Affaire de viol au 36: «Sincèrement, je n'ai jamais fait de mal à cette femme !»

PROCES Antoine Q., un ancien policier affecté à la BRI, a eu bien du mal, mardi, à expliquer à la cour la présence de son ADN dans le vagin de la touriste canadienne qui l'accuse de viol...  

Thibaut Chevillard

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L'ancien siège de la police judiciaire de Paris, quai des Orfèvres
L'ancien siège de la police judiciaire de Paris, quai des Orfèvres — Thomas Samson AFP
  • Emily S., une Canadienne de 38 ans, accuse deux policiers de la BRI de l’avoir violée en 2014.
  • S’ils reconnaissent avoir passé la soirée avec elle, Nicolas R. et Antoine Q. nient l’avoir agressée.
  • Les deux hommes comparaissent jusqu’au 1er février devant la cour d’assises de Paris.
  • Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.
     

C’est une question centrale dans ce procès. Comment expliquer que l’ADN de l’un des deux accusés ait été retrouvé au fond du vagin d’Emily S. ? Selon la plaignante, Antoine Q. l’a violée, dans la nuit du 22 au 23 avril 2014, dans les bureaux de la BRI, au cinquième étage du 36, quai des Orfèvres, en compagnie de Nicolas R.. Le policier, lui, se défend d’avoir commis ces faits. « Sincèrement, je n’ai jamais fait de mal à cette femme ! » Appelé ce mardi à la barre, il avance une tout autre explication que l’avocat général, Philippe Courroye, semble avoir du mal à avaler.

Le 22 avril, Antoine Q. passe la soirée au Galway, un pub situé en face du siège de la police judiciaire parisienne, avec d’autres collègues de l’antigang, dont Nicolas R.. La petite bande fait la connaissance d’Emily S., une touriste canadienne de 38 ans, avec qui certains agents flirtent un peu. Vers 1h du matin, Nicolas R. propose à la jeune femme, qui le lui a demandé, d’aller « visiter » le « 36 ». Antoine Q., pourtant très alcoolisé, doit justement passer au bureau pour préparer un dossier. Il demande à Emily S. de l’accompagner dans son véhicule, elle accepte.

« Une odeur désagréable »

« Dès que je rentre dans la voiture, Emily S. a mis sa main sur ma braguette. Ca me plaît, je la laisse faire. Elle me caresse sous mon boxeur, elle prend mon sexe et commence à me masturber », assure à la cour ce type baraqué à la peau mate. Tout en conduisant, il met sa main « au niveau de son short ». « Elle a pris ma main l’air de dire : "Qu’est-ce que t’attends ?". Elle m’a aidé à passer ma main sous son short », poursuit le policier. C’est à ce moment-là qu’il l’a pénétré digitalement, assure-t-il. Antoine Q. se rappelle qu’elle « respirait fort » et n’opposait « aucune résistance ».

Stationnés devant le « 36 », ils se font remarquer par un policier qui vient dans leur direction. Antoine Q. retire prestement sa main et embrasse celle qui est aujourd'hui partie civile, avant de sortir de sa Mercedes, « gêné ». Puis, ils retrouvent Nicolas R. qui a fait le trajet à pieds. Antoine Q. laisse la jeune femme et son copain devant le bâtiment et monte dans son bureau. « Pourquoi ne pas avoir poursuivi avec elle ? » lui demande le président Duchemin. L’accusé évoque « une odeur désagréable » qui l’a « interpellé » après l’avoir pénétré, un côté « un peu sec » de la plaignante, trop « directive », qui l’a gêné. « Et nous étions dans des locaux de police en plus. »

« Je l’aurais dit tôt ou tard »

L’avocat général, Philippe Courroye, se lève et prend la parole. Il rappelle que le policier n’a raconté cette pénétration au juge d’instruction que le 6 octobre 2014, une fois son ADN identifié au fond du vagin d’Emily S.. Comment expliquer ce silence ? « Je l’aurais dit tôt ou tard », souffle l’accusé. Le magistrat s’étonne de cette version des faits, agrémenté de nouveaux détails. « Le trajet entre le pub et le "36" dure trois ou quatre minutes. Durant ce temps, Emily S. se jette sur vous comme une bête pour vous ouvrir votre braguette alors que vous allez travailler ? » « Oui, ça me plaît, je me prends au jeu », répond le policier.

-Comment vous faites pour glisser votre main dans son short, zippé sur la gauche, alors que vous conduisez ? Vous êtes contorsionniste ?
-Elle s’est cambrée.
-Si elle porte un collant, il faut bien que… Enfin je ne vais pas vous faire un dessin. Tout ça en trois minutes alors que vous conduisez et que vous allez travailler ?
-Oui
-Le prélèvement sur Emily S. a été fait à 10 cm au fond du vagin. Si l’on en croit votre version cela voudrait dire que vous avez introduit l’intégralité de votre doigt dans son vagin, ce alors qu’Emily S. porte un collant, un short, que vous conduisez…
-Je ne sais pas quel doigt j’ai introduit.
-Tout à l’heure vous avez dit le doigt droit, ce serait encore plus compliqué si c’était le gauche.

« Le mystère de l’Immaculée conception »

Philippe Courroye soulève une autre question : comment l’accusé peut-il expliquer la présence de l’ADN d’Emily S. sur deux caleçons à lui, où ont aussi été retrouvées des traces de sperme ? Il a assuré un peu plus tôt qu’il n’avait pas éjaculé cette nuit-là mais qu’il avait été « très excité ». Des explications qui ne convainquent pas l’avocat général. « C’est le mystère de l’Immaculée conception. Il y a du sperme et vous nous expliquez qu’il n’y a pas eu d’éjaculation ! » tonne le magistrat.

Même son avocate, maître Compoint, semble agacée. « C’est laborieux ce matin. Il va falloir pousser plus loin les explications sinon on va les interpréter les choses ! » Pourquoi n’a-t-il pas évoqué ces faits lors de sa garde à vue ? « J’avais peur que ma vie se détruise. La BRI, c’était tout pour moi. J’ai une femme et un enfant », a-t-il expliqué à la pénaliste, soulignant qu’il avait manqué de « courage ». Il jure une nouvelle fois ne « jamais avoir violé cette fille ». « Une femme, ce n’est pas un morceau de viande ! » Antoine Q. retourne s’asseoir avant que le président n’interrompe l’audience.

Mercredi, la cour questionnera les policiers qui travaillaient, le soir des faits, au quai des Orfèvres. Le procès d’Antoine Q. et Nicolas R. doit se tenir jusqu’au 1er février. Les accusés encourent 20 ans de prison.

Suivez la suite de ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @TiboChevillard

 

20 secondes de contexte

20 Minutes a décidé d'anonymiser les policiers mis en cause dans cette affaire car, bien qu'ils soient aujourd'hui suspendus de leurs fonctions, ils peuvent, en tant qu'ex-membre de la BRI, être couverts par l'arrêté du 7 avril 2011 relatif au respect de l'anonymat de certains fonctionnaires de police.