Photos de Mehdi Nemmouche dévoilées le 1er juin 2014.
Photos de Mehdi Nemmouche dévoilées le 1er juin 2014. — SIPA

PROCES

Attentat au musée juif de Bruxelles: Place à la version de Mehdi Nemmouche

Durant l’enquête, Mehdi Nemmouche, accusé d’un quadruple assassinat, a refusé de s’exprimer, faisant valoir son droit au silence…

Va-t-il, pour la première fois, livrer « sa vérité » ? Le djihadiste français, Mehdi Nemmouche, accusé d’être l’auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles en 2014, qui a fait quatre morts, doit donner sa version des faits, ce mardi, devant la cour d’assises.

Cette journée, qui s’annonce comme le premier moment fort du procès qui doit durer jusqu’au 1er mars, doit permettre à la défense de contredire l’accusation, avant l’audition des témoins. Ce mardi, les avocats de Mehdi Nemmouche commenceront par présenter leur stratégie de défense, avant le premier interrogatoire de l’accusé principal, jugé avec un complice présumé, Nacer Bendrer, qui, lui, sera questionné sur son rôle présumé de fournisseur d’armes.

Nemmouche, le « pigeon idéal » tombé dans « un piège », défendent ses avocats

Les deux Français qui doivent répondre d'« assassinats terroristes » encourent la prison à vie. Durant l’enquête, Mehdi Nemmouche, 33 ans, accusé d’avoir tué de sang-froid en moins d’une minute et demie un couple de touristes israéliens, une bénévole française et un jeune employé belge du musée, a refusé de s’exprimer, faisant valoir son droit au silence.

A l’époque des faits, le 24 mai 2014, ce délinquant multirécidiviste radicalisé en prison était revenu depuis peu de Syrie où il avait combattu dans les rangs djihadistes. Selon sa défense, qui a parlé de « pseudo-attentat » à propos de la tuerie antisémite, Nemmouche serait le « pigeon idéal », tombé dans « un piège » tendu par les véritables instigateurs des assassinats, désireux de brouiller les pistes.

Nemmouche « brûle de pouvoir dire sa vérité »

Son avocat Sébastien Courtoy a évoqué à demi-mot l’hypothèse de la responsabilité d’agents israéliens, en décembre lors d’une audience préliminaire. Il a promis d’en dire plus devant les jurés. Pour disculper son client, Me Courtoy a assuré détenir « plus de 40 preuves » dans un large spectre : « traces de chaussures, ADN, téléphonie, enregistrements ». Quant à Mehdi Nemmouche, « il espère enfin voir son innocence reconnue » et « brûle de pouvoir dire sa vérité », a affirmé cet avocat réputé provocateur, qui a défendu dans le passé un député d’extrême droite et le polémiste Dieudonné en Belgique.

Six jours après la tuerie, Mehdi Nemmouche avait été arrêté à sa descente d’un bus à Marseille (sud de la France) en possession des armes utilisées, un revolver et un fusil d’assaut Kalachnikov. Son ADN a été retrouvé sur ce fusil d’assaut. L’enquête a aussi démontré que la veste en nylon bleue retrouvée dans ses affaires personnelles et présentant des « résidus de tir » était du même type que celle décrite par les témoins lors de l’attaque.

Des éléments « accablants » pour les parties civiles

Les parties civiles, familles des victimes et institutions juives jugent « accablants » ces éléments compilés dans les 200 pages de l’acte d’accusation. Dans un ordinateur portable que transportait Nemmouche ont été retrouvées sept vidéos de revendication de la tuerie, et les « voix off » qu’on y entend (sans image du visage) correspondent à celle de l’accusé selon plusieurs expertises.

La défense s’inscrit en faux et fera la « démonstration scientifique » que cette voix n’est pas la sienne, a assuré Me Courtoy à la chaîne francophone RTBF. A partir de mardi, Nemmouche pourrait aussi être amené à s’expliquer sur son séjour en Syrie, ses liens avec l’organisation Etat islamique et avec plusieurs protagonistes des attentats de Paris (130 morts le 13 novembre 2015) et Bruxelles (32 morts le 22 mars 2016). Il connaissait notamment le Bruxellois Najim Laachraoui, un des artificiers du 13 novembre, mort le 22 mars en kamikaze à l’aéroport de Zaventem.