Affaire Benalla: «Nous n'avons commis aucun délit» se défendent les journalistes de Mediapart

ENQUÊTE Le site d'information «Mediapart» a refusé ce lundi matin l'accès à ses locaux à deux magistrats du parquet de Paris et aux policiers venus pour une perquisition dans le cadre de l'affaire Benalla

Hélène Sergent
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Edwy Plenel et Fabrice Arfi ont dénoncé ce lundi 4 février une attaque contre le secret des sources.
Edwy Plenel et Fabrice Arfi ont dénoncé ce lundi 4 février une attaque contre le secret des sources. — MEHDI FEDOUACH / AFP

« C’est inédit, c’est une attaque au sel même du journalisme […], le secret des sources », s’est ému ce lundi le journaliste d’investigation de Mediapart, Fabrice Arfi. Réunis au côté du directeur de la rédaction, Edwy Plenel, et de l’avocat du site, Emmanuel Tordjman, les journalistes Marine Turchi et Antton Rouget, à l’origine avec Fabrice Arfi des récentes révélations sur l’affaire Benalla, ont défendu le travail du site et ont dénoncé une « atteinte à la liberté de la presse ».

Ce lundi matin, deux magistrats du parquet de Paris accompagnés d’enquêteurs ont tenté de perquisitionner les locaux de Mediapart. Plus tôt, le parquet a ouvert une enquête préliminaire pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » et « détention illicite d’appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interception de télécommunications ou de conversations ». Cette enquête a été ouverte trois jours après la publication par le site d’investigation, d’enregistrement de conversations supposées entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, après leur mise en examen respective pour leur implication dans des faits de violences en marge de la manifestation du 1er-Mai.

Un « habillage juridique »

Dès le début de la conférence de presse organisée dans les locaux de la rédaction, Fabrice Arfi est longuement revenu sur le cadre légal qui entourait cette perquisition « exceptionnelle » et fermement refusée par les journalistes du site. « Dans le cadre d’une enquête préliminaire, nous pouvons nous opposer à une perquisition. C’est un droit. Le procureur de Paris n’a pas exclu de venir nous perquisitionner de manière coercitive avec le juge des libertés et de la détention. Nous nous y opposerons, bien sûr », a précisé le journaliste. « Nous n’avons commis aucun délit, nous n’avons fait que révéler des faits d’intérêt public », a insisté Edwy Plenel.

Comme le directeur du site, Fabrice Arfi, a dénoncé un « habillage juridique » utilisé par le parquet de Paris qui n’aurait selon lui « qu’un seul but : trouver les sources dans Mediapart pour les tarir et faire en sorte que cette affaire qui fait paniquer la présidence de la République, monsieur Benalla et ses amis, prenne fin ». Accompagnés du président de l’association Reporters sans frontières, Christophe Deloire, les journalistes se sont inquiétés de la « menace » représentée par cette action judiciaire contre la liberté d’informer.

L'« incompréhension » après la tentative de perquisition

Selon les informations obtenues par 20 Minutes, l’enquête préliminaire pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » aurait été ouverte sur « le fondement d’éléments transmis » au parquet et non à la suite d’une plainte déposée par Alexandre Benalla ou son ami Vincent Crase. Mediapart avait publié jeudi des extraits d’un enregistrement d’une conversation entre les deux hommes et datée selon le média du 26 juillet 2018. Or, à cette date, Vincent Crase comme Alexandre Benalla étaient déjà mis en examen et leur contrôle judiciaire leur interdisait d’entrer en contact.



« On est dans l’incompréhension totale face à l’institution judiciaire. Plutôt que tenter de savoir si monsieur Benalla a pu mentir devant la commission d’enquête du Sénat [dans le cadre des affaires des passeports diplomatiques] ou s’il a violé son contrôle judiciaire, au lieu de cela, on vient nous perquisitionner pour savoir quelles sont nos sources dans cette affaire », s’est étonné le journaliste Antton Rouget.

Si Mediapart a refusé la perquisition ce lundi matin, l’avocat du site, Emmanuel Tordjman a précisé que le site avait répondu à une demande formulée par les juges d’instruction en charge de l’enquête pour les violences du 1er mai. « A l’heure actuelle, les enregistrements des conversations qui ont été rendus publics et mis en ligne ont été communiqués au juge d’instruction », a expliqué l’avocat.

Que peut-il se passer désormais ? « Il faudrait que le procureur de la République saisisse le juge des libertés et de la détention pour une demande de perquisition. Ce juge devrait la justifier et la motiver. La supposée atteinte à la vie privée d’Alexandre Benalla n’est pas suffisante pour saisir le juge des libertés et des détentions. Mais oui, nous craignons que ce ne soit que le début », a conclu Fabrice Arfi.