VIDEO. Jet privé et poudre blanche, la titanesque affaire «Air Cocaïne» devant la justice française

PROCES Ce lundi s'ouvre le procès fleuve de la bien mystérieuse affaire Air Cocaïne, un supposé trafic de stupéfiants entre la France, la République Dominicaine et l'Equateur via un réseau de jets privés

Mathilde Ceilles

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Saint-Domingue (République dominicaine), le 05 juin 2015. Bruno Odos (gauche) et Pascal Fauret comparaissent au tribunal dans l'affaire dite «Air Cocaïne».
Saint-Domingue (République dominicaine), le 05 juin 2015. Bruno Odos (gauche) et Pascal Fauret comparaissent au tribunal dans l'affaire dite «Air Cocaïne». — ERIKA SANTELICES / AFP
  • Ce lundi s’ouvre devant une cour d’assises spéciales à Aix-en-Provence le procès de l’affaire Air Cocaïne.
  • Neuf personnes seront appelées à la barre, soupçonnées d’avoir participé à un trafic de stupéfiants entre la France, la République dominicaine et l’Equateur.
  • Les prévenus encourent jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.

A partir de ce lundi, l’affaire sera au cœur du palais de justice d’Aix-en-Provence​, et ce pendant sept semaines. Sept semaines qui s’annoncent denses pour les cinq magistrats professionnels qui vont examiner ce dossier dans le cadre d’une cour d’assises spéciales, sans jurés. Bien des années après les faits, l’affaire « Air Cocaïne » se retrouve devant la justice française, mais elle demeure bien mystérieuse. 20 Minutes fait le point.

L’affaire « Air Cocaïne », c’est quoi ? Pour comprendre cette affaire, il faut remonter six ans en arrière, sur le tarmac de l’aéroport de la station balnéaire de Punta Cana, en République dominicaine. Dans la nuit du 19 au 20 mars 2013, dans les soutes et le « coin salon » d’un jet privé, la police dominicaine découvre 26 valises, ne contenant pas moins de 680 kilos de cocaïne. Ce Falcon 50, propriété d’Alain Afflelou et mis en location via une société spécialisée lorsqu’il n’en avait pas l’usage, s’apprêtait à décoller pour l’aéroport de Saint-Tropez via les Açores.

Outre le vol intercepté à Punta Cana, l’enquête-fleuve se penche sur deux allers-retours transatlantiques douteux, dans les quatre mois précédant l’arrestation de ces Français. Le « comportement suspect » des passagers du Falcon 50 avait intrigué les gendarmes français après l’atterrissage du premier de ces vols à l’aéroport de Saint-Tropez. Une dizaine de valises boueuses avaient alors été discrètement déchargées et embarquées dans deux voitures, sous les yeux d’un douanier. Les enquêteurs pensent alors avoir mis la main sur un réseau de trafic de drogue international, via notamment l’utilisation de jets privés, où les bagages sont moins contrôlés.

Qui sont les quatre personnes à bord de cet avion au moment de l’arrestation ? Dans l’avion qui n’a jamais décollé de Punta Cana se trouvaient Bruno Odos et Pascal Fauret. Les deux quinquagénaires, reconvertis dans l’aviation d’affaires, étaient aux commandes du jet privé au moment de la saisie record de cocaïne. Ils affirment depuis le début ne pas connaître le contenu des valises à l’intérieur de l’appareil, conformément aux règles de l’aviation d’affaires.

Arrêtés puis condamnés à 20 ans de prison en République Dominicaine en 2015, les deux pilotes sont parvenus à rejoindre la France au terme d’une évasion rocambolesque, mais qui ne sera pas examinée par la cour. Les deux hommes siégeront à partir de ce lundi sur le banc des accusés de la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Leur avocat, Me Eric Dupond-Moretti, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Dans l’avion, côté passager, se trouvaient également deux autres Français. Nicolas Pisapia, est soupçonné d’être l’homme de confiance qui convoyait les bagages pleins de drogue, réservait les hôtels ou accompagnait d’autres membres du réseau dans leurs déplacements. Le quadragénaire, bloqué en République Dominicaine depuis son arrestation, ne pourra se présenter devant la justice française. Il est sous contrôle judiciaire dans l’attente d’une décision de cassation sur sa condamnation en appel à 20 ans de prison par la justice dominicaine. Son avocat, Me Julien Pinelli, a indiqué à 20 Minutes avoir obtenu la disjonction de son cas.

Une disjonction également accordée selon nos informations à l’autre passager de ce vol, Alain Castany. Doyen des accusés, ce septuagénaire, lui aussi condamné par la justice dominicaine, a subi il y a quelques jours une lourde opération, ne lui permettant pas de se rendre au tribunal. C’est donc deux hommes clés qui seront absents de ce procès. « Et ils ne pourront pas répondre à d’éventuelles déclarations de détracteurs lors des débats », regrette une source proche du dossier auprès de 20 Minutes.

Qui sont les autres prévenus ? Les juges ont également renvoyé devant la cour d’assises cinq autres hommes, dont Franck Colin. Né dans la cité Berthe de la Seyne-sur-Mer, ce quadragénaire, qui se décrit comme « self-made-man », est un ancien garde du corps de personnalités du show-business, devenu homme d’affaires en Roumanie. Il est présenté par les enquêteurs comme la cheville ouvrière du trafic.

« Mon client attend ce procès depuis longtemps, pour donner ses explications, annonce à 20 Minutes Me Jérôme Susini, son avocat. Il a tout perdu : sa femme, son emploi. Il est aujourd’hui agent d’entretien. Il a un casier judiciaire vierge, c’était au moment de son arrestation un chef d’entreprise installé. Il n’est pas enclin à s’insérer dans un trafic. » Depuis le début, Franck Colin se présente comme un agent infiltré, qui se retrouve, selon Me Susini, dans « une histoire qui l’a dépassé ». « Il était en possession d’informations sur un trafic de stupéfiants et il a tenté de rentrer en contact avec les services de l’Etat pour monnayer ces informations », affirme son avocat.

A ses côtés se trouvera également le seul accusé encore en détention préventive, Ali Bouchareb. Ce Lyonnais, présenté comme un gros bonnet de la drogue, est considéré par la justice comme le commanditaire de ce trafic international, grâce à ses contacts aux Antilles et en Amérique Latine. Enfin, les juges ont renvoyé devant la cour d’assises deux responsables d’une compagnie d’aviation privée lyonnaise, un douanier de l’aéroport de Saint-Tropez, et des proches de certains prévenus. En tout, neuf personnes seront appelées à la barre. Certains encourent jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.