Affaire de viol au 36: Les deux policiers condamnés à sept ans de prison pour le viol en réunion d'une touriste canadienne

PROCES Après huit heures de délibération, les jurés ont estimé qu'Antoine Q. et Nicolas R. étaient coupables du viol dont ils étaient accusés  

Thibaut Chevillard

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Le 36 quai des Orfèvres
Le 36 quai des Orfèvres — PATRICK KOVARIK / AFP
  • Emily S., une Canadienne de 38 ans, accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée en 2014.
  • S’ils reconnaissent avoir passé la soirée avec elle, Nicolas R. et Antoine Q. nient l’avoir agressée.
  • Les deux hommes comparaissaient depuis le 14 janvier devant la cour d’assises de Paris.

Nicolas R. et Antoine Q. enfilent leur manteau, puis tendent les poignets aux gendarmes qui leur passent les menottes. Les visages rougis, les deux hommes soufflent, embrassent leurs avocates une dernière fois. Avant de fondre en larmes. L’atmosphère est pesante. Cette nuit, ces deux anciens policiers de la prestigeuse BRI dormiront derrière les barreaux. Ils viennent d’être condamnés par la cour d’assises de Paris à sept ans de prison pour le viol en réunion, en avril 2014, d’une touriste canadienne dans un bureau du 36, quai des Orfèvres. Ce jeudi, les jurés ont suivi à la lettre les réquisitions de l'avocat général, Philippe Courroye.

Ils devront en outre verser 20.000 euros conjointement à la victime. Dans la salle, de nombreux policiers de la BRI venus soutenir leurs anciens collègues. « Allez Nico ! Allez Antoine ! On vous aime ! Courage ! », crient-ils alors que les deux condamnés passent devant eux, escortés par des gendarmes. Avant de disparaître derrière une porte. Leurs conseils respectifs ont immédiatement annoncé qu’ils feraient appel du verdict vendredi et qu’ils déposeront dans la foulée une demande de remise en liberté. « Le combat pour son innocence, il reprend tout de suite, maintenant, dès ce soir », assure maître Anne-Laure Compoint, l’avocate d’Antoine Q..

Une plaignante devenue victime

Elle dénonce « le climat » dans lequel s’est déroulé le procès durant 14 jours, ainsi que « le parti pris » du président, Stéphane Duchemin, qui n’a jamais semblé croire la version des deux policiers. Pourtant, assure l’avocate, son client « crie son innocence ». « Peut-être qu’il ne la crie pas toujours très bien, mais c’est un innocent. » « Deux juges d’instruction, qui ont fait un travail remarquable, ont estimé que ces deux innocents n’avaient pas leur place en prison et que c’était une menteuse », rappelle maître Schapira, l’avocat de Nicolas R.. «Nous n’avons pas à démontrer qu’ils sont innocents, ils doivent démontrer qu’ils sont coupables », martèle-t-il devant les caméras.

En entendant le verdict, Emily S. est restée stoïque. La jeune femme est « très émue et soulagée », confie son avocate, maître Sophie Obadia, saluant « une décision juste ». « La cour a considéré qu’elle n’avait pas menti, qu’elle n'est pas mythomane. Elle a fondé sa décision sur les éléments objectifs de ce dossier », explique la pénaliste. « Tous les éléments objectifs de ce dossier - les expertises ADN, les expertises psychologiques, les écoutes téléphoniques, l’analyse de l’effacement de preuves - venaient mettre un doute sur la version des accusés mais surtout confirmer celle de notre cliente », souligne son associé, maître Mario Stasi. Emily S. était « la plaignante », elle est devenue ce jeudi « la victime ».

« Je regrette depuis cinq ans de ne pas avoir pris le temps de la raccompagner »

Dans la matinée, avant que les six jurés et trois magistrats professionnels ne se retirent pour délibérer, les accusés ont été invités à prendre la prendre la parole une dernière fois. Les deux hommes ont à nouveau clamé leur innocence. « Je reconnais qu’en tant que policier je n’aurais jamais dû emmener Emily S. dans les locaux de la BRI. Je le regrette. Je regrette depuis cinq ans de ne pas avoir pris le temps de la raccompagner » à son hôtel, a soufflé Nicolas R.. Avant de retourner s’asseoir, l’homme de 49 ans a fondu en larmes. « Je n’ai jamais agressé, violenté, violé Emily S., promet-il. Je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un violeur. »

Antoine Q., lui, a raconté aux jurés qu’il vivait, depuis cinq ans, un « cauchemar ». « On ne peut pas faire ça à une femme et on ne peut pas faire endurer ça à un homme », a-t-il ajouté, visiblement très ému. Il sait qu’il peut compter sur le « soutien » de ses « proches », de ses « amis » mais aussi de sa femme. « J’ai peut-être été infidèle mais jamais je n'ai violé une femme. » Avant de regagner sa chaise, le policier de 40 ans a lancé aux jurés : « C’est ma vie que vous avez entre vos mains, je vous fais confiance ». Huit heures plus tard, il partait en prison. L’issue du procès était pourtant incertaine tant les témoignages ont été divergents et la parole d’Emily S. mise en doute.