Affaire de viol au «36» : La plaignante ne voulait pas de «rapports sexuels multiples» avec des agents de la BRI

PROCES Emily S., la Canadienne qui accuse deux policiers de la BRI de l'avoir violée, s'était confiée immédiatement après les faits à Alexandra H., une jeune gardienne de la paix... 

Thibaut Chevillard

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Emily S. affirme avoir été violée par deux policiers de la BRI dans leurs bureaux, au 5e étage du quai des Orfèvres.
Emily S. affirme avoir été violée par deux policiers de la BRI dans leurs bureaux, au 5e étage du quai des Orfèvres. — MARTIN BUREAU / AFP
  • Emily S., une Canadienne de 38 ans, accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée en 2014.
  • S’ils reconnaissent avoir passé la soirée avec elle, Nicolas R. et Antoine Q. nient l’avoir agressée.
  • Les deux hommes comparaissent jusqu'au 1er février devant la cour d’assises de Paris.
  • Ils encourent vingt ans de réclusion criminelle.

Certains jours, les déclarations des témoins vont dans le sens de Nicolas R. et d’Antoine Q. D’autres, elles confortent les accusations de la plaignante, une Canadienne qui affirme avoir été violée par deux policiers de la BRI, en avril 2014, dans leurs bureaux du 36, quai des Orfèvres. Ce lundi, Alexandra H., une gardienne de la paix à qui s’est confiée Emily S. le 23 avril 2014, entre 2h45 et 6h30, a expliqué à la cour que la jeune femme lui avait tout de suite parlé d’un viol dans un bureau. « Elle est restée constante dans ses déclarations du début à la fin, elle n’a jamais changé de version. »

La nuit des faits, Alexandra H. a conduit le lieutenant Gilles S., responsable de la brigade de nuit du dépôt du palais de justice de Paris, devant l’entrée du siège de la police judiciaire. Là-bas, assise sur une chaise, Emily S. est « effondrée, en larmes ». « Il y avait beaucoup de monde, j’étais la seule femme. Elle a insisté pour monter avec moi en voiture pour aller au commissariat, elle ne voulait pas monter seule avec des policiers hommes », raconte d’une voix douce cette brune aux cheveux longs, lunettes sur le nez, manteau blanc sur le dos.

« Elle était en confiance »

Les policiers de la BRI, qu’Alexandra H. connaissait de vue, n’avaient pas l’air « stressés ». Elle pensait qu’ils seraient, eux aussi, amenés au commissariat du 4e arrondissement, pour être entendus et que leur alcoolémie soit mesurée. Mais à son grand étonnement, cela n’a pas été le cas. « La situation m’a choquée. Surtout que les fonctionnaires rentrent chez eux. » Arrivée dans les locaux de la police, Emily S. n’a voulu parler qu’à la gardienne de la paix. « Elle était en confiance car nous étions trois femmes autour d’elles. Dès qu’un homme s’approchait, elle devenait très agressive. »

Alexandra H. est restée « en permanence » avec la plaignante. La communication était « compliquée » : Emily S. « comprenait très bien » le français mais avait « plus de mal à s’exprimer » dans la langue de Molière. En outre, la Canadienne était très alcoolisée après la soirée passée au Galway, un pub irlandais situé de l’autre côté de la Seine. « J’étais là quand elle a soufflé, le taux était assez élevé. Je me souviens qu’avec ma collègue, on s’est dit qu’avec cette dose d’alcool on ne serait pas debout en train de parler. » Durant les heures passées au commissariat, Emily S. « est passée de moments où elle était très apathique à d’autres où elle était en larmes ».

« Consentante » quand elle est allée au « 36 »

En français, en anglais, elle a ensuite expliqué, en parlant « doucement », avoir été « enfermée » dans les bureaux de la BRI, puis «violée» par « plusieurs personnes ». Elle a insisté pour que les enquêteurs visionnent les images des caméras installées au quai des Orfèvres. « Elle m’a expliqué que, au Canada, les commissariats étaient sous vidéosurveillance. Quand je lui ai dit que ce n’était pas le cas en France, elle s’est écroulée en disant qu’elle ne pourra rien prouver », souligne Alexandra H., qui lui tenait la main.

Emily S. lui a confié qu’elle était « consentante » lorsqu’elle a suivi un des policiers de la BRI qui lui proposait d’aller au « 36 ». N’étant pas « idiote », elle se doutait qu’il pourrait se « passer quelque chose » avec lui dans les bureaux de la brigade. La plaignante a reconnu avoir ensuite accepté de boire un verre. Mais elle a « voulu partir » quand elle « a compris qu’ils avaient été rejoints par des personnes et qu’il y aurait des rapports sexuels multiples », affirme Alexandra H. Ce lundi après-midi, la cour a prévu d’entendre un expert spécialisé en psychologie, le père d’Emily S. et un homme qu’elle accompagnait à Paris.

Suivez la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @TiboChevillard