Nantes: Neuf trafiquants de civelles devant la justice, l'«or blanc» qui rapporte des milliers d’euros

BRACONNAGE Des membres d'un trafic international de ces bébés anguilles sont jugés à partir de ce mercredi et pour trois jours à Nantes...

Julie Urbach

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Des civelles pêchées à Saint-Nazaire (illustration).
Des civelles pêchées à Saint-Nazaire (illustration). — JS Evrard/Sipa
  • Les civelles, appelées «or blanc», font l'objet d'un marché noir alors que leur pêche est très réglementée.
  • En 2016, un gros coup de filet avait été fait par les gendarmes de Loire-Atlantique, avec le démantèlement d'un réseau entre la région nantaise et le Pays basque espagnol.

C’est une bande « particulièrement bien organisée », avec « des pêcheurs », « des comptables », « des transporteurs », selon une source judiciaire. Ce mercredi et pendant trois jours, le tribunal correctionnel de Nantes va se pencher sur un trafic très lucratif. Il ne s’agit pas de drogue mais de civelles, ces bébés anguilles revendus à prix d’or et dont la pêche est extrêmement réglementée.

Lors du coup de filet réalisé par les gendarmes de Loire-Atlantique, en 2016, le préjudice avait été estimé à « plusieurs centaines de milliers d’euros ».

Des livraisons illégales

Neuf personnes, âgées entre 24 et 67 ans (dont des membres d’une même famille), sont soupçonnées de commerce d’espèces protégées depuis 2013, mais aussi de recel, de travail dissimulé et de blanchiment d’argent. Les trafiquants, qui agissaient sur les rives de Loire le plus souvent de nuit, auraient organisé des livraisons illégales depuis Sainte-Luce-sur-Loire à une société du Pays basque espagnol.

Au cours de chacun de voyages, 100 à 150 kg de civelles étaient livrés pour être revendus dans le monde entier. Appelés aussi « or blanc », ces alevins de 5 ou 6 cm sont vendus en France à 200 ou 300 euros le kilo. Un prix qui serait multiplié par dix en Asie, où l’on consomme ces poissons une fois adultes.

L’anguille en péril

« C’est une affaire importante car il est rare que toute une filière, avec autant de ramifications, soit aussi bien identifiée, réagit Benjamin Hogommat, juriste chez France nature environnement Pays de la Loire, qui s’est constituée partie civile avec d’autres associations. En matière de biodiversité, ces trafics mettent en péril la vie de l’anguille, dont la population a fortement baissé ces dernières décennies. Il faut qu’un message soit envoyé car le trafic ne faiblit pas, au contraire. »

A Nantes, le tribunal correctionnel a l’habitude de consacrer une audience par an à ces pêcheurs illégaux, qui écopent en général d’amendes. Mais les braconniers sont de plus en plus dans le viseur des autorités, qui voient dans ce phénomène un « nouveau trafic de stups ». A Bordeaux, un homme a été condamné à deux ans de prison en mai, après d’autres peines de prison ferme déjà prononcées en France les mois précédents. Un autre trafic international, impliquant 13 personnes entre Loire-Atlantique et Vendée, a été démantelé en avril.