Au procès de Jawad Bendaoud, il ne reste plus qu’un peu de folie et beaucoup de tristesse

PROCES Jawad Bendaoud est jugé en appel, depuis le 21 novembre, pour avoir logé deux des terroristes du 13-Novembre…

Vincent Vantighem

— 

Le procès en appel de Jawad Bendaoud se tient jusqu'au 21 décembre 2019
Le procès en appel de Jawad Bendaoud se tient jusqu'au 21 décembre 2019 — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Le procès en appel de Jawad Bendaoud s’est ouvert le 21 novembre.
  • Relaxé en première instance, il encourt une peine de six ans de prison.
  • Au fil des audiences, un étrange sentiment de tristesse a empli le prétoire.

Le président venait de suspendre l’audience dans une relative torpeur. Et chacun semblait se satisfaire qu’elle se fût, cette fois, déroulée sans heurt, éclat de voix et crachat par terre. Sans même une petite insulte. Quand une avocate des parties civiles traversa prestement la salle des pas perdus, sa cliente en pleurs sous le bras. « Jawad vient de la menacer de mort. Il lui a dit qu’il savait où elle habitait à Saint-Denis, qu’il allait s’occuper d’elle… »

En entendant cela, Xavier Noguéras, l’avocat de Jawad Bendaoud, ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux. « Mais c’est pas vrai ! Les gendarmes étaient présents et n’ont pas daigné intervenir ! Jawad est même reparti tranquillement chez lui. Mais on va encore en parler pendant des heures… » Impossible de savoir qui dit vrai. Mais l’épisode illustre bien à quel point le procès en appel de Jawad Bendaoud rend fous tous ceux qui s’en approchent.

« Tous les matins, je vois les 18 impacts de boulons sur mon corps »

Ce mercredi matin, c’était donc Sarah Z..Serveuse dans un restaurant proche du stade de France, elle est venue à la barre raconter comment elle avait été soufflée par l’explosion d’un des kamikazes, le 13 novembre 2015, alors qu’elle servait un café en terrasse. « Tous les matins, je me lève et je vois la cicatrice sur mon front. Je vois les 18 impacts de boulons sur mon corps. J’ai 26 ans mais j’en fais 40. Ne laissez pas en liberté les personnes comme ça ! »

Assis sur un banc juste à côté, Jawad Bendaoud n’a sans doute pas compris qu’elle parlait de lui à travers le pronom « ça ». Quand bien même, il aurait sans doute répété, encore, qu’il n’a rien à voir avec ces « bâtards de terro » et qu’il ignorait que les deux personnes qu’il a hébergées dans son squat, le 17 novembre 2015, pour « 50 balles », étaient deux des djihadistes ayant ensanglanté la France quatre jours plus tôt.

Le seul être vivant que Jawad retrouve le soir, c’est son chien

Les visions de Sarah – comme de toutes les victimes – et de Jawad sont forcément irréconciliables. Touchée dans sa chair, la première espère que le second sera châtié pour les actes de tous les terroristes du 13-Novembre. Jawad Bendaoud, lui, rappelle à l’envi que rien dans le dossier ne prouve qu’il était de mèche avec les djihadistes. Et qu’il use pour cela des « wesh » et des « nanani » n’y change rien.

Jeudi dernier, chose rare, il s’en est tout de même excusé auprès de l’avocate générale qu’il houspillait. « Faut me comprendre. Moi, j’ai déjà passé 27 mois à l’isolement en prison. Cela m’a rendu fou. On est des animaux en cellule. Je ne veux pas y retourner. Je joue ma vie ici. Vous, ce soir, vous allez retrouver votre mari comme si de rien n’était… »

Le soir, Jawad, lui, ne rejoint personne. Un tour sur le réseau social Snapchat suffit à s’en rendre compte. Le prévenu se filme en permanence. On le voit acheter des Kinder à Franprix, faire du scooter sans casque à Saint-Denis et de la publicité pour des montres de contrefaçon. Mais le seul être vivant qu’il retrouve, c’est son chien.

Capture d'écran du compte SnapChat de Jawad Bendaoud.
Capture d'écran du compte SnapChat de Jawad Bendaoud. - JAWAD BENDAOUD

Même Georges Salines ne s’est pas présenté à la barre

Trois ans après les attentats, c’est donc surtout un sentiment de tristesse qui se dégage désormais de toute cette affaire. Les avocats qui se poussaient du col il y a encore quinze jours pour se montrer devant les caméras ont déserté les lieux. Les caméras aussi d’ailleurs. Les trois salles d’audience mobilisées pour retransmettre les débats sont clairsemées, pour ne pas dire vides.

Même Georges Salines, connu pour avoir fondé l’une des principales associations de victimes du Bataclan, ne s’est pas présenté, mercredi, à la barre pour témoigner. « Personne ne m’avait prévenu, se défend-il au téléphone auprès de 20 Minutes après l’audience. De toute façon, moi, c’est le prochain procès qui m’intéresse… »

Celui de Salah Abdeslam, le seul survivant des commandos du 13-Novembre. Mercredi, quelques avocats ont justement commencer à en deviser tranquillement. « Ça va être un de ces bordels… », pronostiquait déjà l’un d’eux. Comme si Jawad Bendaoud qui encourt une peine de six ans de prison n’avait déjà plus d’importance.

Suivez ce procès sur le compte Twitter de notre journaliste : @vvantighem