VIDEO. Affaire Benalla: Alexandre Benalla reconnaît des «erreurs» mais refuse de répondre aux questions des sénateurs sur les passeports diplomatiques

POLITIQUE Déjà entendu le 19 septembre, Alexandre Benalla a de nouveau été convoqué devant la commission d'enquête sénatoriale, ce lundi...

Vincent Vantighem

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Paris, le 21 janvier 2019. Alexandre Benalla est convoqué, pour la seconde fois, par la commission d'enquête sénatoriale.
Paris, le 21 janvier 2019. Alexandre Benalla est convoqué, pour la seconde fois, par la commission d'enquête sénatoriale. — Alain JOCARD / AFP
  • Alexandre Benalla est venu témoigner devant la commission d'enquête sénatoriale.
  • Déjà entendu en septembre, il a, cette fois, été convoqué pour évoquer l'affaire dite « des passeports diplomatiques ».
  • Alors qu'il avait indiqué avoir rendu ses passeports, les sénateurs ont appris qu'il s'en était, en fait, servi une vingtaine de fois.

Il ne veut pas « commenter les articles de presse ». A l’exception d’une brève sur son déplacement au Tchad parue dans Le Canard enchaîné et qui sert sa défense. Il n’a « absolument rien à cacher ». Mais « il y a des choses » qu’il ne peut « pas dire ». Alexandre Benalla a passablement énervé, ce lundi, la commission d’enquête sénatoriale qui souhaitait l’entendre sur l’affaire dite « des passeports diplomatiques ».

Déjà auditionné une première fois le 19 septembre, l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron avait alors affirmé que ses passeports diplomatiques étaient « dans [son] bureau à l’Élysée ». Depuis Patrick Strzoda, le directeur de cabinet de la présidence de la République, a révélé qu’il s’en était en réalité servi « une vingtaine de fois » entre le 1er août et le 31 décembre 2018.

« Je ne vous ai pas menti le 19 septembre »

Droit dans ses bottes et rasé de frais aux côtés des sénateurs qui le passaient sur le gril, l’ex-garde du corps a commencé, ce lundi, par maintenir sa version. « Je ne vous ai pas menti le 19 septembre lorsque je vous ai dit que mes passeports étaient à l’Élysée. » Selon son récit, il aurait d’abord restitué les fameux documents au palais présidentiel dans le courant du mois d’août. Mais « quelqu’un » les lui aurait rendus, en octobre, dans un sac plastique contenant aussi ses clés et un chéquier.

Qui ? La commission sénatoriale a réclamé la réponse une bonne demi-douzaine de fois sans jamais y parvenir. « Je ne répondrai pas à cette question. » Invoquant tour à tour « la confidentialité évidente », « le respect de sa vie privée » et, surtout, les institutions qui prévoient que les parlementaires ne peuvent poser des questions sur une enquête judiciaire en cours, Alexandre Benalla s’est arc-bouté dans son opposition systématique.

A un tel niveau qu’il était à deux doigts de faire sortir de ses gonds Philippe Bas, le président (LR) de la Commission, pourtant connu pour son flegme. « Vous avez une conception bien singulière des institutions, lui a balancé ce dernier. Vous qui avez fait des études de droit, vous devriez savoir que vous êtes obligés de répondre ! »

« Est-ce la présidence qui a menti ? »

Seule certitude, ce n’est pas la peur d’être sanctionné qui le rend mutique sur ce point. Reconnaissant des « conneries » ou des « erreurs », il a admis qu’il n’aurait jamais dû utiliser les passeports alors qu’il venait d’être licencié de l’Élysée. Mais, explique-t-il, c’était pour « quitter Pôle emploi le plus vite possible » et « refaire [sa] vie ».

Légèrement fanfaron depuis le début de l’affaire notamment dans les médias, l’ex-collaborateur du chef de l’État s’est montré à l’opposé, ce lundi, expliquant avoir beaucoup souffert. Car il a dû, en quelques semaines, « mettre à l’abri [sa] femme et [son] fils, trouver un appartement et un emploi… »

Il a tout de même trouvé le temps d’écrire au moins deux messages à Emmanuel Macron. Et s’il a révélé, ce lundi, qu’il n’avait plus aucun contact avec les personnes de l’Elysée depuis le 24 décembre, il assure qu’il ne détient aucun secret. « Je ne fais aucun chantage. On essaye d’expliquer certains dysfonctionnements de l’État. Mais il ne faut pas en déduire que tout ça est dû à un secret que je détiendrais. »

Le moment idéal, selon le sénateur (PS) Jean-Pierre Sueur, pour poser la seule question qui vaille. Si ce n’est pas lui alors, est-ce la présidence de la République qui a menti au sujet des passeports ? « Vous en tirerez les conclusions que vous voulez… », a alors répondu l’ex-garde du corps, toujours flanqué de son avocate. C’est prévu. La commission sénatoriale doit achever ses auditions jeudi. Et se lancer, ensuite, dans un rapport sur toute cette affaire.