«Gilets jaunes»: Un carrossier, un plaquiste, un campagnard mais pas de casseur au tribunal

PROCES Les premiers « gilets jaunes » arrêtés, samedi à Paris, sont passés en comparution immédiate, ce lundi…

Vincent Vantighem

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Paris, le 08 décembre 2018. Des
Paris, le 08 décembre 2018. Des — Sameer Al-Doumy / AFP
  • Le tribunal de Paris a jugé les premiers « gilets jaunes » arrêtés samedi.
  • Ils n’ont pas le profil de casseurs ni de militants d’extrême gauche ou d’ultradroite.
  • Le parquet a indiqué que 494 procédures sur un millier environ ont été classées sans suite.

D’un côté, il y a les images terribles qui tournent en boucle. Les barricades enflammées, les voitures retournées, les magasins saccagés, les pavés descellés… De l’autre, il y a les prévenus qui ont défilé, lundi, devant les cinq chambres du tribunal correctionnel de Paris, siégeant en comparution immédiate. Et un après-midi suffit à se rendre compte qu’il y a un sérieux décalage entre les faits les plus graves et les premiers hommes à être jugés, deux jours après « l’acte 4 » des « gilets jaunes ».

Comme Valentin, 22 ans. Quand son air poupin et son tee-shirt rouge sang à l’effigie du Che Guevara pénètrent dans le box de la chambre 24-01, on se dit qu’on tient peut-être l’un des militants d’extrême gauche recensé, dimanche, par le procureur de Paris parmi le millier de personnes interpellées.

Mais Valentin ouvre la bouche. Et on comprend bien vite qu’il y a une erreur de casting. Carrossier peintre à 1.150 euros par mois, il vit chez ses parents au Pailly (Haute-Marne) et trompe l’ennui en picolant « un peu trop avec ses amis ». C’est d’ailleurs peut-être en raison de son alcoolémie (0,85mg / litre d’air expiré) qu’il a été attrapé alors qu’il faisait partie, selon le rapport de police, d’une « nébuleuse hostile de 400 personnes ». Il reconnaît avoir jeté la grenade lacrymogène qu’il venait de recevoir. « Pourquoi ? », lui demande le tribunal. « Parce que je suis nul, j’aurais pas dû… », répond-il penaud.

Pas vraiment un discours politique. Pas vraiment un profil de casseur. Il est condamné à 60 jours-amendes de 20 euros. Son avocate lui indique qu’il y a une ristourne de 20 % pendant un mois. Et son sourire suffit alors à comprendre qu’on ne l’y reprendra plus de sitôt à manifester.

Xavier faisait « le kéké » en début de cortège

Vient alors le tour de Xavier. Né en 1992, il exerce la profession de « plaquiste de base ». Sauf qu’il n’a plus de boulot depuis deux mois. Il est donc venu manifester à Paris. Et il le reconnaît aisément, il faisait « le kéké » en début de cortège. Jusqu’au moment où il a pris un « coup » dans les flottantes. Il a alors saisi le premier truc qui lui est tombé sous la main. Un caillou ? Même pas. Plutôt de l’agglomérat de macadam. Bien sûr, il l’a jeté sur les CRS. Bien sûr, il s’est fait attraper.

Même exercice de contrition que son prédécesseur. « Je regrette mon geste. Les "gilets jaunes", c’est quand même un mouvement… noble. En raison de ce que j’ai fait, ça décrédibilise le mouvement et tout. » Pas vraiment de revendication politique. Ses antécédents conduisent le tribunal à le condamner à deux mois de prison ferme. Mais sans mandat de dépôt, il ressort libre du palais de justice.

« La prochaine fois, je resterai dans ma campagne… »

Dans les autres chambres du palais de justice, les profils des « gilets jaunes » ne sont pas plus radicaux. La 24-02 abrite un jeune homme dont le duvet trahit la jeunesse. « Je vais vous dire, je voulais juste voir. Je travaille, je n’ai pas de problème d’argent. La prochaine fois, je resterai dans ma campagne ! » Deux étages plus bas, dans la 23-03, il y a bien un homme arrêté avec « un bâton télescopique », « une bombe lacrymogène » et « deux cagoules ». Mais, venu de Montpellier (Hérault), il explique qu’il a embarqué tout ce matériel « à cause de tout ce que l’on voit à la télé »….

Toujours aucune trace de militants de l’ultradroite. Ni de ceux d’extrême gauche. Même Julien Coupat, présenté comme le leader du groupe dit « de Tarnac », a été relâché après un rappel à la loi. Si le parquet a classé sans suite 494 procédures depuis samedi, il ne serait pas surprenant de voir les dossiers les plus lourds arriver petit à petit devant le tribunal, à partir de mardi. Lundi soir, un homme avait ainsi bien du mal à expliquer, devant la chambre 23-01, pourquoi il avait deux lance-pierres et un sac de billes dans son sac à la fin de la manifestation. Reconnaissant avoir lancé une dizaine de billes sur les CRS, il a imploré le tribunal de ne pas l’envoyer en prison. « Je ne sais pas ce qui m’a passé par la tête à faire ça… Franchement… » Le procureur a requis huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt à son encontre. La décision a été mise en délibéré.

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