Toulouse: Drogues, dettes et «Breaking Bad»… le meurtre d’Eva Bourseau jugé aux assises

PROCES Le procès des meurtriers présumés d’Eva Bourseau, tuée en juillet 2015 à Toulouse, débute ce lundi pour quinze jours devant la cour d’assises de la Haute-Garonne…

Beatrice Colin

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Des officiers de police devant l'immeuble à Toulouse, le 4 août 2015, lieu où a été retrouvé le cadavre décomposé d'une jeune femme, placé dans une malle en plastique
Des officiers de police devant l'immeuble à Toulouse, le 4 août 2015, lieu où a été retrouvé le cadavre décomposé d'une jeune femme, placé dans une malle en plastique — STRINGER AFP
  • Le 3 août 2015, le corps d’Eva Bourseau, une jeune femme de 23 ans, est découvert dans une caisse en plastique, baignant dans de l’acide.
  • La jeune femme est morte quelques jours plus tôt, dans la nuit du 25 au 26 juillet 2015, tuée par deux connaissances avec qui elle avait passé la soirée.
  • Ce lundi, le procès de Taha et « Zak », les deux étudiants, auteurs présumés du meurtre, débute devant les Assises de la Haute-Garonne.

Le 3 août 2015, les pompiers toulousains pénètrent dans un appartement de la rue Merly en passant par une fenêtre de toit. Une fois à l’intérieur, ils découvrent avec horreur un corps en décomposition, baignant dans une caisse en plastique remplie d’acide.

Il s’agit de celui d’une jeune femme de 23 ans, Eva Bourseau, dont la mère a averti les secours, faute d’avoir eu de ses nouvelles depuis plusieurs jours.

Deux jours après la macabre découverte, un jeune homme va se présenter aux enquêteurs en leur indiquant qu’il connaît l’auteur du meurtre, un certain Zakariya Banouni, et qu’il l’a aidé à maquiller son crime.

Inspiré de Breaking Bad

Mais Taha Mrani Alaoui est loin d’avoir dit toute la vérité aux policiers. Et d’audition en audition​, c’est une tout autre version qu’il va livrer.

Ce lundi, les deux jeunes hommes comparaissent devant les assises de la Haute-Garonne. Anciens étudiants décrits comme brillants, ils devront expliquer aux jurés pourquoi dans la nuit du 25 au 26 juillet 2015, ils auraient tué leur copine Eva, une jeune femme pétillante, chez qui ils venaient de passer la soirée. Et avec qui ils se droguaient.

Et comment, Taha, inspiré par ses cours de classe prépa et la série Breaking Bad, aurait proposé à son acolyte de faire disparaître le corps de la jeune femme dans un bain d’acide chlorhydrique. Selon leurs aveux, cette idée, Taha l'aurait présentée à « Zak » le jour même du meurtre, juste après s’être rendu à l’agence immobilière pour régler ses impayés de loyer avec l’argent volé dans l’appartement de leur victime.

Un motif crapuleux

Car c’est bien un motif crapuleux qui aurait guidé leur sinistre dessein. Empêtrés dans des dettes contractées pour acheter leurs doses, les deux jeunes hommes sont accusés d’avoir frappé leur amie.

Selon l’enquête, c’est bien « Zak » qui lui a donné les premiers coups avec un poing américain. Taha, lui, est accusé d’avoir poursuivi la sale besogne en la frappant avec un pied-de-biche parce qu’il ne trouvait pas l’argent liquide qu’ils étaient venus chercher. Un coup fatal pour Eva Bourseau. Ensuite ils se seraient employés à effacer leurs traces, en allant acheter des bidons d’acide au supermarché du coin.

Au cours de l’instruction, ils vont raconter qu’entre le moment où ils assènent des coups mortels à la jeune femme et celui où les pompiers font la macabre découverte, ils étaient « en dehors de toute réalité, sous l’effet de produits stupéfiants ». Sans aucune empathie diront les psychologues qui les ont examinés.

Descente dans l’enfer de la toxicomanie

Certainement un des effets de la drogue. Dans leurs analyses toxicologiques, les enquêteurs ont retrouvé de la cocaïne, de la kétamine, du cannabis, des amphétamines et de la MDMA.

Un cocktail qu’ils consommaient depuis des mois, poussant irrémédiablement ces étudiants doués dans le monde de la toxicomanie. « Je crois qu’ils avaient l’un et l’autre une attitude très morbide, ce sont deux jeunes complètement perdus à un moment donné de leur vie », explique l’un des avocats de Taha, Maître Pierre Alfort.

Le procès doit durer quinze jours, pour un verdict attendu le 21 décembre.