Médiator: Les laboratoires Servier seront jugés pendant six mois à partir du 23 septembre

INFO «20 MINUTES» Les dates du procès du scandale sanitaire du Médiator ont été fixées, ce vendredi, lors d’une réunion au pôle Santé publique du parquet de Paris

Vincent Vantighem

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Le procès du scandale du Médiator débutera le 23 septembre et durera six mois.
Le procès du scandale du Médiator débutera le 23 septembre et durera six mois. — FRED TANNEAU / AFP
  • Le procès du scandale du Médiator débutera le 23 septembre.
  • L’audience est prévue pour durer six mois, à raison de quatre demi-journées par semaine.
  • Près de 4.000 personnes ayant pris le médicament doivent se constituer parties civiles.

Selon nos informations, le procès pénal des laboratoires Servier pour le  scandale sanitaire du Médiator débutera le 23 septembre. La date a été fixée, ce vendredi, lors d’une réunion au pôle Santé publique du parquet de Paris. Concrètement, « les audiences auront lieu en principe tous les lundis, mardis, mercredis et jeudis après-midi, à partir de 13h30 pendant six mois », a indiqué à 20 Minutes un avocat ayant participé à cette réunion.

Quasiment neuf ans après la révélation de l’affaire par la pneumologue Irène Frachon, 2.000 personnes ayant pris le médicament se sont d’ores et déjà constituées parties civiles. Le même nombre devrait en faire autant d’ici l’ouverture de l’audience. Elles seront représentées par 400 avocats auxquels il faut ajouter ceux chargés de défendre les 14 prévenus et les 11 personnes morales. « C’est simple : aucun procès n’a jamais eu une telle ampleur… », commente François de Castro, l’un des avocats des laboratoires Servier.

Pas de diffusion des débats sur le Web

Les débats devraient se tenir dans la salle d’audience Victor Hugo, la plus vaste dont dispose le tribunal de grande instance de Paris. Dans le même temps, ils seront sans doute retransmis dans l’auditorium Pierre Drai pour permettre au plus grand nombre de pouvoir les suivre. Un temps évoquée, la diffusion de l’audience sur Internet avec un accès sécurisé pour chaque partie civile a été abandonnée en raison d’un trop grand risque juridique. « Cela aurait été une atteinte aux droits de la défense et à la sérénité des débats », explique François de Castro.

« De toute façon, il faut bien comprendre que rares seront les personnes qui assisteront réellement aux six mois d’audience », remarque, de son côté, Charles Joseph-Oudin, avocat de nombreuses victimes. Car l’immense majorité des parties civiles ne sont pas malades du Médiator et attaquent Servier pour le seul délit de « tromperie aggravée ». Selon nos informations, ils pourraient chacun réclamer 15.000 euros de dommages et intérêts, estimant qu’on leur a menti sur les effets secondaires du médicament.

Les premiers cas d’homicide involontaire examinés dès septembre

Longue de près de 700 pages, l’ordonnance de renvoi devant le tribunal fait également état de 45 cas de blessures involontaires dont les laboratoires Servier devront répondre. Et de trois cas d’homicides involontaires dont celui de Pascale Saroléa, décédée en 2004 d’une rupture des cordages des valves cardiaques après avoir pris du Médiator. « C’est un soulagement de voir que ce dossier arrive enfin devant le tribunal, confie Lisa, sa fille. Cela peut paraître très naïf de dire cela mais on espère que ce procès pourra éviter d’autres scandales sanitaires de ce type à l’avenir. »

Si ce premier dossier est bouclé, les juges d’instruction poursuivent leur travail sur ce scandale de santé publique. Ils examinent notamment les cas d’autres patients dont la prise de Médiator aurait pu causer des blessures ou des décès. Ces cas-là pourraient donner lieu, à l’avenir, à un second et peut-être un troisième procès Médiator, selon l’une de nos sources.

Servier a déjà versé plus de 100 millions d’euros aux victimes

En parallèle de ce procès pénal, les laboratoires Servier ont déjà indemnisé de nombreuses victimes qui ont saisi soit la justice civile, soit l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam). Selon un état des lieux publié par les laboratoires sur son site au 31 décembre 2018, 3.536 patients ont vu la responsabilité du Médiator reconnue dans leur maladie (sur 10.371 demandes). Le groupe Servier assure avoir déjà formulé des offres d’indemnisation à hauteur de 131,3 millions d’euros. Un peu plus de 100 millions d’euros ont déjà été versés tandis que 500 personnes environ attendent encore un examen de leur dossier.

Consommé par cinq millions de personnes en France, le Médiator, produit-phare du groupe Servier était un antidiabétique souvent prescrit comme un coupe-faim. Il est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques. Retiré du marché en novembre 2009, il pourrait être responsable à long terme de 500 à 2.100 décès, selon différentes études.