Paris, le 24 novembre 2018. Un policier donne un coup de pied pour envoyer une grenade vers des personnes mobilisées dans le cadre du mouvement des «gilets jaunes».
Paris, le 24 novembre 2018. Un policier donne un coup de pied pour envoyer une grenade vers des personnes mobilisées dans le cadre du mouvement des «gilets jaunes». — Michel Euler/AP/SIPA

SÉCURITÉ

«Gilets jaunes»: Des manifestants déposent plainte après avoir été victimes de grenades GLI-F4

Les avocats de trois hommes victimes de grenades lors des heurts à Paris ont annoncé leur intention de déposer plainte…

  • Des hommes assurent avoir été victimes de grenades GLI-F4 lors des heurts.
  • Dotées de 25 grammes de TNT, ces grenades font plus de bruit qu'un avion au décollage.
  • Leurs avocats réclament l'abrogation du décret autorisant leur utilisation.

Gabriel a eu « la moitié de la main arrachée » et le visage « criblé de bouts de plastique et de métal ». Philippe, lui, porte des impacts sur « toute la zone pulmonaire et cardiaque ». Quant à Ulrich, il « lui faudra du temps avant de marcher à nouveau normalement ».

Ces trois hommes ont annoncé, jeudi par la voix de leurs avocats respectifs, leur intention de déposer plainte contre X pour les violences qu’ils assurent avoir subies de la part des forces de l’ordre lors des échauffourées qui ont eu lieu à Paris les 24 novembre et 1er décembre,en marge du mouvement des « gilets jaunes ». Tous les trois assurent avoir été la cible de jets de grenades.

Alors que l’Élysée redoute une « grande violence » lors de « l’acte 4 » de la mobilisation prévu samedi, l’avocat Arié Alimi n’a pas eu peur de mettre un peu plus d’huile sur le feu. « On n’est pas là pour culpabiliser, lâche-t-il. Mais il faut que chaque gendarme, que chaque CRS ait à l’esprit qu’il a un risque de blesser, de tuer ou de mutiler un civil. Et qu’il peut être poursuivi et jugé pour cela… »

« Gabriel a pris la grenade pour protéger son frère et son cousin »

Et même encourir une lourde peine de réclusion criminelle. Aïnoha Pascual, l’avocate de Gabriel, a, en effet, indiqué qu’elle avait déposé plainte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une infirmité permanente ». Des faits passibles de la cour d’assises.

La mère de Gabriel, qui l’accompagnait ce jour-là sur les Champs-Élysées, les a racontés à Médiapart, le 27 novembre. « Alors que nous avancions, les garçons ont vu un truc tomber. Ils se sont baissés, mais Gabriel a pris la grenade pour protéger son frère et son cousin. […] J’ai vu mon gamin avec la main arrachée. J’ai vu les os de sa main. C’était comme dans une guerre. »

Dix jours plus tard, son avocate n’a plus exactement la même version. « Gabriel n’a pas dû ramasser la grenade sinon il aurait eu toute la main arrachée, répond-elle à ce propos à 20 Minutes. Il dit qu’il ne l’a pas eue en main. En fait, il ne s’en souvient plus. On ne sait pas exactement ce qu’il s’est passé. »

25 grammes de TNT et plus de bruit qu’un avion au décollage

Pour faire officiellement la lumière sur l’affaire, les avocats ont donc réclamé, ce jeudi au parquet de Paris, la nomination de plusieurs juges d’instruction. Mais ils assurent qu’ils connaissent déjà les coupables. Selon eux, Philippe a été victime d’une grenade de désencerclement. Gabriel et Ulrich, eux, auraient été touchés par une GLI-F4.

Derrière ce nom de code technique se cache une grenade aux effets dévastateurs. Pointée du doigt depuis longtemps pour sa dangerosité, la GLI-F4 contient 25 grammes de TNT, du gaz lacrymogène et fait plus de bruit en explosant qu’un avion au décollage (165 décibels). Elle est utilisée dans les cas extrêmes soit pour permettre à un groupe de CRS de manœuvrer ou de décrocher. Ou quand un groupe de manifestants se montre trop menaçants et que les grenades « classiques » sont inefficaces.

« Nous demandons officiellement aux autorités d’abroger le décret permettant l’utilisation des GLI-F4, poursuit Aïnoha Pascual. Que ce soit sur la zone à défendre de Bure (Meuse) ou à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), cette grenade a déjà fait beaucoup de blessés… »

Macron déjà pris à partie par un étudiant sur le sujet

En visite à Bruxelles (Belgique), le 20 novembre, Emmanuel Macron a même été pris à partie par un étudiant belge qui lui a rappelé qu’il était le seul chef d’État en Europe à utiliser ce matériel contre sa propre population. « Alors là, vous dites n’importe quoi ! », avait simplement répondu le président de la République.

Lors des heurts du 1er décembre, les CRS auraient pourtant, selon Le Parisien, utilisé près de 10.000 grenades dont 339 GLI-F4 dans les rues de Paris. « Beaucoup de Français participaient à leur première manifestation à cette occasion, se désole l’avocat Raphaël Kempf. Et ils se sont rendu compte à ce moment-là que l’État pouvait être violent. » Son confrère, Arié Alimi, ajoutant : « Et qu’il pouvait utiliser contre eux des armes de guerre. »