Procès Barbarin: «J'ai eu ma 1ère relation sexuelle à 10 ans avec le père Preynat»... La «vie bousillée» des victimes

PROCES Les victimes du père Preynat ont témoigné mardi après-midi au deuxième jour du procès du cardinal Barbarin et de plusieurs membres de l’Eglise…

Caroline Girardon avec AFP

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François Devaux, l'un des fondateurs de la Parole libérée. Konrad / Sip
François Devaux, l'un des fondateurs de la Parole libérée. Konrad / Sip — SIPA
  • Les victimes du père Preynat ont témoigné ce mardi après-midi au deuxième jour du procès.
  • Elles ont fait faire part de leurs « vies bousillées ».
  • Elles reprochent au cardinal Barbarin et à cinq autres de ses collaborateurs ne pas avoir dénoncé ces faits auprès de la justice.

« Ma première relation sexuelle, je l’ai eue à 10 ans avec le père Preynat. » Laurent Duverger vient de lâcher une bombe. Ce jour-là, il a 21 ans et craque lorsque sa mère lui conseille d’être « prudent » avec sa petite copine. « Elle m’a répondu : "Surtout, tu n’en parles pas à ton père." Je venais de libérer des années de silence mais le couvercle s’est refermé brutalement ».

Aujourd’hui, l’homme a 50 ans et se livre sans détour sur les sévices imposés par le curé lorsqu’il était scout. Et sur l’absence de réactions de sa famille. Au deuxième jour du procès du cardinal Barbarin et de cinq autres prévenus, poursuivis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, les victimes ont pris la parole pour évoquer leurs « vies bousillées ».

«L'impossibilité de fuir »

Laurent Duverger ne se souvient d' « aucun mot prononcé » par son bourreau. En revanche, impossible d’oublier « son haleine », « cette odeur de cigare froid », « sa respiration haletante » quand le curé le tenait contre lui. Les agressions sexuelles ont duré trois ans. La dernière remonte à l’été 1982. Un « souvenir particulièrement atroce ».

« Elle est intervenue dans un bus. Il m’avait fait asseoir sur ses genoux et m’a caressé le sexe jusqu’à l’érection. A la vue de tous. J’étais humilié », témoigne-t-il. A l’époque, incapable de « mettre des mots », il comprend néanmoins que « ce n’était pas normal ». « Mais j’étais dans l’impossibilité de fuir ».

Son père apprendra la vérité bien plus tard lors d’une séance familiale en présence d’une thérapeute. « Ce jour-là, il a déclaré que, quand je l’avais annoncé, j’étais majeur ». Depuis, l’homme a rompu tout contact avec ses parents. « Je traîne ce fardeau depuis 40 ans. J’ai un devoir de responsabilité et je ne veux pas prendre le risque d’exposer d’autres enfants aux mêmes souffrances que les miennes », se justifie-t-il à la barre.

« Pour l’Eglise, combien coûte une vie bousillée ? »

« Pour l’Eglise, combien coûte une vie bousillée ? », s’interroge à son tour Christian Burdet, une autre victime du père Preynat. Dans les années 1970, le petit garçon subit les caresses, les baisers, les fellations et les masturbations de la part du curé. Il n’en parlera jamais avant 2016, pas même à son épouse. Pour lui, les faits sont prescrits. « C’est comme si j’étais atteint d’une maladie incurable, qu’on ne peut rien faire pour moi. Je vis avec cette souffrance qu’on aurait pu abréger si les faits avaient été dénoncés plus tôt », ajoute-t-il particulièrement ému.

« J’ai le sentiment que beaucoup de personnes savaient et que, à différents degrés, on se renvoie la balle. J’aurais aimé entendre pourquoi un tel pervers est resté aussi longtemps dans le circuit », enchaîne Laurent Duverger. Même incompréhension pour François Devaux, le fondateur de la Parole libérée. « On nous a mis sur le parcours d’un prédateur sexuel alors que le cardinal Renard savait. Le diocèse savait déjà alors même que nous n’étions pas nés. »

Aujourd’hui Christian Burdet avoue « croire toujours en Dieu mais plus en ces hommes d’Eglise ». S’adressant aux prévenus, Didier Burdet, son frère, lâche : « Vous dites vivre une situation difficile depuis trois ans. Moi, ça fait quarante ans que je vis dans cet isolement, cette exclusion, ce silence. J’aimerais avoir des réponses. »

Les débats reprendront mercredi à 8h45.