Affaire de viol au 36: «Je n'ai baisé personne et n'ai rien fait à connotation sexuelle ce soir-là !»

PROCES Bénéficiant du statut de témoin assisté, Sébastien C. a été confronté ce vendredi à la Canadienne qui accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée…

Thibaut Chevillard

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La jeune femme accuse deux policiers de l'avoir agressée dans un bureau du quai des Orfèvres
La jeune femme accuse deux policiers de l'avoir agressée dans un bureau du quai des Orfèvres — Bertrand Guay AFP
  • Emily S., une Canadienne de 38 ans, accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée en 2014.
  • S’ils reconnaissent avoir passé la soirée avec elle, Nicolas R. et Antoine Q. nient l’avoir agressée.
  • Les deux hommes comparaissent jusqu'au 1er février devant la cour d’assises de Paris.
  • Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.
     

Parole contre parole. Deux semaines après avoir commencé, le procès d’Antoine Q. et Nicolas R., accusés d’avoir violé une touriste canadienne, ne permet toujours pas de savoir ce qu’il s’est passé dans un bureau du quai des Orfèvres, une nuit d’avril 2014. « Je suis sûre de ce que ces deux hommes ont fait », assure une nouvelle fois la plaignante, ce vendredi, en les désignant. « Je ne crois pas à la culpabilité de ces gens », jure de son côté Sébastien C., 41 ans, présent le soir des faits dans les bureaux de la BRI. Placé sous le statut de témoin assisté, ce garçon « traumatisé » par cette affaire est venu dire à la cour que la plaignante était une « menteuse ».

Cheveux bruns coupés court, emmitouflé dans une épaisse parka noire, il commence par raconter ce qu’il s’est passé cette nuit-là, selon lui, au cinquième étage de l’ancien siège de la police judiciaire parisienne. Alors qu’il était encore au Galway, un pub irlandais où plusieurs policiers de la brigade ont passé la soirée, il a reçu un texto de Nicolas R. à 1h04 du matin. « Ça est une touzeuse, dépêche », lui intime son collègue. « Je ne sais pas pourquoi il m’envoie ce message », explique-t-il au président Duchemin. Il comprend que Nicolas R. parle d’Emily S, rencontrée un peu plus tôt. Son « physique, sa tenue », l’avaient marqué. Mais il ne lui avait « porté aucun intérêt ».

« Elle ne portait pas de haut… »

Pourtant, à peine cinq minutes plus tard, voici qu’il entre dans le bâtiment, situé juste de l’autre côté de la Seine. Rien à voir, dit-il, avec la proposition équivoque de Nicolas R.. La soirée touchant à sa fin, il devait retrouver Antoine Q. afin qu’il le raccompagne en voiture chez lui. Alors qu’il est dans son bureau, une personne sort de celui d’en face, « dénudée ». « Elle ne portait pas de haut, elle gesticulait, elle était euphorique. » Soudain, vers 1h35, la jeune femme se rend compte que Nicolas R. n’est plus là et « change de comportement ». Elle fait un « bad trip » au sujet d’une veste qu’on lui aurait volée « J’ai compris que c’était de la merde. »

Antoine Q. et lui se mettent en tête de la sortir des locaux « où elle n’avait rien à faire ». Devant les policiers qui gardent le « 36 » cette nuit-là, elle évoque ensuite un viol qu’elle aurait subi quelques étages plus haut. Pendant ce temps, Sébastien C. part chercher sa veste au Galway, revient avec, et parle avec elle une trentaine de minutes pour la « rassurer ». Une conversation dont la jeune femme n’a aucun souvenir. « Il ment », clame-t-elle à la barre. Emily S. ne se rappelle pas non plus s’être plainte au sujet du vol de sa veste, bien qu’elle la cherchât au moment de partir afin de se « couvrir » les jambes.

« Je n’ai rien fait à connotation sexuelle ce soir-là »

« Gamin, c’est votre surnom ? » lui demande le président Duchemin. Dans un message envoyé à plusieurs membres de la brigade, le lendemain, un des policiers présent à la soirée dans le pub irlandais, Amaury R., écrivait : « Suite à notre petite soirée arrosée, Antoine, gamin et Nico ont montés (sic) une gonzesse au 36 pour la fourrée (sic). Sauf qu’elle a déposé plainte pour viol. » Sébastien C. estime que son collègue a fait « un raccourci fondé sur aucune réalité ». « Ce que je peux vous dire, monsieur le président, c’est que je n’ai baisé personne et je n’ai rien fait à connotation sexuelle ce soir-là », s’emporte-t-il.

-Ça vous intéresse les partouzes ?
- Non, monsieur le président.
- Ça vous est déjà arrivé ?
- Oui, il y a longtemps, j’ai eu une relation avec un ami qui n’a rien à voir avec tout ça.

Le président l’interroge ensuite sur une séquence, filmée à 1h16 avec son téléphone, qui a été effacée. Il jure n’avoir découvert son existence qu’au moment de l’analyse de son iPhone, demandée par la juge d’instruction. Il n’a « aucun souvenir » d’avoir tourné une vidéo ou d’en avoir effacé une et formule l’hypothèse d’un « déclenchement intempestif ». D’ailleurs, il n’y avait « rien d’exceptionnel à filmer » ce soir-là dans les locaux de la BRI, poursuit Sébastien C.. Il regrette simplement de ne pas avoir filmé l’entrée d’Emily S., seins nus, dans son bureau. « Il n’y aurait certainement pas eu de procès », souffle le magistrat.

« Je ne peux plus monter dans un ascenseur avec une femme seule »

Maître Compoint, l’avocate d’Antoine Q. prend la parole et lui demande s’il essaie de « couvrir » ses « frères d’armes ». « Ce n’est pas parce qu’on est solidaires et qu’on a bossé ensemble sur des dossiers compliqués que je les couvrirais surtout sur un acte comme celui-ci qui est affreux », répond Sébastien C.. Avant d’ajouter : « Cette affaire est une merde. Les policiers accusés aujourd’hui, ils ont essayé de sauver leur carrière, leur vie familiale. Ce sont des gens passionnés, j’en ai les larmes aux yeux… Ils auraient pu servir au Bataclan ou à l’Hypercacher. »

Le quadragénaire a été « traumatisé, marqué au fer rouge par cette affaire ». Les femmes aujourd’hui représentent un « danger » à ses yeux. « Je ne peux plus monter dans un ascenseur avec une femme seule » de peur d’être accusé à tort. Il en veut également beaucoup aux médias qui ont « énormément fantasmé » sur les faits. Selon lui, « la presse a essayé de manipuler l’opinion » contre les accusés. « En lisant les journaux, j’ai l’impression que c’est le procès des alcooliques de la police nationale, de la BRI, des milieux machistes », regrette Sébastien C., visiblement à cran.

« Il était présent, il était sur place »

Il a « l’impression que la vérité n’intéresse personne ». Le témoin est convaincu que la Canadienne est « une menteuse » qui « ne mesure pas les conséquences » de ses accusations. « C’est une personne qui a un mal-être profond, qui veut exister, qui a besoin de s’exhiber dans les médias, comme son avocat. Elle est profondément malade depuis longtemps. » Emily S., elle, maintient ses accusations contre Nicolas R. et Antoine Q.. La jeune femme est même certaine qu’un troisième homme a participé au viol. Elle ne peut « identifier formellement » Sébastien C., d’autant que son ADN n’a pas été retrouvé. « Mais il était présent, il était sur place. »

Suivez la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @TiboChevillard