Affaire de viol au 36: «Le dossier ne repose que sur les déclarations de la plaignante!»

PROCES Les avocats des deux policiers accusés du viol d’une Canadienne en 2014 ont demandé mercredi à la cour d’assises de Paris de ne pas condamner des « innocents »  

Thibaut Chevillard

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Un policier devant le 36, quai des Orfèvres à Paris.
Un policier devant le 36, quai des Orfèvres à Paris. — Kenzo Tribouillard AFP
  • Emily S., une Canadienne de 38 ans, accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée en 2014.
  • S’ils reconnaissent avoir passé la soirée avec elle, Nicolas R. et Antoine Q. nient l’avoir agressée.
  • Les deux hommes comparaissent jusqu’au 1er février devant la cour d’assises de Paris.
  • Ils encourent vingt ans de réclusion criminelle.
     

Antoine Q. se tient la tête dans les mains. Nicolas R., lui, est stoïque. Le policier semble assommé par la lourde peine que vient de requérir l’avocat général, Philippe Courroye, « intimement convaincu » de la culpabilité de ces deux anciens  de la BRI : sept ans d’emprisonnement pour avoir violé, en avril 2014, Emily S., une touriste canadienne, dans leur bureau du 36, quai des Orfèvres. Leurs trois avocats ont dépensé une grande quantité d’énergie, ce mercredi après-midi, pour tenter de convaincre, durant plus de cinq heures, les jurés de ne pas « commettre une erreur judiciaire » en condamnant des « innocents ».

Maître Marion Grégoire, l’un des deux avocats de Nicolas R., est la première à prendre la parole. Elle rappelle que les deux juges d’instruction – deux femmes – ont rendu, en 2016, une ordonnance de non-lieu car elles estimaient « qu’il n’y avait pas de charge suffisante pour renvoyer les accusés devant la cour d’assises ». Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel avait finalement décidé que son client ainsi qu’Antoine R. devaient être jugés pour les faits dont ils sont accusés. Pourtant, dit-elle, dans le dossier, il n’y a « aucun élément matériel objectif qui vient corroborer » les accusations d’Emily S.

« La fabrique du mensonge »

En plus, la « personnalité » de la plaignante est « problématique ». Difficile de « croire ce qu’elle dit. » « Vous avez une "victime" qui a menti dans la procédure et à la barre. Or le dossier ne repose que sur ses déclarations. » Emily S. avait notamment indiqué au moment des faits, à plusieurs personnes, être policière et maman d’un petit garçon. Ce qu’elle n’est pas. « Il ne s’agit pas pour nous de la juger mais d’évaluer la crédibilité d’une plaignante », explique aux jurés maître Grégoire, insistant sur le fait que « la matérialité des faits n’est absolument pas établie ».

Emily S., clame son confrère maître Sébastien Schapira, « c’est la fabrique du mensonge en elle-même ». Pour cette raison, il regrette que la Canadienne soit considérée comme « une victime sanctuarisée dont on n’a pas le droit de questionner la parole ». Il invite les jurés à « mettre un terme à cette mascarade » en acquittant son client. Ils pourront « redonner son honneur et une vie » à un policier « qui a un parcours professionnel exemplaire », un « héros » qui a sauvé la vie de plusieurs collègues de la BRI lors d’une mission, arrêté de célèbres malfrats.

« Lui qui s’occupe de la France, vous voudriez, sur la base de mensonges, qu’il rejoigne une cellule à côté des criminels qu’il a arrêtés ? »

« Le doute profite à l’accusé »

Après une suspension d’audience, maître Anne-Laure Compoint, s’avance vers la barre et se lance dans une longue plaidoirie. « Des certitudes dans ce dossier, il n’y en a pas », essaie-t-elle de faire comprendre aux jurés durant plus de deux heures. « S’il n’y a pas de certitude, ça s’appelle le doute, et le doute profite à l’accusé. » Elle note que la plaignante dit avoir été agressée par quatre hommes, et que sa tête a « violemment frappé la table » qui se trouve dans un des bureaux de la BRI. Pourtant, l’examen médical pratiqué sur Emily S. n’a révélé que « quelques éraflures » et une « petite lésion gynécologique ». « On ne va avoir rien d’autre ! Pas de marque au niveau des hanches, rien sur la tête. » Bref, rien de ce que raconte la plaignante n’est « solide ».

Jeudi, les accusés, qui comparaissent libres, s’exprimeront une dernière fois devant la cour. Puis les jurés iront délibérer. Le verdict sera rendu dans la journée. Nicolas R. et Antoine Q. encourent vingt ans de réclusion criminelle.

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