Lyon: « Je suis fatigué mais déterminé et confiant », confie Paul François à la veille de son procès contre Monsanto

PROCES La bataille judiciaire du céréalier Paul François contre Monsanto reprend ce mercredi devant la cour d'appel de Lyon. Il s'agit du quatrième procès engagé par l'agriculteur contre la multinationale

Elisa Frisullo

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Paul François, un agriculteur charentais, mène un combat judiciaire contre Monsanto depuis 2007
Paul François, un agriculteur charentais, mène un combat judiciaire contre Monsanto depuis 2007 — J.PH Ksiatzek/ AFP
  • Le combat judiciaire du céréalier Paul François contre Monsanto reprend ce mercredi devant la cour d’appel de Lyon.
  • L’agriculteur de 55 ans, empoisonné en 2004 après avoir accidentellement inhalé du Lasso, un herbicide commercialisé par la multinationale et interdit depuis, a fait condamné en 2012 Monsanto, puis en appel en 2015.
  • Mais en juillet 2017, la cour de Cassation a annulé l’arrêt de la cour d’appel et renvoyé l’affaire en appel.

Douze ans après avoir attaqué pour la première fois la multinationale, Paul François s’apprête à livrer ce mercredi une nouvelle bataille contre Monsanto. Ce céréalier charentais de 55 ans sera présent à la cour d’appel de Lyon pour un quatrième procès contre le géant américain.

A deux reprises par le passé, cet agriculteur empoisonné en 2004 après avoir inhalé par erreur des vapeurs de Lasso, un herbicide commercialisé par Monsanto (interdit depuis), a fait condamner le mastodonte de l’agrochimie. En 2012, le géant des OGM, racheté par Bayer, a été reconnu coupable du préjudice subi par Paul François.

En septembre 2015, la cour d’appel de Lyon a confirmé ce jugement, finalement annulé deux ans plus tard par la cour de cassation, pour des questions de procédure, et renvoyé en appel. C’est ce nouveau round qui va se jouer mercredi entre Rhône et Saône, où Paul François espère faire reconnaître « de manière définitive » que la firme est responsable de son intoxication. Un empoisonnement qui lui a valu, à l’époque, des mois d’hospitalisation, des « pertes de connaissances, des maux de tête très violents, des comas ».

De nombreuses séquelles

L’homme, dont l’exploitation est située à Bernac, a aujourd’hui une santé fragile. « J’ai des séquelles très lourdes, je suis nettement moins résistant », confie-t-il à 20 Minutes. « Il a été opéré d’une tumeur de la thyroïde, il a des malaises très fréquents », ajoute son avocat Maître François Lafforgue, qui multiplie les batailles contre les scandales environnementaux et sanitaires.

Après avoir un temps hésité à poursuivre le combat, l’agriculteur, président de l'association Phyto-victimes, a décidé d’aller jusqu’au bout. « Je suis fatigué mais déterminé et confiant. Il y a douze ans lorsque j’ai attaqué Monsanto, il n’y avait pas tous ces scandales, ces condamnations. Et pourtant, la justice m’a donné raison, souligne Paul François. Aujourd’hui, le sens du vent nous est favorable. Il serait surprenant que la justice ne confirme pas les décisions rendues jusqu’ici ».

« Pour la mémoire de ma femme, il faut que je continue de me battre »

Pour Paul François, l’un des enjeux du procès en appel est également d’obtenir, en cas de victoire, une indemnisation. Depuis le début de l’affaire, l’agriculteur n’a rien obtenu. « La cour est désormais en mesure, après de multiples expertises, de statuer sur le préjudice et de fixer le montant de l’indemnisation », ajoute Me François Lafforgue, qui n’a pour l’heure facturer au céréalier qu’une petite partie des frais d’avocats liés à l’affaire.

Car les dépenses engagées par l’agriculteur ces dernières années sont colossales. Et ont bien failli le conduire à tout abandonner. Pour lui permettre de mener ce procès en appel, ses deux filles ont lancé une cagnotte en ligne qui a permis de récolter plus de 73.000 euros. « Au-delà de cette somme d’argent, j’ai reçu de très nombreux messages de soutien. Plus de 1.900 personnes ont contribué. Cela m’a beaucoup touché. A un moment où j’ai failli tout arrêter, cela a été extrêmement important pour moi », ajoute Paul François, dont l’épouse est décédée récemment de manière brutale. « Elle m’a toujours soutenu dans cette bataille. Pour sa mémoire, il faut que je continue de me battre ».

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