Nice: De l'eau au «goût amer»... accusé d'empoisonnement, le propriétaire d'un viager a-t-il voulu «accélérer les choses»?

PROCES Olivier Cappelaere, soupçonné d'avoir voulu éliminer une octogénaire, nie en bloc

Fabien Binacchi

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L'octogénaire empoisonnée discute avec son avocat sur le parvis du palais de justice de Nice, le 4 mars 2019
L'octogénaire empoisonnée discute avec son avocat sur le parvis du palais de justice de Nice, le 4 mars 2019 — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Olivier Cappelaere, 49 ans, est accusé d’avoir empoisonné l’occupante de son appartement acheté en viager.
  • A l’ouverture de son procès devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes, ce collectionneur de viagers à nier en bloc.
  • L’octogénaire rescapée doit témoigner ce mardi.

S’il s’est introduit dans l’appartement qu’il avait acheté en viager en l’absence de son occupante, c’était « pour prendre des photos en vue d’une revente ». Et s’il faisait des recherches sur Internet sur le chlorure de potassium, une substance susceptible de provoquer un arrêt cardiaque, c’était simplement pour satisfaire « sa curiosité ».

Lundi, au premier jour de son procès, Olivier Cappelaere, tenue sombre et cheveux grisonnants, n’a pas sourcillé, trouvant des réponses à toutes les questions de la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Accusé d’avoir tenté d’empoisonner sa crédirentière et un voisin qui a « goûté » la même substance, alors qu’il se trouvait en difficulté financière, cet homme de 49 ans nie en bloc.

« Bien évidemment, non, je ne reconnais pas ces faits. Depuis quatre ans, on m’a insulté, traité de tout et du pire. On m’a traîné dans la boue. On m’a humilié. J’ai eu droit à un lynchage médiatique », a-t-il lâché à l’ouverture des débats.

Une eau minérale « au goût amer »

Le 7 avril 2015, Suzanne, 89 ans aujourd’hui, est admise pour la troisième fois en trois mois à l’hôpital. La vieille dame, « à la vie saine et qui n’avait jamais été hospitalisée avant ça » selon une voisine, présente des troubles neurologiques graves. Son voisin, Gabriel, qui est venu lui porter secours, s’est aussi senti mal après avoir bu la même eau minérale « au goût amer ». Des traces d’atropine sont décelées dans leur sang et leurs urines.

Cette substance a été retrouvée au domicile du couple Cappelaere dans un collyre vétérinaire « utilisé pour soigner des ulcères sur les yeux » de leur chien. Un poison versé dans sa Vittel par celui qui lui avait acheté son appartement du Cannet en 2008 ? Suzanne en est persuadée. « On plaisantait au sujet des visites répétées de ce monsieur. Elle [Suzanne] me disait "il vient voir si je suis morte" », raconte une voisine de palier.

Une autre habitante a relaté ce matin du 7 avril 2015, lorsque l’accusé a reconnu s’être introduit chez l’octogénaire. « J’ai entendu du bruit, j’ai demandé "ça va Suzanne ?" Je n’ai pas reconnu sa voix. » Olivier Cappelaere, qui avait un double des clés, réussit à prendre la poudre d’escampette. « J’étais venu faire des photos de l’appartement pour une revente. Je voulais faire ça en son absence pour ne pas la perturber », justifie-t-il.

« Il ne supporte pas l’idée de manquer d’argent »

« Passionné par l’immobilier » selon sa femme, avec qui il avait acheté pas moins de cinq viagers, Olivier Cappelaere « ne supporte pas l’idée de manquer d’argent », selon un psychologue chargé de dresser son portrait. L’homme, dont la société était en liquidation judiciaire, a-t-il voulu « accélérer les choses » avec Suzanne ? L’accusation le pense.

Le directeur d’enquête est venu rappeler à la barre « que lui seul avait un mobile ». « Et puis, c’est le plus vieux des viagers que détenait le couple », a également avancé le policier. « On dit tout. Tout est possible dans ce dossier quand il s’agit d’incriminer Olivier Cappelaere », a rétorqué son avocat Me Bernard Ginez.

Reste aussi l’analyse du téléphone, de la tablette et de l’ordinateur de l’accusé d’où ressortent certains éléments troublants. Comme plusieurs visites sur des pharmacies en ligne étrangères, des recherches sur des substances potentiellement mortelles, comme l’atropine, et même des recherches d’avis de décès.

Le témoignage de l’octogénaire est très attendu ce mardi. Le procès est prévu jusqu’à mercredi. Olivier Cappelaere encourt la réclusion criminelle à perpétuité.