VIDEO. «Air Cocaïne»: Deux accusés majeurs manquent à l'appel, la défense dénonce un procès inéquitable

JUSTICE Sur le banc des accusés de la cour d’assises spéciale d’Aix-en-Provence manquaient, ce lundi premier jour du procès, à l’appel deux accusés, les passagers de l’avion arrêtés dans le cadre de l’affaire « Air Cocaïne »

Mathilde Ceilles

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Bruno Odos et Pascal Fauret, les deux anciens pilotes impliqués dans l'affaire «Air Cocaïne», arrivent aux assises d'Aix-en-Provence en 2019
Bruno Odos et Pascal Fauret, les deux anciens pilotes impliqués dans l'affaire «Air Cocaïne», arrivent aux assises d'Aix-en-Provence en 2019 — Gérard Julien / AFP
  • Le procès « Air Cocaïne » s’est ouvert ce lundi pour neuf accusésdans cette affaire de trafic de stupéfiants « en bande organisée ».
  • Deux acteurs clés manquent toutefois sur le banc des accusés.
  • Les avocats de la défense dénoncent un procès inéquitable et tronqué.

Ce lundi, une sorte d’ombre pesante semblait planer au-dessus de la petite salle d’audience de la cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône. L’ombre de deux accusés « fantômes » de l’affaire  «Air Cocaïne», Nicolas Pisapia et Alain Castany. Les deux hommes étaient passagers du Falcon 50 arrêté il y a presque six ans sur le tarmac de l’aéroport de la station balnéaire de Punta Cana en République dominicaine. A son bord, 680 kg de cocaïne répartis dans différentes valises dans le coin salon et les soutes du jet privé.

Nicolas Pisapia et Alain Castany faisaient partie initialement des onze personnes renvoyées ce lundi devant la justice française dans cette vaste affaire d’importation de cocaïne « en bande organisée ». Mais tous deux ont obtenu de la part du président de la cour la disjonction de leur cas, l’un parce qu’une décision de la justice dominicaine l’empêche de quitter l’île, l’autre pour raison de santé. Deux acteurs clés de cette affaire titanesque se retrouvent donc absents du banc des accusés de ce procès, prévu pour durer sept semaines.

« A qui je demande ? A des procès-verbaux ? »

Un vrai problème pour plusieurs avocats de la défense, qui ont demandé le renvoi de ce procès, afin que l’ensemble des accusés comparaissent dans les mêmes conditions. « Il faut organiser un procès dans lequel chacun pourra s’exprimer de manière complète et contradictoire », plaide Me Antoine Vey, l’avocat des deux pilotes du jet privé, Bruno Odos et Pascal Fauret, 58 et 59 ans, présents parmi les accusés.

« Soit vous êtes à la hauteur de ce procès, soit on se passe des deux personnages essentiels du dossier », s’agace Me Franck Berton, avocat d’un autre accusé Ali Bouchareb. L’avocat aurait voulu notamment interroger Alain Castany sur des points précis du dossier, à son sens. « A qui je demande ? A des procès-verbaux ? », s’emporte-t-il. Et d’ajouter celui qui réclame pour son client le « droit à un procès équitable » : « Mais vous comprenez, un procès, ça coûte cher, il y a la presse, on a tous pris nos hôtels…. Votre décision est déjà prise ! »

Un procès possiblement reporté

Si l’état de santé d’Alain Castany ne lui permet pas d’assister à ce procès, il aurait été en revanche envisageable d’entendre Nicolas Pisapia par vidéoconférence. Une possibilité qu’écarte toutefois son avocat, Me Julien Pinelli. « Mon client se retrouve dans une situation isolée en République dominicaine aux prises de pression de tel ou tel parti localement, estime l’avocat. Sa parole ne serait pas aussi libre et sereine qu’elle pourrait l’être sur le territoire français. »

Après trois heures de délibéré sur un éventuel renvoi, le président Jean-Luc Tournier a annoncé un « sursis à statuer » et la poursuite du procès, sans toutefois rejeter les demandes de la défense. Le tribunal se laisse la possibilité de trancher plus tard, n’étant « pas en capacité, en l’état d’avancement de l’audience », de déterminer si l’accusation « repose sur les seules accusations » des deux acteurs manquant à l’appel, selon Jean-Luc Tournier.

« C’est frustrant, nous aurions voulu interroger Nicolas Pisapia, regrette Me Jérôme Susini, avocat d’un autre accusé, Franck Colin. Dès lors que les principes du droit de l’oralité des débats et de leur caractère équitable ne sont pas respectés, le caractère équitable de ce procès peut être remis en cause ». Des peines allant jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle sont encourues au terme de ce procès.

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