Attentat du musée Juif de Bruxelles: Au procès de Mehdi Nemmouche, le spectre du «complot»

TERRORISME Après le tirage au sort des 12 jurés lundi, les débats au procès de l’attentat du musée juif de Bruxelles doivent démarrer ce jeudi devant les assises belges…

Helene Sergent

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Sebastien Courtoy, l'un des avocats de Mehdi Nemmouche lors de son procès pour l'attentat du musée juif de Bruxelles, en janvier 2019.
Sebastien Courtoy, l'un des avocats de Mehdi Nemmouche lors de son procès pour l'attentat du musée juif de Bruxelles, en janvier 2019. — JOHN THYS / AFP
  • Mehdi Nemmouche, 33 ans, Français né à Roubaix, est accusé des quatre assassinats commis en mai 2014 au Musée juif de Bruxelles.
  • Il nie les faits et ses avocats défendent la thèse du « piège » et l’hypothèse de la responsabilité d’agents israéliens.
  • Une stratégie « odieuse » pour certaines parties civiles dans ce procès qui s’est ouvert lundi devant les assises bruxelloises.

Les théories complotistes vont-elles s’inviter devant la cour d’assises bruxelloise ? C’est ce que craignent certaines parties civiles à quelques heures de l’ouverture des débats au procès de Mehdi Nemmouche, renvoyé devant la justice belge pour l’assassinat en mai 2014 de quatre personnes au musée juif de Bruxelles.

Depuis quatre ans, de nombreuses thèses remettant en cause l’implication du Roubaisien circulent sur les sites les plus populaires d’extrême droite. Jusqu’ici cantonnées au web, ces hypothèses pourraient être défendues par les avocats du principal suspect.

Un « piège » et un « pseudo-attentat »

Un agent formé par les services secrets français pour lutter contre Bachar al-Assad ou un « leurre » pour justifier le meurtre de deux espions israéliens, dès son arrestation à la gare routière de Marseille...  Mehdi Nemmouche a fait l’objet d’innombrables scénarios diffusés à l’envi par des sites complotistes. Quatre ans après, l’homme qui encourt une peine de prison à perpétuité clame son innocence et nie les faits qui lui sont reprochés.

Interrogé par plusieurs journalistes à l’issue de la toute première audience qui s’est tenue lundi, l’un de ses avocats belges, Sébastien Courtoy, a déclaré : ​« C’est une épreuve pour lui évidemment d’être présent ici mais aussi une chance (…), ça fait maintenant quelques années qu’il brûle de pouvoir dire sa vérité », évoquant ensuite un « piège » tendu à son client pour commettre ce « pseudo-attentat », relate l’AFP. Selon Le Monde, les conseils de Mehdi Nemmouche auraient tenté, en vain, « d’obtenir le témoignage de plusieurs personnalités israéliennes, dont d’anciens dirigeants du Mossad et des ambassadeurs ».

Une stratégie « odieuse »

Partie civile au procès, le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) dénonce une stratégie « odieuse ». « Je suis juriste et chacun a le droit de plaider ce qu’il veut, mais en tant qu’homme et dirigeant communautaire, j’avoue que je suis écœuré, confie à 20 Minutes le secrétaire général du comité, Henri Ben Koski, nous sommes dans le complotisme le plus odieux, c’est de nouveau la faute des juifs, des Israéliens, du Mossad. C’est juste une façon de détourner la responsabilité de l’accusé. »

Pour autant cette stratégie n’a pas surpris Patrick Charlier, directeur d’Unia, agence publique de lutte contre les discriminations, autre partie civile dans ce procès et contacté par 20 Minutes. « La défense veut récuser le caractère antisémite de cet attentat, on s’y attendait. On connaît ces avocats puisqu’ils défendaient l’humoriste Dieudonné lorsqu’il a été condamné en Belgique pour incitation à la haine ».

Un risque pour la sérénité des débats ?

Si le CCOJB et l’Unia se disent « confiants » quant à la bonne tenue des débats, les attentes liées au procès restent nombreuses. « C’est le premier procès d’un suspect d’un attentat djihadiste récent et c’est le premier à plaider l’acquittement. Ce procès doit être exemplaire. Même si on est éberlué de constater que le complotisme règne en maître, nous sommes confiants. Les preuves sont nombreuses, et la thèse de la défense grossière », assène Henri Ben Koski.

Une position également défendue par Patrick Charlier : « Ce procès va être long. On a décidé de ne pas réagir à chaque provocation, même si on sait qu’elles ne devraient pas manquer. Comme dans chaque procès pour attentat, le risque de polarisation des débats est élevé et la probabilité pour que cette procédure "répare" les victimes est faible ». Le procès doit se poursuivre jusqu’au 1er mars.