«Gilets jaunes» à Bordeaux: Quatre mois ferme pour l’un des suspects impliqués dans le pillage de l’Apple Store de Bordeaux

PROCES Deux personnes ont été jugées ce lundi en comparution immédiate pour vol en réunion lors du pillage de l’Apple Store rue Sainte-Catherine à Bordeaux, en marge des manifestations des « gilets jaunes », samedi soir…    

Elsa Provenzano

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L'Apple Store de la rue Sainte-Catherine a été vandalisé le 8 décembre.
L'Apple Store de la rue Sainte-Catherine a été vandalisé le 8 décembre. — E.Provenzano/20 Minutes
  • Deux personnes interpellées en flagrant délit de vol après le pillage de l’Apple Store rue Sainte-Catherine, ont été jugées ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.
  • Les deux jeunes hommes ont profité de l’effraction du magasin pour voler une tablette pour l’un, une enceinte pour l’autre.
  • Les avocats ont insisté sur la nécessité de veiller à l’individualisation des peines, dans un climat social tendu.

Les images de vidéosurveillance captées devant l’Apple Store de la rue Sainte-Catherine, samedi à Bordeaux en marge de la manifestation des « gilets jaunes », ont été diffusées lors de l’audience devant le tribunal correctionnel de deux individus, poursuivis pour vols dans le magasin high-tech. De nombreux débordements ont eu lieu ce soir-là dans le centre-ville.

On y voit des individus encapuchonnés qui préparent une barricade avec des poubelles. Puis, l’un d’eux descelle un panneau de signalisation qui va être utilisé pour briser les vitres, pourtant renforcées, de la boutique.

« Ceux qui sont jugés ne sont pas les plus violents »

Pendant sept minutes, plusieurs individus s’acharnent contre les vitres jusqu’à ce que la porte principale cède. Sur les images, on voit une passante qui essaie en vain de raisonner le groupe, qui s’engouffre finalement dans le magasin, et fond sur les produits tant convoités (tablette, téléphone, enceinte etc.)

« Ceux qui sont jugés ne sont pas les plus violents », estime maître Marine Garcia, avocate d’un des deux prévenus. Seuls trois individus dont un mineur ont été interpellés après ce pillage hors normes. L’enquête se poursuit néanmoins et d’autres arrestations pourraient avoir lieu.

Sadio Kanté, 18 ans, n’a pas manifesté avec les « gilets jaunes », il raconte qu’il était « bloqué » en ville car il n’y avait plus de bus ni de tram et qu’il est passé devant le magasin alors que les casseurs avaient réussi à pénétrer à l’intérieur de l’Apple Store. Il profite de l’aubaine pour rentrer et voler une tablette, le seul objet laissé par les pilleurs qui l’ont précédé. « Je n’aurais pas dû suivre le mouvement », regrette-t-il à l’audience.

« Des barbares »

Ce sont des « faits tout à fait exceptionnel, estime Marie-Madeleine Alliot, procureur de la République, dans son réquisitoire. On parle du pillage d’un magasin en plein centre-ville, un samedi soir à Bordeaux ». Elle souligne que pendant les vols, le gérant et trois salariés se trouvaient à l’intérieur. Elle n’hésite pas à qualifier les auteurs des faits de « barbares ».

L’avocate du jeune homme, maître Nathalie Noël, souligne qu’il faut s’en tenir à ce que son client a fait, or il n’a pas participé aux dégradations et il n’a pas de casier ni d’antécédent. Le tribunal a néanmoins décidé de le condamner à dix mois de prison dont six mois avec sursis, et a prononcé un mandat de dépôt, afin qu’il aille directement en prison.

« On demande du chiffre »

« Le dernier con qui est rentré tout seul, c’est moi », lance le second prévenu, Julien Laurière, 32 ans, qui a de sérieux problèmes de santé. Alors que tous les pilleurs ont décampé, il passe devant le magasin avec son frère et rentre seul à l’intérieur pour y dérober une enceinte. « Pourquoi j’ai pris ça alors que mon téléphone est un Samsung, je ne sais même pas », commente-t-il à l’audience.

« On demande du chiffre et on demande que la juridiction soit sévère, a dénoncé maître Marine Garcia, son avocate, craignant que son client pâtisse du contexte social électrique. La justice, c’est aussi la justesse et l’individualisation des peines ».

Il a été condamné à un an d’emprisonnement avec six mois de sursis sans mandat de dépôt. Les six premiers mois feront l’objet d’un aménagement à l’appréciation du juge d’application des peines.