Toulouse: Comment un suspect a été arrêté 32 ans après la disparition de Martine Escadeillas

COLD CASE L’enquête sur la disparition de Martine Escadeillas, qui s’est volatilisée il y a 32 ans près de Toulouse, vient de connaître un coup de théâtre avec l’arrestation d’un quinquagénaire en Isère…

Helene Menal

— 

Le portrait non daté de Martine Escadeillas, disparue à l'âge de 24 ans, en 1986 près de Toulouse.
Le portrait non daté de Martine Escadeillas, disparue à l'âge de 24 ans, en 1986 près de Toulouse. — AFP
  • Martine Escadeillas a disparu le 8 décembre 1986 à Ramonville, près de Toulouse. Elle avait 24 ans.
  • Mardi, 32 ans après, les gendarmes ont arrêté en Isère un de ses amis de l’époque.
  • L’homme de 55 ans a reconnu son implication sans révéler où il a pu dissimuler le corps. Il a été mis en examen pour « homicide volontaire ».

Mardi 22 janvier, un Isérois de 55 ans, formateur de profession, a vu les gendarmes de la Section de recherches de Toulouse débarquer à son domicile familial. Il s’est laissé emmener sans résistance. Et le convoi s’est mis en route pour lever, en partie, le voile sur un véritable cold case.

L’affaire remonte à plus de 32 ans. Le 8 décembre 1986, Martine Escadeillas, une secrétaire de 24 ans, est rentrée chez elle, dans un immeuble de Ramonville, près de Toulouse, après avoir laissé son compagnon à un arrêt de bus. Il était 7h45 environ et personne ne l’a plus jamais revue depuis.

Un courrier décisif

Alertés de la disparition par la famille, les gendarmes ont retrouvé du sang de Martine sur le palier de son appartement, au 3e étage, dans l’escalier et surtout dans un cellier au sous-sol du bâtiment. Ils ont aussi recueilli le témoignage d’une voisine qui avait aperçu dans l’immeuble un homme d’une cinquantaine d’années, dégarni, de forte corpulence.

L'immeuble de Ramonville où vivait Martine Escadeillas il y a 32 ans;

Or le suspect arrêté mardi avait 23 ans à l’époque. Alors, comment les gendarmes de la section de recherches sont-ils remontés jusqu’à lui ? Grâce à un courrier. Celui d’une proche de la famille, sensible à la détresse de la famille. Elle a retourné les faits pendant 30 ans dans sa tête. Et en février 2016, elle a décidé de faire part de ses soupçons sur cet « ami » de la victime, brièvement interrogé à l’époque.

Le parquet a alors ouvert une enquête préliminaire. Les enquêteurs ont repris absolument tous les éléments du dossier, réentendu tous les témoins. « Nous avons eu recours au logiciel AnaCrim qui a confirmé la crédibilité de cette nouvelle hypothèse, précise le colonel Philippe Coué, patron de la SR. Nous avons aussi fait appel au département des sciences du comportement, aux “profilers”, de la gendarmerie ».

Amoureux transi éconduit

La piste les a donc conduits en Isère. A juste titre. « L’homme reconnaît son implication directe dans les faits mais il n’a pas fait d’aveux circonstanciés », indique ce vendredi Dominique Alzeari, le procureur de la République de Toulouse. « Il connaissait la victime et s’est rendu chez elle ce matin-là. Une dispute violente a éclaté sur le palier, elle a tenté de fuir, il l’a frappé puis déposée inconsciente dans la cave », poursuit le magistrat.

En fait, l’ami venait déclarer sa flamme à la secrétaire, qui l’a éconduit sans ménagement. Mais le suspect n’est pas allé plus loin pour l’instant. Sur l’endroit où il a pu se débarrasser du corps, il « allègue une confusion totale ». L’homme a été mis en examen jeudi soir pour « homicide volontaire » et placé en détention. Un juge d’instruction est chargé d’éclairer les zones d’ombre

Avec la certitude que le crime n’est pas prescrit. « Nous n’avons jamais abandonné, ni le parquet, ni les gendarmes, ni les magistrats », assure Dominique Alzeari. De sorte que régulièrement l’information a été rouverte. En 1996 notamment quand Martine Escadeillas a été placée dans les rangs des possibles victimes du tueur en série Patrice Alègre par les gendarmes de la fameuse cellule « Homicides 31 ». Cette fois, ce n’était pas lui.