Rennes: Accusée d’avoir secoué son bébé, une mère clame son innocence

JUSTICE Vanessa comparaît ce lundi devant le tribunal correctionnel de Rennes, quatre ans après les faits

Manuel Pavard

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Vanessa a aujourd'hui retrouvé son fils, qui se porte parfaitement selon elle.
Vanessa a aujourd'hui retrouvé son fils, qui se porte parfaitement selon elle. — DR
  • Jugée ce lundi à Rennes, une Bretonne de 32 ans est accusée d'avoir secoué son bébé alors âgé de 6 semaines.
  • Vanessa a toujours clamé son innocence.
  • La jeune femme a créé l'association Adikia, qui regroupe des familles accusées de maltraitance sur leur bébé mais se disant innocentes.

EDIT du 05/03/2019: Jugée lundi par le tribunal correctionnel de Rennes, la jeune femme a finalement été relaxée dans la soirée.

Quatre ans après, Vanessa n’a rien oublié de cette journée du 16 février 2015 ni des jours qui ont suivi. La préparatrice en pharmacie de 32 ans résidant à Maxent (Ille-et-Vilaine) comparaît ce lundi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour « violences volontaires sur mineur de moins de 15 ans par ascendant ». Accusée d’avoir secoué son bébé, elle nie farouchement les faits.

Toutes les hypothèses possibles

La jeune femme remonte le fil des événements ayant bouleversé sa vie. Ce jour-là, son fils Hylann, âgé de 6 semaines, « a 38,5 °C de fièvre et ne mange pas bien ». Craignant une grippe, Vanessa décide de consulter sa pédiatre, qui l’oriente ensuite vers les urgences. En arrivant au CHU de Rennes, le bébé va déjà mieux mais le pédiatre urgentiste « s’est alarmé de la taille de sa tête, qui était trop grosse. Il a commencé à parler de méningite », se souvient la maman.

Hylann subit alors des examens divers durant quelques jours. Ses parents entendent toutes les hypothèses possibles. Les premiers tests révèlent d’abord un épanchement de liquide péricérébral mais, selon le neurochirurgien ayant pratiqué une IRM le lendemain, rien d’inquiétant. Et puis subitement, « un scanner a été demandé en urgence », précise Vanessa. « D’après le résultat, mon fils avait un hématome autour du cerveau, ce qui n’était pas normal. »

Le couperet va finalement tomber : « Le chef du service pédiatrie nous a dit que, pour lui, c’était clairement le syndrome du bébé secoué. » Les choses s’enchaînent ensuite très vite. Un signalement est effectué devant le procureur de la République et le domicile du couple est perquisitionné par les gendarmes.

Le bébé placé en famille d’accueil

En racontant la suite des événements, la voix de Vanessa se voile. « Les services sociaux nous ont convoqués à la CDAS (commission départementale d’action sociale) avec mon conjoint. Mais en arrivant là-bas, ils nous ont dit que, pendant qu’on faisait la route, des travailleurs sociaux avaient récupéré Hylann pour le placer en famille d’accueil durant quinze jours. » Le couple a tout juste le temps de lui dire au revoir. « Mon bébé d’habitude très calme s’est mis à hurler », se remémore Vanessa.

Le lendemain, tous deux sont convoqués à la gendarmerie puis placés en garde à vue durant trente-six heures. Un gendarme va alors montrer à Vanessa un SMS qu’elle a envoyé à une amie fin janvier. « Je lui disais qu’Hylann avait souvent des problèmes pour respirer la nuit et que j’avais été obligée de le secouer pour qu’il revienne à lui. » Selon elle, il s’agissait d’une simple « stimulation » lorsqu’elle entendait la respiration de son fils se couper. Mais le mal est fait.

Vanessa est mise en examen et séparée de son conjoint innocenté, qui part vivre chez sa mère tandis qu’elle conserve la garde de son fils aîné de 5 ans. Au terme de son placement de quinze jours, Hylann, qui n’aurait « aucune séquelle », est confié à son père et à sa grand-mère. Et trois mois après, la famille est « enfin réunifiée », avec un suivi mensuel des éducateurs.

Elle crée une association pour les familles se disant accusées à tort de maltraitance

Mais l’enquête judiciaire continue. Durant toute cette période, la bataille d’experts fait rage, Vanessa décidant de pratiquer des expertises à ses frais. Elle recourt notamment à des spécialistes réputés partout en France. L’un des rapports, explique-t-elle, infirme la thèse du bébé secoué et avance « la piste de l’hydrocéphalie, une maladie causée par un excès de liquide céphalorachidien ».

C’est aussi à cette époque que Vanessa et son mari rencontrent sur Facebook d’autres familles « vivant le même cauchemar ». Ils décident de créer l’association Adikia, qui réunit aujourd’hui plus de 200 familles accusées de maltraitance mais clamant leur innocence. Comment ne pas se faire abuser par de vrais coupables ? « Celles qui veulent adhérer doivent apporter des éléments irréfutables », répond Vanessa.

La jeune femme reste malgré tout mise en examen et encourt dix ans de prison. « J’ai hâte d’être entendue par le tribunal, indique-t-elle. Je veux apporter enfin les éléments dont je parle depuis le début de la procédure mais que personne n’a écoutés. Il y a quand même deux grands pontes de la neurochirurgie qui me croient innocente. »