupérés dans son appartement d’Antibes.

A la barre, tête baissée sous sa chevelure blonde, la prévenue explique qu’elle ne pouvait plus s’approcher de certains animaux « trop sauvages » et qu’elle s’est laissée « débordée » par une épidémie de PIF (péritonite infectieuse féline). « Bon nombre des chats récupérés encore en vie étaient effectivement porteurs de diverses maladies, dont le coryza, le FIV [Feline immunodeficiency virus, l’équivalent du VIH pour le chat], mais aussi de parasites, la gale et ténia notamment », appuie le président du tribunal correctionnel.

Puis Christian Legay montre des photos et commence à énumérer : « Un cadavre de chat en décomposition, un deuxième cadavre de chat en décomposition, un troisième… Au total… 18 ont été retrouvés, plus un crâne. Des corps étaient dans des cages fermés, d’autres sous des meubles et certains dans les tiroirs d’un congélateur éteint ».

« Vous auriez dû réagir »

« Deux de ces cadavres ont été autopsiés. Les conclusions font état de mauvais traitements. Ils sont morts de faim et de soif et pas de maladie contrairement à ce que vous pouvez dire, décrit-il en s’adressant à la prévenue. Et ce, alors que les gendarmes ont découvert sous les cages des sacs entiers de croquettes, même pas ouverts. »

« Il s’agissait de croquettes pour chien que j’avais récupéré de donations », tente d’expliquer la présidente de l’association. « Je ne suis pas spécialiste, mais je pense qu’un chat qui a faim est capable de manger n’importe quoi », tranche le président.

Joëlle Moulard ne reconnaît pas clairement avoir laissé mourir de faim et de soif ces animaux. « Ce n’est pas ce que j’ai voulu », avance la prévenue à peine audible.

« Vous aviez décidé de prendre soin de ces chats. Une association de défense des animaux est faite pour les protéger. Quand vous vous êtes rendu compte que vous ne pouviez plus assurer cette protection, que vous étiez dépassée, vous auriez dû réagir. Vous auriez pu ouvrir les cages comme on ouvre les barrières des enclos pour sauver les bêtes en cas d’incendie ou tout simplement demander l’appui d’autres associations », assène-t-il. « Elles ne m’ont jamais aidée », répond Joëlle Moulard.

Certains animaux « se sont rongé les pattes »

Sur le banc des parties civiles, les avocats d’une dizaine d’associations de défense des animaux (l’Amitié solidaire animale 06, le Groupe d’action pour l’amour des animaux, les fondations 30 millions d’amis, Brigitte Bardot et Assistance aux animaux, l’Union de protection des animaux d’Antibes, le Refuge de l’espoir, la Société protectrice des animaux) trépignent. « C’est un mensonge de plus. Il n’y a pas eu d’appel. Il y aurait eu 1.000 solutions pour sauver ses chats », explique l’un d’eux.

« Renseignements pris auprès de professionnels, avant de mourir de faim et de soif, un chat peut tenir deux à trois semaines », note une autre avocate, précisant que certains animaux « se sont rongé les pattes ». Un autre conseil pointe encore le fait que « des traces d’autres cadavres ont été détectées sous les chats retrouvés dans des cages ».

Des dommages et intérêts ont été réclamés par ses associations qui ont recueilli les félins retrouvés en mauvaise santé et dont certains n’ont pas pu être sauvés.

Deux ans de prison ferme pour le tortionnaire d'un chat, torche vivante défenestrée