«Gilets jaunes» à Paris: «C’est un bon citoyen, qui n’a dérapé qu’une seule fois»

PROCES Deux prévenus arrêtés, samedi lors de la manifestation des « gilets jaunes » sur les Champs-Elysées, comparaissaient, lundi, devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris…

Thibaut Chevillard

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Une vingtaine de personnes ont été jugées, ce lundi, en comparution immédiate pour les violences commises samedi à Paris lors de la manifestation des "gilets jaunes"
Une vingtaine de personnes ont été jugées, ce lundi, en comparution immédiate pour les violences commises samedi à Paris lors de la manifestation des "gilets jaunes" — Jacques Witt/SIPA
  • 98 « gilets jaunes » ont été arrêtés, samedi, sur les Champs-Elysées.
  • Certains d’entre eux étaient jugés en comparution immédiate, ce lundi.
  • Cyril C., 33 ans, et Damien W., 34 ans, comparaissaient devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Il y a d’abord eu ces deux hommes, poursuivis pour avoir volé un ordinateur dans un McDonald. Puis cette femme qui s’est battue après avoir bu de l’alcool. Enfin est arrivé le tour de Damien W., 34 ans. Le Rémois, qui a pris place dans le box des prévenus, s’agrippe à la barre tandis que le président de la 23e chambre rappelle les circonstances qui l’ont mené à être jugées ce lundi, en comparution immédiate. Cet agent d’entretien, qui indique gagner 500 euros par mois, a été arrêté samedi, sur les Champs-Elysées, lors de la manifestation des «  gilets jaunes », après avoir lancé des projectiles sur les forces de l’ordre. Ce qu’il reconnaît.

Dans son sac, les policiers ont découvert des lunettes de piscines, une cagoule, des gants. « La tenue d’un casseur », résume la procureure. Il leur a ensuite donné une fausse identité, puis affirmé qu’il était sous curatelle, ce qui est, semble-t-il, faux. « Il faudra vérifier ce point », souffle le président. « C’est un homme très émotif, très fragile. Il n’a pas donné son vrai nom aux policiers car il a eu peur », assure son avocate commise d’office. Cheveux courts, sweat-shirt blanc, s’exprimant difficilement, le natif de Cavaillon, dans le Vaucluse, demande un délai pour préparer sa défense.

En attendant la prochaine audience, le ministère public, soulignant la « gravité des faits » reprochés, sollicite son maintien en détention afin de « garantir son maintien à disposition » de la justice. « Ce dossier s’inscrit dans un contexte particulier », rappelle la procureure. Un troisième appel à manifester a été lancé par les « gilets jaunes ». Et il ne faudrait pas que Damien soit tenté de revenir à Paris trop vite. D’autant que l’attirail retrouvé dans son sac à dos montre, selon elle, qu’il est du genre à « vouloir en découdre » avec les forces de l’ordre.

« C’est un bon citoyen »

Pourtant, Damien W. ressemble davantage à un type paumé qu’à un « black bloc » ou à un membre d’un groupuscule d’ultra-droite. Il s’agit de quelqu’un de « très influençable », qui a « une vie stable à Reims », dont le casier judiciaire ne comporte qu’une seule mention, plaide son avocate, sollicitant sa remise en liberté. « C’est un bon citoyen, qui n’a dérapé qu’une seule fois, lors d’une manifestation. » Le tribunal a tranché : il sera jugé le 4 janvier prochain. En attendant, il est placé sous contrôle judiciaire et devra se soumettre à une expertise psychiatrique. Il a également interdiction de se rendre à Paris.

Tee-shirt blanc, crâne légèrement dégarni, barbe de trois jours. Cyril C. prend à son tour place dans le box des prévenus. Ce cuisinier de 33 ans, qui habite depuis cinq ans en Ardèche, n’a pas plus l’habitude que Damien W. des tribunaux. Son casier judiciaire ne fait état que de quatre mentions, des petites affaires de stupéfiants. Gagnant 990 euros par mois, il a été arrêté par des policiers de la Bac qui patrouillaient en civil. Ils affirment l’avoir vu jeter un pavé sur les CRS. Ce qu’il dément. En revanche, il reconnaît avoir lancé des capsules de gaz lacrymogène sur les forces de l’ordre « à plusieurs reprises ».

« Où sont les exploitations des caméras de surveillance ? »

Après l’avoir amené au commissariat du 17e arrondissement, les policiers lui ont montré le fameux pavé. « Je n’avais pas de gants sur moi. On peut vérifier que je ne l’ai pas touché, avec les empreintes, et l’ADN », clame-t-il. « Où sont les exploitations des caméras de surveillance ? J’aimerais que l’on me montre des éléments », lâche son avocat. Selon lui, son client n’a jamais eu « l’intention de participer à ce mouvement » violent. Cyril C. est monté à Paris pour dénoncer, notamment, le manque d’infrastructures ferroviaire en France. « Là où j’habite, il n’y a aucune gare. Ma copine a été obligée de me déposer au train à Montélimar, dans la Drôme. »

Pour la procureure, sa culpabilité ne fait aucun doute. En raison de son « rôle actif », elle requiert à l’encontre de Cyril C. une peine de six mois de prison, dont cinq avec sursis. « Il est resté au niveau du rond-point des Champs-Elysées alors que cela faisait deux heures qu’il y avait des débordements », souligne la magistrate. « Si on ne veut pas collaborer et soutenir ce type de violence, on s’en va. » Son avocat, lui, estime qu’il s’agit d’un « procès d’intention pur et dur » et fait remarquer à la cour qu’il n’était pas équipé comme un casseur. Le tribunal a finalement décidé de le condamner à un mois de prison avec sursis. Une peine « d’avertissement ».