Toulouse: Heure de la mort, mobile... Les clés pour comprendre le meurtre de la jeune Maureen, «d'une sauvagerie inouïe»

PROCES A Toulouse, le premier jour du procès du meurtrier présumé de la jeune Maureen Jacquier, lacérée au couteau, a posé plus de questions qu’il n’a donné de réponses…

Helene Menal

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La salle de la Cour d'assises de la Haute-Garonne. Illustration.
La salle de la Cour d'assises de la Haute-Garonne. Illustration. — A.GELEBART/20MINUTES
  • Sylvain Boulais, 28 ans, comparaît jusqu’au 25 janvier devant les assises de la Haute-Garonne pour le meurtre de sa collègue et amie Maureen Jacquier.
  • La victime de 19 ans, mécanicienne chez Airbus, a été retrouvée morte le 27 février 2015 dans son appartement de Toulouse.
  • L’accusé encourt 30 ans de réclusion criminelle.

« Je n’ai pas grand-chose à vous dire. Je maintiens juste que je suis innocent ». Voilà les seuls mots prononcés ce jeudi par Sylvain Boulais, au premier jour de son procès pour le meurtre de Maureen Jacquier, sa collègue et amie, le 27 février 2015.

L’accusé, qui encourt 30 ans de réclusion criminelle, est apparu en jean, chemise blanche et gilet matelassé. Impassible dans son box, son regard bleu concentré, il est resté quasiment immobile sans jamais baisser les yeux de la journée. Un calme, peut-être trompeur, qui contraste avec la « sauvagerie inouïe » du crime, selon les mots mêmes du président Guillaume Roussel.

« Des coups portés avec une très grande violence »

Maureen Jacquier, 19 ans, a été retrouvée par sa famille, venue de Lyon, dans son appartement de Toulouse lacérée de 63 coups de couteau, dont trois mortels. L’audition des chefs d’enquête et des légistes a confirmé que le meurtrier de la mécanicienne d’ Airbus ne lui a laissé aucune chance.

Acculée dans un coin de sa chambre, coincée entre le lit, une pile de cartons et la fenêtre, elle s’est défendue « bec et ongles » et a ployé sous l’avalanche de « coups portés avec une très grande violence ». Frappées jusqu’à l’insoutenable, la mère et la petite sœur de Maureen ont dû quitter la salle d’assises quand un cliché a été montré.

De l’ADN très compromettant

Interrogé et « prélevé » au départ au milieu de 150 autres personnes de l’entourage de Maureen, Sylvain Boulais, 28 ans aujourd’hui, n’est devenu le suspect n° 1 que quatre mois plus tard. Quand son ADN a « matché » avec trois échantillons, contenant le sang mélangé de Maureen, et recueillis dans l’appartement : sur la housse de la couette du lit, sur une lampe frontale ensanglantée retrouvée près du corps et que personne n’avait jamais vue, et sur une serviette de toilette rose posée en boule au pied du lavabo de la salle de bains.

Cette dernière pièce avait été visiblement nettoyée à la va-vite mais le « blue star » y a réagi « immédiatement », révélant une grande quantité de sang. « Je n’avais jamais vu une réaction aussi importante et rapide de ma carrière », a témoigné la directrice d’enquête de la criminelle.

La mystérieuse heure de la mort

Interrogé par le président, le médecin légiste qui a fait les premières constatations, situe la mort de Maureen « entre 1h30 et 13h30 le 27 février, avec une marge d’erreur de 5 % ». La défense lui reproche ne pas avoir pris la température du corps. Le praticien, intervenu plusieurs heures après la découverte macabre dans un appartement peuplé d’enquêteurs et dont une porte-fenêtre était ouverte, l’a jugé inutile pour cause de « pollution thermique ».

Cette incertitude fait le jeu de la défense qui veut démontrer que le crime a eu lieu dans la matinée. A un moment où la petite amie de Sylvain Boulais atteste qu’il dormait chez lui avant de reprendre le travail à midi. Tandis que son emploi du temps de la nuit est plus sujet à caution : après un tour en discothèque, il s’est endormi sur un parking, au volant de son Audi A3, et son portable a été bizarrement mis en mode avion de 2h15 à 3h55.

A la recherche des voisins, témoins capitaux

Lors de l’enquête de voisinage, un couple de voisins de Maureen, a indiqué qu’il avait aperçu la jeune fille le 27 février à 10 heures. Ces témoins clé de la défense ne se sont toutefois pas présentés à l’audience. Ils n’ont pas non plus téléphoné. Le président Roussel n’exclut pas de délivrer un mandat d’amener pour s’assurer qu’ils seront à la barre mardi.

« Ce n’est pas la vérité qu’on cherche, c’est un coupable ! », a tonné Simon Cohen, le défenseur de Sylvain Boulais devant la directrice d’enquête. Avec sa consœur Marie-Hélène Pibouleau, sa stratégie est de déconsidérer le travail des enquêteurs. Ils ne se privent pas d’étriller les policiers et experts pour montrer que leur client n’avait « pas de mobile ».

Dans l’autre camp, Me Georges Catala et Laurent Boguet, tentent de dessiner en creux les rapports ambigus entretenus par Sylvain Boulais, décrit comme un maniaque de la propreté, et Maureen. Ils ont été longtemps amis proches, une nuit amants, et six mois collègues de travail. « Il y avait une attirance récurrente » de la part de l’accusé, souligne George Catala. Et au moment de sa mort, Maureen venait de trouver un nouvel amour.