Paris: Dix pompiers jugés pour des agressions sexuelles et violences présumées pendant un bizutage

PROCES Dix pompiers de la prestigieuse équipe de gymnastiques sont jugés à Paris pour des bizutages violents...

Caroline Politi

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Dix anciens membres des sapeurs pompiers de Paris comparaissent pour des violences volontaires et agressions sexuelles.
Dix anciens membres des sapeurs pompiers de Paris comparaissent pour des violences volontaires et agressions sexuelles. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Dix membres de la Spéciale, la prestigieuse unité de gym des pompiers de Paris, comparaissent ce lundi pour agression sexuelle, violences volontaires et non-dénonciation de crime ou délit.
  • Ils reconnaissent avoir participé à un bizutage mais nient tout caractère violent. 

C’est le procès d’une « tradition », d’un « passage obligé » ou d’un « mauvais moment à passer pour être bien intégré » qui s’ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. En d’autres termes, celui d’un bizutage en bon et due forme dans l’un des corps les plus select de la brigade des sapeurs pompiers de Paris : sa prestigieuse équipe de gymnastique, surnommée la Spéciale. Il y a plus de six ans, deux anciens membres, alors âgés de 23 et 21 ans, ont porté plainte pour des violences et un viol qui aurait été commis au cours d’un rite d’initiation. Tous deux s’étaient vus prescrire quatre et cinq jours d’incapacité totale de travail.

« Ce procès, ils l’attendent avec impatience mais il y a également une forme d’appréhension, confie leur avocat, Me Nicolas Cellupica. Dans cette affaire, ils ont toujours été seuls contre tous. Ils espèrent, qu’au terme de ces quinze jours d’audience, leur statut de victime sera enfin reconnu. » Si la qualification de viol a finalement été abandonnée, trois membres de cette unité militaire comparaissent pour agressions sexuelles, cinq pour violences volontaires en réunion et deux autres pour non-empêchement d’un crime ou délit.

Bizutage dans le « Bronx »

Les faits dénoncés remontent au 6 mai 2012, dans le bus qui ramène la Spéciale d’une démonstration à Colmar. Les sapeurs-pompiers de première classe M. et J. le savent, ils n’échapperont pas à un bizutage en règle. On leur arrachera le slip, on leur donnera des fessées et on leur mordra l’arrière-train. Comme le veut la tradition. M. est le premier à s’approcher de l’arrière du bus, territoire des « anciens », surnommé le « Bronx ». Mais, assure-t-il, les violences sont plus importantes qu’escomptées. Il reçoit un coup de genou dans l’arcade sourcilière, les morsures le font tellement souffrir qu’il affirme que l’un de ses « camarades » lui a donné une bouteille en plastique à mordre – ce que tous nient. Reste que plusieurs d’entre eux ont vu la jeune recrue regagner sa place en pleurant, prostré dans le bus.

Son collègue, pourtant sur le point d’être évincé de l’équipe, lui succède. Lors de son audition, il confie s’être senti « obligé d’y passer (…) puisque tout le monde y passe un jour ». Après l’avoir « fessé », mordu jusqu’au sang, on le laisse aller se rasseoir mais furieux, il insulte les anciens, leur fait des doigts d’honneur. Des provocations qu’il justifie comme une « manière de se défouler de ce qu’il venait de se passer ». Les anciens voient, au contraire, le comportement d’une « grande gueule » et le rappellent à l’arrière du bus. C’est à ce moment-là que le sapeur-pompier affirme avoir été violé, digitalement d’abord puis avec le goulot d’une bouteille. Une vidéo a été prise mais les faits, faute d’être suffisamment étayés, ont été requalifiés en agression sexuelle.

« Bizutage » ou « chahutage »

« Mes clients espèrent une prise de conscience pendant le procès, affirme Me Nicolas Cellupica. Qu’enfin, les prévenus admettent que les faits sont graves et relèvent d’une qualification pénale ». Au cours de l’instruction, beaucoup ont reconnu avoir participé au bizutage mais nié sa dimension violente ou une quelconque volonté d’atteinte à l’intégrité. « Il y a beaucoup d’incompréhension, confient Mes Lee Takhedmit et Célandine Rigoulot, avocats d’un des dix mis en cause. Ils ont participé à une tradition presque centenaire et ont été traînés dans la boue. »

Certains ont également avancé l’idée que les plaintes relèveraient d’un plan échafaudé par J. pour « avoir son affectation » alors qu’il était sur le point d’être remercié de l’équipe. Un SMS troublant a été retrouvé dans le portable d’un de ses amis. « Pas un mot sur ce que j’ai pu vous dire sur la pression que je vais mettre au chef pour avoir ma caserne. » Lui a toujours nié. « Mon client récuse fermement l’interprétation qui a été donnée de ce message, il aura l’occasion de s’en expliquer pendant le procès », précise son conseil.

La Spéciale dissoute, les protagonistes poussés vers la sortie

Tout au long des investigations, les mis en cause n’ont eu de cesse de minimiser les faits, préférant d’ailleurs le terme « chahutage » à celui de bizutage, assurant qu’il s’agissait d’une tradition basée sur le volontariat. Reste que tous ou presque s’y sont pliés. Plusieurs ont même confié avoir été victimes de violences similaires. L’un a été « brûlé par une cigarette au niveau des fesses » à trois ou quatre reprises, un autre suggère avoir été lui-même victime d’un viol pendant ce « rite initiatique ».

l’affaire a déjà eu raison de la Spéciale. Et avant même le jugement, les mis en cause ont été poussés vers la sortie… tout comme les plaignants. « Ils ont été réformés l’an dernier et sont à la recherche d’un travail », affirme leur avocat.