«Gilets jaunes»: «Je ne m’identifie pas à cette violence»… Trois mois ferme pour deux jeunes impliqués au Puy-en-Velay

PROCES Trois hommes ont été jugés en comparution immédiate, ce lundi au Puy-en-Velay (Haute-Loire), pour leur rôle dans les débordements samedi avec les « gilets jaunes », et notamment dans l'incendie de la préfecture…

Au Puy-en-Velay, Jérémy Laugier

— 

Le palais de justice du Puy-en-Velay, ce lundi avant la comparution de trois prévenus arrêtés durant la manifestation des « gilets jaunes » de samedi.
Le palais de justice du Puy-en-Velay, ce lundi avant la comparution de trois prévenus arrêtés durant la manifestation des « gilets jaunes » de samedi. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Parmi les débordements les plus violents de la manifestation des «gilets jaunes» samedi en France, l'incendie de la préfecture de Haute-Loire a marqué les esprits.
  • Parmi les 12 personnes interpellées au Puy-en-Velay, trois d'entre elles ont été jugées ce lundi en comparution immédiate.
  • Deux jeunes de 19 et 25 ans ont écopé de trois mois de prison ferme.

« C’est l’expression du jour, ''je n’ai pas réfléchi''. » Le président du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay, André-Frédéric Delay a glissé cette formule pour conclure le passage de trois prévenus, jugés ce lundi après les débordements ayant marqué la manifestation des « gilets jaunes », samedi dans le chef-lieu de la Haute-Loire. Durant plus de 3h30 de comparutions immédiates, il y a eu un sérieux décalage entre les scènes de « violence extrême » ayant débouché sur l’incendie de la préfecture et les profils naïfs des trois intéressés.

Deux d’entre eux, âgés de 19 et 25 ans, ont été condamnés à trois mois ferme, sans mandat de dépôt. Le cas du troisième prévenu a été renvoyé au 7 janvier. « Parmi les 12 interpellations effectuées samedi, le choix a été fait de n’en présenter que trois. C’est bien le signe que nous ne sommes pas dans la poursuite émotionnelle », a pourtant insisté le substitut du procureur Alexandre Constant.

« Vous allez griller comme des poulets »

Appelé à témoigner par le président du tribunal correctionnel, le préfet de la Haute-Loire Yves Rousset a dressé un tableau assez glaçant des scènes de chaos qu’il a pu vivre de l’intérieur de la préfecture samedi. 

Les jets d’acétone et de pavés de plus de 10 kg sont faits pour tuer. L’un d’eux a d’ailleurs brisé en deux un casque de CRS. Il s’agissait d’assauts d’une violence inouïe. Il y avait chez certains manifestants la volonté de tuer. Ils ont délibérément mis le feu au bâtiment en criant ''Vous allez griller comme des poulets''. Certains ont même empêché les pompiers d’intervenir. C’était une situation pré-insurrectionnelle et je mesure bien mes mots. »

« J’ai été gazé et j’ai exprimé mon mécontentement »

Au total, 28 personnes ont été blessées parmi les forces de l’ordre, avec des dégâts matériels estimés « entre 500.000 euros et 1 million d’euros » au niveau de la préfecture de la Haute-Loire. Comment Paul, un timide étudiant en BTS mécanique de 19 ans, sans casier judiciaire, s’est-il mis à jeter des objets puis à s’introduire dans la préfecture en escaladant la grille ? « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Je n’avais aucun but. C’est l’effet de foule, j’ai été très débile si je puis dire », confie à la barre le jeune homme en jean et tee-shirt, très marqué par ses 48 heures de garde à vue.

Il l’assure, il a seulement jeté « deux tubes de drapeaux en PVC dans la cour, sans viser les forces de l’ordre ». Une version différant nettement du témoignage rédigé par un policier qui l’a identifié comme utilisant « des projectiles conséquents ». « J’ai été ''gazé'' et j’ai exprimé mon mécontentement, poursuit Paul. Je ne m’identifie pas à cette violence, je n’étais pas moi-même, j’étais complètement déconnecté. »

Située sur la place du Breuil, juste à côté du palais de justice, la préfecture de Haute-Loire garde d'importantes traces de l'incendie de samedi soir.
Située sur la place du Breuil, juste à côté du palais de justice, la préfecture de Haute-Loire garde d'importantes traces de l'incendie de samedi soir. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Un homme ivre menace de brûler un centre d’hébergement

L’étudiant originaire du Puy-en-Velay, actuellement en alternance au Mans, s’est pris la tête à deux mains lorsque le procureur a prononcé le mot « emprisonnement » (« 12 mois dont six avec sursis et un mandat de dépôt »). Il s’est même agenouillé, les yeux humides, quelques minutes plus tard, en écopant bien de prison ferme (trois mois plus neuf avec sursis) mais sans mandat de dépôt.

Jordan, un homme sans emploi de 25 ans, ancien SDF et sujet à l’alcoolisme, a lui aussi écopé de trois mois ferme (sur une peine de six mois). Sans rapport direct avec la manifestation des « gilets jaunes », il a menacé de faire « cramer » un centre d’hébergement et de réinsertion sociale du Puy-en-Velay. Ivre samedi soir, et sans gilet jaune, il s’en est pris au veilleur de nuit des lieux en le blessant légèrement et a jeté des cailloux sur les vitres.

Objets et acétone jetés sur deux policiers

« Je pense que vous décrochez le pompon en matière de stupidité », lui lâche André-Frédéric Delay, comme agacé par l’enchaînement de ces profils socialement perdus. C’est également le cas du dossier le plus lourd de la journée, à savoir un animateur en Ehpad de 44 ans présentant deux antécédents dans des affaires de stupéfiants. Il lui est reproché d’avoir jeté objets et acétone sur deux policiers, et d’avoir attisé avec de l’huile, le feu allumé contre les grilles de la préfecture. Son avocate a réclamé un renvoi, qui aura lieu le 7 janvier, notamment afin de soumettre ce quadragénaire « bipolaire » à une expertise psychiatrique.

Comme l’a évoqué durant sa plaidoirie Alexandre Olivain, avocat de Paul, « il ne s’agit pas de sanctionner tout ce qu’on a pu voir sur la manifestation des "gilets jaunes" mais un jeune sans casier ne reconnaissant pas de faits de violence ». La problématique centrale était bien là ce lundi pour le tribunal correctionnel, conscient que les principaux coupables du chaos provoqué samedi sont toujours en liberté.