Jean-Marie Le Pen sera-t-il condamné après ses propos sur les homosexuels?

PROCES Lors du procès devant le tribunal correctionnel début octobre, le parquet de Paris avait requis 8.000 euros d'amende avec possibilité d'emprisonnement en cas de non-paiement...

20 Minutes avec AFP

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Jean-Marie Le Pen à Marignane, le 31 mai 2017.
Jean-Marie Le Pen à Marignane, le 31 mai 2017. — Franck Pennant / AFP

Poursuivi pour des propos visant les homosexuels et notamment le policier tué dans l'attentat des Champs-Élysées en 2017, le cofondateur du Front national Jean-Marie Le Pen connaîtra mercredi son jugement.

Lors du procès devant le tribunal correctionnel début octobre, le parquet de Paris avait requis 40 jours-amende à 100 euros pour chacun des deux dossiers jugés, soit 8.000 euros d’amende avec possibilité d’emprisonnement en cas de non-paiement, à l’encontre de l’ancien tribun, coutumier des provocations comme des poursuites judiciaires. Alors hospitalisé, Jean-Marie Le Pen, 90 ans, n’avait pas assisté à l’audience. Il avait pu rentrer chez lui deux jours plus tard.

« Une exhortation claire à la mise au ban des homosexuels »

La procureure avait reproché à l’ancien leader d’extrême droite d'« attiser la haine » et dénoncé « une exhortation claire à la mise au ban des homosexuels », « des mots complices » de ce que subissent certains d’entre eux au quotidien, du « mépris » jusqu’au « crime ». L’eurodéputé était poursuivi pour provocation à la haine ou à la violence et injure publique envers les homosexuels, pour trois séries de propos.

En mars 2016, dans son « Journal de bord » vidéo sur son blog, l’eurodéputé avait affirmé : « Je crois que la pédophilie, qui a trouvé ses lettres de noblesse… interdites, mais tout de même, dans l’exaltation de l’homosexualité, met en cause toutes les professions qui approchent l’enfance et la jeunesse ».

Puis en décembre 2016, interrogé par Le Figaro sur la représentation des homosexuels au sein du FN, il avait estimé que « les homosexuels, c’est comme le sel dans la soupe : s’il n’y en a pas assez c’est un peu fade, s’il y en a trop c’est imbuvable ». L’association Mousse, qui lutte contre les discriminations homophobes et sexistes, avait porté plainte après ces deux sorties.

« L’absence totale d’homophobie de Jean-Marie Le Pen » selon son avocat

L’ex-dirigeant frontiste était également jugé pour avoir commenté en avril 2017 les obsèques du policier tué dans un attentat djihadiste sur les Champs-Élysées, Xavier Jugelé, au cours desquelles son compagnon s’était exprimé. « Je pense que cette particularité familiale doit être tenue à l’écart de ce genre de cérémonie, qui gagnerait d’ailleurs à plus de discrétion », avait affirmé Jean-Marie Le Pen dans le même « Journal de bord ». « Les mots prononcés ont été violents et ils ont fait du mal », avait témoigné l’époux de Xavier Jugelé, Étienne Cardiles, partie civile. Il demande 30.000 euros de dommages et intérêts.

Parquet et parties civiles avaient aussi rappelé d’anciennes provocations de Jean-Marie Le Pen sur l’homosexualité, l'« anomalie biologique et sociale » de 1984 ou « le sidaïque, une espèce de lépreux » (1987). Son avocat, Frédéric Joachim, avait demandé la nullité de la procédure et raillé « une poursuite dérisoire pour des faits anodins », arguant de « l’absence totale d’homophobie de Jean-Marie Le Pen ».