VIDEO. Affaire Grégory: La Cour de cassation se penche sur la garde à vue de Murielle Bolle, en 1984

PROCES Le 16 novembre dernier, le Conseil constitutionnel avait estimé que la garde à vue de Muriel Bolle, en 1984, s'était déroulée dans des conditions non conformes à la Constitution... 

20 Minutes avec AFP

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Dijon (Côte d'or), le 30 juin 1986. Murielle Bolle (à gauche) arrive au palais de justice pour être entendue.
Dijon (Côte d'or), le 30 juin 1986. Murielle Bolle (à gauche) arrive au palais de justice pour être entendue. — ERIC FEFERBERG / AFP

Après une victoire devant le Conseil constitutionnel, c’est devant la Cour de cassation que Murielle Bolle continue son combat judiciaire. La femme de 49 ans réclame, ce mardi, l'annulation de sa garde à vue de 1984, durant laquelle elle avait accusé Bernard Laroche, son beau-frère, d'avoir enlevé le petit Grégory.

Le 16 novembre dernier, le Conseil constitutionnel avait estimé que la garde à vue de Muriel Bolle en 1984, alors âgée de 15 ans, s'était déroulée dans des conditions non conformes à la Constitution. Après la décision des Sages, la justice pénale devrait logiquement rayer du dossier toute mention de ce témoignage crucial dans cette affaire vieille de 34 ans, l’une des plus célèbres énigmes criminelles françaises.

Murielle Bolle a-t-elle subi des pressions de sa famille pour se rétracter ?

Le 16 octobre 1984, Grégory Villemin, petit garçon de quatre ans, avait été retrouvé mort, mains et pieds attachés dans une rivière des Vosges, sur fond de haines familiales alimentées par un mystérieux corbeau. Quelques jours plus tard, les 2 et 3 novembre 1984, Murielle Bolle, belle-soeur de Bernard Laroche, un cousin du père de l'enfant, avait été placée en garde à vue. Devant les gendarmes, elle avait accusé son beau-frère d’avoir enlevé Grégory en sa présence. Elle avait ensuite répété ses propos devant le juge d’instruction, avant de se rétracter en dénonçant la pression des gendarmes.

Depuis, Murielle Bolle n’a plus cessé de défendre l’innocence de Bernard Laroche, abattu par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, en 1985. Aujourd’hui encore, usa volte-face reste au cœur de l’enquête. L’accusation considère qu’elle a bien vu Laroche enlever Grégory et que sa rétractation s'explique par des pressions exercées par sa famille. Murielle Bolle soutient au contraire que les gendarmes l’ont poussée à accuser Laroche, contrainte rendue possible par l’absence, à l’époque, de protection des mineurs en garde à vue.

Un dossier déjà miné par d’innombrables errements

La loi ne prévoyait alors ni présence d’un avocat, ni notification du droit de se taire. Murielle Bolle estime donc que ses droits fondamentaux ont été bafoués. Le Conseil constitutionnel lui a donné raison en censurant plusieurs dispositions l’ordonnance de 1945 sur « l’enfance délinquante », qui régissait à l’époque le traitement judiciaire des mineurs, telle qu’elle était écrite en 1984. La Cour de cassation examine ce mardi le dossier à la lumière de cette décision d'inconstitutionnalité prise par les «Sages». Il lui appartiendra d’en tirer les conséquences sur le plan judiciaire.

Si la justice pénale décidait de gommer les déclarations de Murielle Bolle adolescente de la procédure, cela affaiblirait encore un dossier déjà miné par d’innombrables errements, sans toutefois mettre un terme à l’enquête. « L’idée, c’est que Murielle Bolle, qui n'aurait jamais dû être inquiétée dans cette affaire, qui l'a été à tort, soit enfin reconnue comme extérieure à cette histoire », résume Emmanuel Piwnica, l’un de ses avocats. Les parents de Grégory Villemin redoutent quant à eux que ces nouveaux développements n’entravent « la manifestation de la vérité ».

La théorie d’un « acte collectif » avec Bernard Laroche

L’affaire Grégory avait connu un rebondissement inattendu en juin 2017 avec les mises en examen de Murielle Bolle et du couple Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, pour le rapt mortel de l’enfant. L’accusation privilégie désormais la thèse d’un « acte collectif » avec Bernard Laroche. Annulées en mai 2018 pour des questions de procédure, ces mises en examen pourraient être de nouveau ordonnées une fois tous les recours purgés.

La cour d’appel avait estimé que la mise en examen de Murielle Bolle ne reposait pas sur sa garde à vue de 1984 mais sur des «éléments nouveaux». Sur le plan juridique, les avocats de Murielle Bolle attaqueront mardi cet arrêt du 16 mai 2018 annulant sa mise en examen, en ce qu’il refusait d’annuler la garde à vue de 1984 ainsi que des pièces qu’ils jugent litigieuses.