Vingt-cinq ans après avoir tué sa famille, Romand saura le 11 janvier s’il peut recouvrer la liberté

DÉTENTION Condamné à perpétuité en 1996 pour avoir tué sa femme, ses enfants et ses parents, Jean-Claude Romand a demandé, ce mardi, à recouvrer la liberté…

Vincent Vantighem

— 

Le 18 septembre 2018. La maison centrale de Saint-Maur (Indre) où Jean-Claude Romand est incarcéré.
Le 18 septembre 2018. La maison centrale de Saint-Maur (Indre) où Jean-Claude Romand est incarcéré. — GUILLAUME SOUVANT / AFP
  • Pendant 18 ans, Jean-Claude Romand s’est fait passer pour un médecin.
  • Sur le point d’être découvert, il a tué sa famille avant de tenter de se suicider et a été condamné à la réclusion à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté.
  • Après 25 ans de détention, il a demandé, ce mardi, sa remise en liberté. Son ex-beau-frère s’oppose à sa demande de libération conditionnelle.

Emmanuel Crolet compare cela au « réveil après une anesthésie de 25 ans ». Une sensation un peu étrange et forcément douloureuse, de son point de vue. Et contre laquelle, surtout, « on ne peut rien faire… » Fin mai, cet homme installé en Savoie, a appris que Jean-Claude Romand allait demander à pouvoir recouvrer la liberté. Par courrier, la justice lui a, alors, précisé qu’il avait « quelques mois » pour se préparer à cette idée.

En janvier 1993, c’est sa sœur, Florence Crolet, que le « faux docteur Romand » a tuée en premier à coups de rouleau à pâtisserie. Avant de s’en prendre, dans la foulée, à Antoine et Caroline, les deux enfants qu’il avait eus avec elle 5 et 7 ans plus tôt. Et de terminer, le lendemain, par abattre ses propres parents et même leur labrador, à l’aide de sa carabine.

Se qualifiant lui-même de « monstre », il a reconnu rapidement, lors de l’enquête, avoir décimé sa famille car elle était sur le point de découvrir qu’il n’était pas médecin à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’il lui mentait depuis dix-huit ans et qu’il l’escroquait pour pouvoir vivre.

Montage des photos de Jean-Claude Romand, son épouse Florence et leurs enfants Antoine et Caroline.
Montage des photos de Jean-Claude Romand, son épouse Florence et leurs enfants Antoine et Caroline. - STF / AFP

« Je ne comprends pas qu’on appelle cela une perpétuité »

« A l’époque du procès, en 1996, on se disait que Romand ne sortirait jamais de prison. Ou qu’il serait forcément vieux et malade s’il parvenait à sortir un jour… », poursuit son ex-beau-frère. Mais non. A 64 ans, Jean-Claude Romand n’est ni vraiment « vieux » ni « malade ». Et, selon plusieurs sources, « tous les voyants sont au vert pour qu’il puisse bénéficier d’une libération conditionnelle », après avoir passé 25 ans derrière les barreaux.

Chargé de statuer sur ce point après un premier rendez-vous manqué en septembre, le tribunal d’application des peines s’est réuni, ce mardi matin, et a mis sa décision en délibéré au 11 janvier. L’audience s’est tenue dans l’enceinte de la maison centrale de Saint-Maur (Indre) où il purge actuellement sa peine de réclusion criminelle à perpétuité. Celle-ci ayant été assortie d’une période de sûreté de 22 ans, Romand aurait pu formuler sa demande de remise en liberté dès 2015. Ce qui sidère Emmanuel Crolet : « Je ne comprends pas qu’on appelle cela une perpétuité. »

C’est pourtant ce que stipule le code de procédure pénale. Tout comme il prévoit, depuis peu, que les parties civiles donnent un avis lors de ce type d’audience. C’est l’avocate Laure Moureu qui a été chargée de le faire pour le compte d’Emmanuel Crolet, de son frère Jean-Noël et de leur mère. « J’ai relayé la position de mes clients, explique-t-elle. A savoir que le projet [de sortie] présenté ne leur paraît pas adéquat. Et qu’il est trop tôt… » Selon les informations de 20 Minutes, le parquet de Châteauroux s’est également opposé à cette demande.

Jean-Claude Romand lors de son procès, en 1996, devant la cour d'assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse.
Jean-Claude Romand lors de son procès, en 1996, devant la cour d'assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse. - Philippe DESMAZES / AFP

« Un détenu modèle ? Mais il y a 25 ans, c’était un mari modèle ! »

D’après Laure Moureu, les experts qui ont récemment examiné Jean-Claude Romand assurent qu’il ne présente plus aujourd’hui de caractère « dangereux » au sens strict du terme mais se montrent plus réservés sur « sa prise de conscience » des faits et « son évolution ».

« Tout le monde dit qu’il est un détenu modèle, s’étrangle Emmanuel Crolet. Mais il y a 25 ans aussi, c’était un gendre modèle, un mari modèle, un beau-frère modèle. Et on s’est aperçu tragiquement qu’il avait menti à tout le monde… » Chargé de l’examiner avant son procès en 1996, le psychiatre Daniel Settelen se souvient d’ailleurs, pour 20 Minutes, de « la phrase incroyable » qu’il avait prononcée lors de leur rencontre. « Il m’avait dit ‘’J’ai tué tous ceux que j’aime mais je suis enfin moi !’’ »

Aujourd’hui, Jean-Claude Romand a un projet de réinsertion bien ficelé. Il prévoit de rester quelques mois dans une communauté religieuse pour se remettre de la violence du monde carcéral avant de travailler dans une association spécialisée dans l’accueil d’anciens détenus. Si le tribunal d’application des peines lui oppose un refus, il aura la possibilité de déposer une nouvelle demande dès l’année prochaine.