Affaire de viol au 36: «S'ils ont eu une relation avec cette jeune femme, ils ne m'ont pas dit toute la vérité»

PROCES Le chef de la BRI est venu témoigner, ce jeudi, devant la cour d'assises de Paris. Deux anciens de la brigade sont jugés pour le viol d'une touriste canadienne en 2014...

Thibaut Chevillard

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Le chef de la BRI et son adjoint, le commissaire divisionnaire Georges Salinas (à droite), sont venus témoigner devant la cour d'assises ce jeudi
Le chef de la BRI et son adjoint, le commissaire divisionnaire Georges Salinas (à droite), sont venus témoigner devant la cour d'assises ce jeudi — PATRICK KOVARIK / AFP
  • Emily S., une Canadienne de 38 ans, accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée en 2014.
  • S’ils reconnaissent avoir passé la soirée avec elle, Nicolas R. et Antoine Q. nient l’avoir agressée.
  • Les deux hommes comparaissent jusqu'au 1er février devant la cour d’assises de Paris. Ils encourent vingt ans de réclusion criminelle.

Soudain, la BRI a fait irruption dans la cour d’assises. Assis sur des chaises, face aux jurés, Nicolas R. et Antoine Q., jugés depuis presque deux semaines pour le viol d’une touriste canadienne, il y a presque cinq ans, dans un bureau du Quai des Orfèvres. Dans le public, quelques anciens collègues de l’antigang venus les soutenir. A la barre, répondant aux questions de la cour, le patron de cette prestigieuse brigade, ébranlée par l’affaire, le commissaire divisionnaire Christophe Molmy. Costume gris, cravate rose, il est venu ce jeudi, parler de ces policiers « très appréciés dans le service », qu’il a convoqués dans son bureau dès le lendemain des faits.

Face à lui, ce 23 avril 2014, Antoine Q., Nicolas R. et Sébastien C., qui bénéficie du statut de témoin assisté. L’IGPN n’est pas encore passée quand ils racontent à leur chef leur version des faits. La nuit précédente, ils ont « fait visiter le service à une jeune femme » qu’ils avaient rencontrée un peu plus tôt au Galway, un pub irlandais situé de l’autre côté de la Seine. Emily S., qui était « en état d’ébriété », a ensuite affirmé aux agents qui gardaient le bâtiment avoir été violée par plusieurs policiers. Mais les mis en cause ont affirmé à leur chef qu’ils « n’avaient pas touché cette jeune femme et qu’ils n’avaient même pas eu de relation consentie avec elle », raconte le commissaire Molmy.

Pas de « raison de douter d’eux »

Ont-ils pu se concerter sur la version à livrer à leur chef ? « C’est possible », estime le patron de la BRI. « Pendant la nuit, le matin… S’ils le souhaitaient, ils avaient eu tout le loisir de se concerter », ajoute-t-il. Avant de souligner : « Si ces fonctionnaires ont eu une relation avec cette jeune femme, ils ne m’ont pas dit toute la vérité. Je ne sais pas moi ce qu’il s’est passé dans ces bureaux. » Christophe Molmy ne voit pourtant pas de « raison de douter d’eux ». Nicolas R. et Antoine Q. sont des fonctionnaires « agréables, compétents, disponibles ». Le premier « a même sauvé la vie de ses collègues lors d’une opération majeure ».

Les limiers de la police des polices ne devaient pas passer avant l’après-midi. En les attendant, Christophe Molmy a « donné des instructions fermes pour qu’on ne touche à rien dans le service ». Mais les lieux n’ont pas été gelés dans les règles. D’ailleurs, la première perquisition ne donne rien. Mais lorsqu’ils reviennent, deux jours plus tard, les « bœuf-carottes » retrouvent une bouteille de whisky vide dans une poubelle ainsi que plusieurs verres. Or, Emily S. a toujours affirmé que ses agresseurs l’avaient fortement incitée à boire un grand verre de scotch. Le chef de l’antigang ne comprend pas « comment des bouteilles ont pu réapparaître ». « Il y avait des choses équivoques, le string [de femme accroché à un ventilateur] notamment. Si on avait enlevé les verres de scotch, on ne les aurait pas remis. »

« Arriver à la BRI, c’est une consécration »

Christophe Molmy constate et « déplore » que ses hommes ne lui aient « pas dit la vérité ». Mais il « ne leur en veut pas » car « ils étaient tétanisés » devant lui leur chef, « confus » même, comme il l’avait dit à l’époque. « Il faut comprendre que pour certains fonctionnaires, arriver à la BRI, c’est une consécration. C’est un long et difficile parcours pour arriver » dans ce prestigieux service. Ils ont, pense-t-il, eu peur d’être « virés » s’ils lui livraient tous les détails sordides de la soirée. Il estime que s’ils avaient « dit la vérité tout de suite, ça aurait peut-être minimisé les conséquences de ce qu’il s’est passé ».

L’avocat général se lève et prend la parole. « Vous saviez que des filles montaient comme ça le soir dans les locaux du "36" ? » demande Philippe Courroye. « Non. Je n’ai pas fait d’enquête pour savoir ce qu’il se passait avant, mais j’ai pris des mesures après. J’ai prévenu que je ne voulais plus que ça se reproduise », répond un peu gêné le chef de la BRI. Le magistrat veut également savoir si les policiers ont l’habitude de fréquenter les bars la veille d’une intervention. « Cela n’était pas dans les us et coutumes de la brigade de se retrouver au Galway. D’ailleurs leur chef de groupe n’était pas là. »

Des accusés « très appréciés dans le service »

L’affaire « a été mal ressentie » par les policiers de la BRI, reconnaît Christophe Molmy. D’autant que les trois hommes mis en cause « étaient très appréciés dans le service ». « Ils sont tous très attachés à leur brigade. Alors qu’elle soit montrée du doigt… » Sébastien C., qui y travaille toujours, est un « excellent élément », affirme son chef.

Bénéficiant du statut de témoin assisté, il sera entendu par la cour ce vendredi. Le président et l’avocat général souhaiteront sans doute savoir pourquoi il a effacé une vidéo, prise à 1h16 du matin. Douze minutes après avoir reçu un SMS de Nicolas R. lui demandant de venir rapidement le rejoindre, lui et la « touzeuse ».