Lille: Deux activistes antispécistes incarcérés en attendant leur procès

VANDALISME Trois femmes et un homme sont accusés d’avoir vandalisé de nombreux commerces dans le Nord et la métropole Lilloise. L’audience a été reportée et deux prévenus ont été placés en détention provisoire

Mikael Libert

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La vitrine de la boutique de vêtements Max Mara, à Lille, avait été brisée.
La vitrine de la boutique de vêtements Max Mara, à Lille, avait été brisée. — M.Libert / 20 Minutes
  • Quatre personnes comparaissaient ce vendredi pour des dégradations de commerces attribuées a des activistes antispécistes.
  • Tous ont demandé un report de l’audience pour préparer leur défense.
  • Le procès aura lieu le 19 mars. Deux prévenus ont été placés en détention provisoire.

Procès renvoyé, mais le ton est donné. Ce vendredi, quatre militants antispécistes étaient jugés en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Lille. Ces trois femmes et un homme sont accusés, à des degrés différents, d’avoir participé au vandalisme de boucheries, restaurants et d'autres commerces entre décembre 2018 et janvier 2019 au nom de la cause animale. Des faits que le représentant du ministère public n’a pas hésité à qualifier de terroristes. La demande de renvoi du jugement n’a pas empêché l’audience d’être mouvementée.

Des profils atypiques

Ils sont âgés entre 24 et 40 ans et, de l’aveu du président du tribunal et du procureur, ils n’ont pas le profil habituel des prévenus de comparutions immédiates. Mathilde B. est assistante en puériculture, Cyril B. est médiateur social, Johanna G. est assistante marketing et Eva C. a fait des études de sociologie. Mercredi, ils étaient encore tous inconnus des services de police. Aujourd’hui, ils encourent jusqu’à dix ans de prison.

Mathilde B. et Cyril B. sont poursuivis pour 14 faits de « dégradation du bien d’autrui », dont plusieurs par incendie. « Des faits extraordinairement graves », pour le ministère public qui insiste sur l’absence « de contrôle sur le feu et les conséquences que cela peut avoir ». Dans ses réquisitions pour demander le maintien en détention de Mathilde B. et Cyril B., le procureur déclare : « Les victimes ont subi un harcèlement presque quotidien. Leur entourage et les personnes de la profession sont inquiets. » Dans la foulée, il cite  l'article 421-1 du code pénal : « Une infraction constitue un acte de terrorisme, lorsqu’elle est intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. »

Le ministère public évoque le terrorisme

Le mot « terrorisme » n’est pas lâché, mais il fait bondir l’avocate des deux prévenus : « La gravité des faits ne peut être retenue pour décider ou non du maintien en détention », tempête maître Marie Rueff. « On parle d’un mobile qu’on ne comprend pas et que nous allons expliquer longuement lors de l’audience de renvoi », poursuit-elle.

Le président lui-même demande à Cyril B. d’expliquer ses motivations. « Le spécisme, c’est considérer que des individus sont inférieurs par rapport à d’autres », résume-t-il. « Une idéologie qui se respecte si elle respecte les autres. Mes clients n’ont rien fait pour mériter cela », insiste Damien Legrand, l’avocat du syndicat régional des bouchers, partie civile.

Le procès a été renvoyé au 19 mars 2019. Les arguments du procureur et de la partie civile ont convaincu le président, celui-ci ayant placé Mathilde B. et Cyril B. et détention provisoire. Les deux autres ont été libérés sous contrôle judiciaire.