Affaire de viol au 36: Mal à l'aise, les policiers accusés donnent leur version des faits

PROCES Deux policiers du célèbre « 36 », situé quai des Orfèvres à Paris, sont accusés de viol par une touriste canadienne…

20 Minutes avec AFP

— 

Le 36, quai des Orfèvres, où ont eu lieu les faits présumés.
Le 36, quai des Orfèvres, où ont eu lieu les faits présumés. — Francois Mori/AP/SIPA

Que s’est-il passé au 36, Quai des Orfèvres entre 0h40 et 2 heures, la nuit du 23 avril 2014 ? Au neuvième jour du procès, les deux policiers accusés du viol d’une touriste canadienne ont donné pour la première fois, mal à l’aise, leur version des faits ce jeudi.

Dans les images de vidéosurveillance filmées devant le « 36 », qui ont été diffusées aux assises de Paris, on voit d’abord Antoine Q. entrer dans le célèbre bâtiment, ancien siège de la police judiciaire. Nicolas R. et la Canadienne Emily S. fument une cigarette en parlant à l’officier chargé de surveiller l’entrée, avant d’entrer à leur tour dans les locaux à 0h40. Tout s’est joué dans l’heure suivante, au 5e étage, dans les bureaux de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention). Emily S. accuse les deux policiers de l’avoir violée. Ils étaient, selon elle, au moins deux, probablement trois, mais la troisième personne n’a pas été identifiée. Les deux accusés, Antoine Q. et Nicolas R, qui encourent 20 ans de réclusion, nient le viol.

« Invitation à une partouze ? »

« Dans l’escalier, on se tient la main », raconte Nicolas R., 49 ans, qui parle d’un moment « festif », « affectueux ». Le policier ferme la porte de son bureau « pour plus d’intimité ». Des caresses sont échangées. Elle lui aurait dit que, comme lui, elle avait une « sexualité libérée » et ils auraient parlé échangisme. Il envoie un SMS à un collègue, Sébastien C., à 01H04, qu’il effacera quelques heures plus tard : « ça est une touseuse (partouzeuse, NDLR), dépêche ».

« N’est-ce pas une invitation à une partouze ? », interroge l’avocat général Philippe Courroye. « Vous êtes-vous assuré que Mme S. était d’accord pour un plan à plusieurs ? ». « Non, mais on ne lui aurait rien imposé », se défend l’accusé. Ce SMS qu’il qualifie de « bête, potache », il n’en a pas parlé à la jeune femme.

« Olé olé »

Sébastien C. est arrivé au « 36 » à 01H09. Sept minutes plus tard, il fait une vidéo avec son téléphone. Les experts ne sont pas parvenus à reconstituer le contenu de cette vidéo, elle aussi effacée. « Qu’a-t-il filmé ? », interroge le représentant de l’accusation, sans obtenir de réponse des accusés. Sébastien C. sera entendu comme témoin vendredi.

Nicolas R. admet une « fellation consentie », dans son bureau. Mais « j’ai eu une panne. Je lui ai dit de laisser tomber », affirme-t-il. Emily S., mécontente, serait alors allée en short, « seins nus », dans le bureau d’en face, où se trouvaient Antoine Q. et Sébastien C. Elle était « olé olé » à ce moment là, affirme Nicolas R.. Elle aurait dansé, demandé à être prise en photo sous le ventilateur auquel était suspendu un string noir. Nicolas R. a quitté les lieux à 01H35. Elle était toujours « joviale », affirme-t-il.

Un vol de « jacket »

« La porte du bureau de Nicolas était fermée. J’entends des rires. Je ne les dérange pas. Je me doute bien qu’il se passe quelque chose », raconte à la barre Antoine Q. Il est rejoint par un collègue, Sébastien C. « Tout à coup, la porte de Nicolas s’ouvre. Emily S. arrive dans notre bureau en short, sans collant, seins nus. Nicolas dit : « Elle est barrée » ». Nicolas R. aurait immortalisé le moment, mais ni les photos, ni l’appareil n’ont été retrouvés.

Emily S. serait ensuite allée aux toilettes. Nicolas R. est parti. « Elle revient et là, il se passe quelque chose », raconte Antoine Q.. Elle aurait affirmé que Nicolas R. lui avait volé sa « jacket », d’une valeur de 500 dollars. « Quelque chose ne va pas. Elle est obnubilée par sa veste », affirme Antoine Q.

« En pleurs, paniquée, affolée »

C’est loin d’être un détail car selon Antoine Q. et ses collègues, Emily S. se serait d’abord plainte d’un vol et non d’un viol. Mercredi, un policier en poste au premier étage, le premier à avoir vu Emily S. après le viol présumé, a donné une toute autre version, expliquant qu’elle était venue vers lui « en pleurs, paniquée, affolée ».

« Elle m’a dit qu’elle avait été violée », a-t-il dit plusieurs fois, sans par contre évoquer un vol. Pour Antoine Q., elle « chouinait mais elle ne pleurait pas à chaudes larmes ». Il reconnaît avoir dit : « Elle dit n’importe quoi, il faut la dégager ». « Je veux bien avoir fait des erreurs dans cette histoire, mais je n’ai jamais fait une saleté pareille. Et jamais je n’aurais couvert un collègue qui a fait une saloperie pareille », affirme Antoine Q., en larmes.

Son ADN a été retrouvé au fond du vagin d’Emily S.. L’ADN de celle-ci a également été retrouvé sur deux caleçons de l’accusé, tâchés de sperme. L’avocat général poursuit ses questions. « Vous pensez que c’est parce qu’on lui aurait volé sa jacket qu’elle a échafaudé cette histoire de viol avec un i ? ». L’accusé ne sait trop quoi dire. « Vous comprendrez qu’on est en droit de se poser des questions », conclut l’avocat général. Absente ce jeudi aux assises, Emily S. n’a pas répondu à Antoine Q..