Meurtre de Maureen Jacquier à Toulouse : La mémoire flottante de l’ex-petite amie de l’accusé

PROCÈS Ce mardi la cour a écouté le témoignage capital mais louvoyant de Lucille P., petite amie de l’accusé à l’époque du meurtre de la jeune Maureen Jacquier. Mais aussi ex-grande amie et possible rivale de la victime…

Helene Menal

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Une balance de la justice (image d'illustration).
Une balance de la justice (image d'illustration). — Philippe HUGUEN / AFP
  • Sylvain Boulais, 28 ans, comparaît jusqu’au 25 janvier devant les assises de la Haute-Garonne pour le meurtre de sa collègue et amie Maureen Jacquier.
  • La victime de 19 ans, mécanicienne chez Airbus, a été retrouvée morte le 27 février 2015 dans son appartement de Toulouse.
  • L’accusé encourt 30 ans de réclusion criminelle.

L’épreuve a duré près de quatre heures qu’elle a passées à murmurer des semi-réponses debout à la barre en se triturant les mains derrière le dos. Ce mardi matin, le procès du meurtrier présumé de Maureen Jacquier, retrouvée morte dans son appartement de Toulouse le 27 février 2015, lardée de 63 coups de couteau, s’attardait sur le témoignage clé de Lucille P..

Cette blonde aux cheveux raides et longs, toute vêtue de noir, a 25 ans aujourd’hui. A l’époque, elle était la petite amie de Sylvain Boulais, l’accusé. Et à ce titre, elle a donné beaucoup de fil à retordre aux enquêteurs qui sont allés jusqu’à la placer en garde à vue. « Vous avez été très louvoyante, floue, contradictoire », lui a rappelé le président Guillaume Roussel. Il a usé de trésors de patience pour l’enjoindre à arrêter « de flotter ». Sans grand succès. « J’étais complètement perdue à l’époque et je le suis encore », a-t-elle plaidé.

Des voisins à décharge

Lucille P. est importante pour l’alibi de Sylvain Boulais. Ce soir-là, après avoir fait un somme dans sa voiture à sa sortie de discothèque, l’accusé dit être rentré chez lui, avoir mis une machine en route parce qu’il avait renversé de la bière sur ses vêtements, et s’être couché. Lucille confirme qu’il est rentré à 4h20, que « son haleine sentait la bière » et qu’il s’est levé vers 10h45 pour repartir au travail. Or, si la thèse de la défense est que Maureen est morte durant la nuit, deux voisins ont réitéré lundi à la barre qu’ils l’avaient aperçue le 27 février vers 10h.

Une mystérieuse « réunion », 27 jours avant le drame

Lucille P. est aussi un témoin privilégié des rapports entre Sylvain Boulais et Maureen Jacquier, dont elle a été longtemps une très proche amie. « Elle était très gentille mais aussi très directe (…) Chaque fois que j’allais la voir, il y avait quelque que chose qui n’allait pas. Du coup, je me suis éloignée d’elle », raconte-t-elle. La rupture entre les deux jeunes femmes remonte à l’été 2014. Elles ont mutuellement effacé leurs contacts de leurs répertoires. Lucille affirme qu’elle savait que Sylvain voyait, lui, toujours Maureen au travail, chez Airbus​. « Mais s’il y avait attirance, je ne l’ai pas vue », assure-t-elle.

Elle n’apprendra qu’une fois Sylvain Boulais en détention, grâce à un courrier de lui, qu’il a eu précisément en juillet 2014 une aventure sans lendemain avec Maureen.

Un accusé surnommé « Monk »

L’ex-petite amie admet qu’elle a revu Maureen 27 jours avant sa mort. Lors d’un « rendez-vous », un « apéro » selon Sylvain Boulais, chez la mère de Lucie, restée proche de Maureen. De l’extérieur, cette « réunion » a l’allure d’un règlement de compte entre ex-copines sur fond de rivalité. Mais Lucie a beau chercher, elle ne se souvient pas de quoi elles ont parlé. « Peut-être parce qu’il ne s’est rien passé de notable », glisse Marie-Hélène Pibouleau, l’avocate de Sylvain Boulais.

La jeune fille, au supplice pendant tout son témoignage et que son ex n’a pas lâché des yeux, a également levé un voile, peu flatteur, sur sa vie intime avec l’accusé. Elle a confirmé qu’il avait un très fort appétit sexuel, un goût pour les menottes et les strangulations. « C’était un fan de couteaux », a-t-elle aussi indiqué. Un maniaque de la propreté enfin, que ses collègues de boulot surnommaient «Monk», du nom de ce détective de fiction américain bourré de TOC. « Je me rends compte que c’était une personne que je ne connaissais pas vraiment au final », a-t-elle lâché.

Mercredi, la cour entendra l’accusé. Il a rarement ouvert la bouche jusqu’ici si ce n’est pour clamer son innocence.