VIDEO. «The Happy Prince»: «Comme Oscar Wilde, j'ai souffert de l'homophobie», confie Rupert Everett

INTERVIEW Rupert Everett raconte à « 20 Minutes » pourquoi il a réalisé « The Happy Prince », biographie d’Oscar Wilde en salle le 19 décembre…

Caroline Vié

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Rupert Everett, acteur et réalisateur de The Happy Prince
Rupert Everett, acteur et réalisateur de The Happy Prince — Wilhelm Moser/Ocean films
  • L’acteur Rupert Everett est devant et derrière la caméra pour « The Happy Prince ».
  • Il incarne un Oscar Wilde abandonné de tous à la fin de sa vie dans ce portrait poignant.
  • Rupert Everett se sent des affinités avec l’écrivain mis au ban de la société en raison de son homosexualité.

Rupert Everett avait quelque peu disparu des écrans depuis que des comédies comme Un couple presque parfait ou Le mariage de mon meilleur ami, en avait fait une star. L’acteur est de retour, devant et derrière la caméra, pour The Happy Prince, chronique de la fin de vie d' Oscar Wilde.

« J’ai longtemps essayé de produire un James Bond gay dont j’aurais été le héros mais mon coming out m’a fermé bien des portes, raconte-il à 20 Minutes en français. Comme Oscar Wilde à l’époque de The Happy Prince, j’ai souffert de l’homophobie. » L’acteur et réalisateur s’est totalement identifié à l’écrivain, errant en France et en Italie après un séjour en prison pour cause d’homosexualité.

Trainé dans la boue

« Bien sûr, je n’ai pas connu la déchéance que vécut Oscar Wilde, précise Rupert Everett, mais j’ai bien senti qu’on ne me confiait presque plus de rôles. » Il a dû batailler aussi pour monter son film. « J’ai mis plus de dix ans à monter ce projet, insiste-t-il. Pour autant, je ne le considère pas comme une œuvre militante, mais plutôt comme le portrait d’un artiste qu’on a traîné dans la boue en raison de sa sexualité. » L’indignation s’empare du spectateur devant les humiliations subies par l’auteur tentant de survivre dans la misère, tandis que sa femme l’éloigne définitivement leurs enfants.

Une question de sexualité

« Il avait été un dramaturge adulé que l’on s’arrachait et devenait subitement persona non grata uniquement parce qu’il était homosexuel », insiste Rupert Everett. Une impression de terrible gâchis émerge de cette tragédie quand on pense aux œuvres qu’Oscar Wilde aurait pu écrire si on l’avait laissé en paix. « C’est un sujet qui me poigne, reconnaît Rupert Everett. On accorde trop d’importance à la sexualité des gens. » Une scène où il est reconnu par une admiratrice est particulièrement touchante.

Une figure christique

Epaulé par des amis (parmi lesquels Colin Firth dans un petit rôle), Oscar Wilde surnage entre ses addictions et les « moments pourpres », intermèdes sexuels qu’il monnaye. « Son calvaire m’a pris aux tripes, reprend Rupert Everett. Il a su le supporter sans perdre son sens de l’humour. En ce sens, Oscar Wilde est pour moi une figure christique. » Cette passion habite son interprétation au point de faire monter les larmes aux yeux devant un destin aussi injuste, que l’acteur partage avec beaucoup de justesse.