Procès Barbarin: Quand le bras droit du cardinal remercie les victimes d'«avoir secoué l'Eglise»

PEDOPHILIE Il s’est adressé spontanément aux plaignants lors d’une suspension d’audience…

Caroline Girardon avec AFP

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Emmanuel Gobillard, évêque auxiliaire de Lyon (à gauche) est venu remercier les victimes du père Preynat d'"avoir secoué l'Eglise". 
JEFF PACHOUD / AFP
Emmanuel Gobillard, évêque auxiliaire de Lyon (à gauche) est venu remercier les victimes du père Preynat d'"avoir secoué l'Eglise". JEFF PACHOUD / AFP — AFP
  • L'évêque auxiliaire de Lyon est venu remercier les victimes pour leur courage et leur démarche.
  • Les plaigants, qui ont brisé le silence, tiennent leur victime.
  • Mercredi, la procureure de la République n'a requis aucune condamnation à l'encontre du cardinal Barbarin et cinq de ses collaborateurs.

Un signe de réconciliation et l’un des temps forts de la dernière journée du procès du cardinal Barbarin. Profitant d’une suspension d’audience, Monseigneur Gobilliard, le bras droit de l’archevêque de Lyon, est venu spontanément remercier les victimes.

« Merci à Alexandre d’avoir été le premier à porter plainte », commence-t-il avant de s’adresser à l’ensemble des plaignants. « Merci d’avoir permis que le procès Preynat ait lieu. Sans vous, il n’aurait pas eu lieu ». L’évêque auxiliaire, qui s’est défendu de toute forme de séance de rattrapage, s’est dit bouleversé notamment par le témoignage de Christian, mardi soir. « Cela m’a changé. Je ne suis plus le même homme ».

« Il faut que l’on change »

« Merci d’avoir secoué l’Eglise car il y a des dysfonctionnements, des difficultés. Il faut que l’on change », poursuit l’homme pour lequel « tout ne s’arrête pas là ». « Le cléricalisme, qui consiste à s’arroger un pouvoir qui est au service des autres, est un fléau pour l’Eglise. On n’est pas là pour se défendre soi-même mais pour défendre les plus petits », enchaîne-t-il face aux victimes, visiblement touchées par cette démarche.

« On ne peut que vous souhaiter que ce soit le début », répond alors François Devaux, l’un des fondateurs de la Parole Libérée, soulignant la « sincérité des mots » de son interlocuteur. « Je l’ai fait en mon nom. Personne n’est au courant », précise Emmanuel Gobilliard aux journalistes lui demandant s’il avait été envoyé par le cardinal Barbarin.

Quelle que soit l’issue du procès (le jugement a été mis en délibéré au 7 mars), les neuf accusateurs du cardinal Barbarin tiennent déjà leur victoire. « Le plus important était de pouvoir parler sans ne plus me cacher », réagissait Didier Burdet mercredi à l’issue des réquisitions. Déplorant que l’archevêque de Lyon, n’ait « pas eu un regard pour lui », il affirmait : « La condamnation importe peu ».

« Nous avons fait ce que notre conscience nous imposait de faire »

Son frère, Christian avait mardi soir, plongé le tribunal dans une profonde émotion lorsqu’il a notamment raconté les sévices imposés par le prêtre. « La main qui donnait l’eucharistie est la même que celle qui me masturbait », avait-il difficilement avoué glaçant l’assistance.

« Nous avons fait ce que notre conscience nous imposait de faire », déclarait François Devaux. Les victimes avaient cité le cardinal Barbarin et ses collaborateurs à comparaître en justice pour obtenir un procès, quelques mois après le classement sans suite de leur plainte pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs » et « mise en péril ».