Soupçons de financement libyen: La justice britannique ordonne l'extradition d'Alexandre Djouhri vers la France

EXTRADITION L'homme d'affaires Alexandre Djouhri est soupçonné d'être derrière des versements occultes au profit de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007

Vincent Vantighem

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L'homme d'affaires français Alexandre Djouhri, à Londres, le 13 janvier 2018.
L'homme d'affaires français Alexandre Djouhri, à Londres, le 13 janvier 2018. — Tolga Akmen / AFP
  • Alexandre Djouhri est l'un des protagonistes de l'enquête française sur les soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy.
  • Convoqué à plusieurs reprises par la justice, il avait finalement fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen.
  • Interpellé à Londres en janvier 2018, il souffre de problèmes cardiaques.

Pour convaincre leurs homologues britanniques, les magistrats français leur avaient même fait parvenir une brochure présentant l’hôpital de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) susceptible d’accueillir Alexandre Djouhri. Arrêté en janvier 2018 à l'aéroport de Londres-Heathrow, l’homme d’affaires de 60 ans va être extradé vers la France en dépit de ses problèmes cardiaques, a ordonné, ce mardi matin, la justice britannique.

« J'ai ordonné voptre extradition vers la France », a déclaré le juge, ajoutant qu'il disposait de sept jours pour faire appel avant que l'ordre d'extradition ne soit exécuté. Alexandre Djouhri a immédiatement annoncé que c'était son intention.

Visé par un mandat d’arrêt européen, notamment émis pour des faits de « détournement de fonds publics » et « corruption », ce proche des réseaux sarkozystes est considéré, par les juges français, comme l’un des protagonistes de l'enquête française ouverte sur le financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Libéré sous caution, il avait l'interdiction de quitter la capitale britannique et devait pointer quotidiennement au commissariat.

Mis en examen, Sarkozy a interdiction de voir Djouhri

Son nom était apparu lors de la vente suspecte d’une villa située à Mougins (Alpes-Maritimes) à un fonds libyen géré par un dignitaire du régime de Mouammar Kadhafi. Les enquêteurs soupçonnent que la vente de la villa à un prix dix fois supérieur à sa valeur supposée a servi à dissimuler un transfert d’argent du camp libyen au profit de Nicolas Sarkozy alors en campagne présidentielle.

En mars 2018, l'ancien chef de l'Etat a été mis en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics libyens » au terme de deux jours d’une garde à vue mouvementée. Il a depuis l’interdiction de se rendre en Libye et de rencontrer neuf autres protagonistes du dossier, dont Alexandre Djouhri.

« Monsieur Alexandre » comme il aime à se faire appeler, a toujours nié avoir un quelconque rôle dans cette histoire. Ses avocats, au premier rang desquels Eric Dupond-Moretti, ont toujours défendu qu’il n’avait pas été convoqué dans les règles par la justice française et critiqué le fait qu’il soit devenu une cible « évidente » des juges qui cherchent à atteindre Nicolas Sarkozy par procuration.