Recel de terroristes: «Et c’est reparti...» pour Jawad Bendaoud en appel et sur son compte Snapchat

TERRORISME Relaxé en février lors de son procès en première instance, Jawad Bendaoud est jugé en appel, jusqu'au 21 décembre, pour avoir logé deux terroristes du 13-Novembre...

Vincent Vantighem

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Jawad Bendaoud arrive à la cour d'appel de Paris où il est jugé pour
Jawad Bendaoud arrive à la cour d'appel de Paris où il est jugé pour — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • Jawad Bendaoud a logé deux terroristes du 13-Novembre, à Saint-Denis.
  • Il a toujours prétendu qu’il ignorait leur véritable identité et leurs desseins.
  • Jugé en janvier, il avait été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris.
  • Le parquet ayant fait appel, il comparaît à nouveau et encourt 6 ans de prison.

Le taxi serpente le long du périphérique parisien au son de Heuss l’enfoiré, un rappeur des Hauts-de-Seine. Aux abords du palais de justice, le message « Et c’est reparti… » s’affiche alors sur l’écran. C’est sur le réseau social Snapchat que Jawad Bendaoud a mis en scène, mercredi, son retour devant la justice.

Relaxé en février lors de son procès en première instance, il est jugé, en appel, pour avoir hébergé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) deux des terroristes du 13-Novembre dont Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attaques ayant fait 130 morts en 2015.

Engoncé dans un improbable survêtement noir à bandes pailletées et dorées, le trentenaire s’est contenté, lors de cette première demi-journée d’audience, de confirmer son identité et d’indiquer à la cour que sa mère, appelée à témoigner, était actuellement « au Maroc ». Le président de la 8e chambre ne lui en demandait pas plus, trop occupé à faire l’appel des 73 avocats représentant les 800 victimes ou proches de victimes des attentats, constitués parties civiles dans ce dossier.

Le président a prévu de l’entendre pendant trois jours

L’occasion justement pour Frédérique Giffard de dénoncer le fait qu’ils ont été « relégués » dans une salle de retransmission vidéo à l’autre bout du tribunal, faute de places suffisantes dans le prétoire. « Les prévenus ne voient pas les victimes. Or, leur présence massive ici changerait tout, a déclaré l’avocate. Aujourd’hui, nous sommes devant le fait accompli. Mais nous seront très vigilants pour que cette situation ne se reproduise pas lors du procès des attentats du 13-Novembre. »

Affalé sur son banc au premier rang, les bras croisés, Jawad Bendaoud n’esquisse pas le moindre geste à cette évocation. Il a toujours assuré qu’il n’avait rien à voir avec les attentats et qu’il ignorait que les deux personnes qu’il logeait « pour 50 euros la nuit » étaient des terroristes. Afin de convaincre lors du procès en premier instance, il n’avait pas hésité à « jurer sur la tête de [son] fils » et à livrer une logorrhée aussi décousue qu'exaspérante pour les parties civiles. Allant même jusqu’à parler de ses « couilles dans une barquette » et d’une « baleine dans une piscine ».

Une vidéo de sa sortie du palais de justice et le message « Libérer Jawad »

Mercredi, le président de la 8e chambre n’a pas souhaité aborder le fond de l’affaire. Il a simplement indiqué qu’il interrogerait Jawad Bendaoud durant trois jours à partir de mercredi prochain. Pour « recel de malfaiteurs terroristes », celui dont la France a découvert le visage sur BFM TV  encourt une peine de six ans de prison et 45.000 euros d’amende.

Mais aussi l’opportunité de gagner quelques « followers » à qui il a déjà fourni, mercredi, une vidéo de sa sortie du tribunal sous les projecteurs des caméras. Juste avant, il les avait gratifiés d’une « punchline » assez simple : « Libérer Jawad » (sic)